29/09/10

N'espérez pas vous débarrasser des livres


Ce sont deux bonhommes qui discutent. Pas des lapins de six semaines mais deux messieurs qui en connaissent un rayon niveau littérature. Et ils jasent. Du livre, de la culture, de ce qu'implique notre modernité dans le rapport à la connaissance, de la place de la mémoire dans un monde où est accessible en un clic... Ils font un ping-pong d'idées. Rien de fondamentalement nouveau n'émerge de cet échange, mais il est parfois rassurant d'entendre certaines vérités. En vrac :
- les livres qu'Umberto Eco possédait dans les années 50 ne sont plus lisibles à l'heure actuelle. Le papier moderne ne vieillit pas si bien que ça. Alors le papier de nos éditions de poche d'aujourd'hui ne devrait pas tenir bien longtemps. La permanence du papier en prend donc pour son grade.
- les nazis auraient pu déterminer si un paysan était juif en regardant s'il plantait ses graines de gauche à droite ou de droite à gauche.
- quand la bilbiothèque d'Alexandrie a brûlé, il n'y avait pas que des chefs d’œuvre dedans. Il devait aussi s'y trouver des nanars.
- les tragédies grecques que nous considérons comme incontournables n'étaient, dans leur majorité, pas citées dans les textes de l'époque. Il est donc possible que ces œuvres n'étaient même pas les meilleures de leur temps. On s'extasie peut être sur des textes mineurs comparés à la production de l'époque.
- c'est Bacon qui a écrit toutes les pièces de Shakespeare. Mais ça prenait tellement de temps à Bacon pour les écrire qu'il n'avait pas le temps d'écrire les siennes. Du coup, c'est Shakespeare qui a écrit toutes les pièces de Bacon.
- on appelle "casseurs" les gens qui découpent un incunable pour le vendre en feuilles séparées.
- nos ancêtres étaient bien plus petits que nous. Ils avaient donc des tons de voix différents des nôtres puisqu'ils n'avaient pas le même coffre que nous autres.
- Monseigneur de Quélen, archevêque de Paris, a déclaré en chaire à Notre-Dame : "Non seulement Jésus-Christ était fils de Dieu, mais encore il était d'excellente famille du côté de sa mère".
- à propos de l'existence ou non des Roses-Croix, Nehaus écrivait en 1623 : "Le seul fait qu'ils nous cachent qu'ils existent est la démonstration de leur existence". Imparable.
- quand Bossi, le chef de la Ligue du Nord, est venu à Rome pour vendre sa salade fasciste, des gens l'ont accueilli avec une pancarte proclamant : "Lorsque vous viviez encore dans les arbres, nous étions déjà des tapettes".

Je le confesse, je suis très sensible à tout ce que dit Umberto Eco, en revanche les propos de Jean-Claude Carrière me touchent beaucoup moins. Là où le premier est souvent drôle en plus d'être érudit, le second a tendance à trop se mettre de l'avant dans ses exemples ("Oui, moi, quand j'ai travaillé avec Buñuel...". Bon, il faut avouer que le monsieur a travaillé avec des pointures en matière de cinéma, ça n'aide pas à la modestie. L'admirateur du piémontais que je suis aurait volontiers demandé à monsieur Carrière de la mettre en veilleuse pour laisser plus de place à Eco, même quand ce dernier parle d'auteurs baroques italiens inconnus au bataillon.

En résumé, rien de spectaculaire dans ce livre d'entretien, mais l'ouvrage est très accessible. Les notions abordées sont simples (quelle différence entre savoir et culture ?) et ne finissent jamais en de verbeuses péroraisons universitaires de vieux gâteux. C'est même tout le contraire : à 78 ans, Umberto Eco est un étrange mélange de sapience et de geekitude. Voilà un homme qui peut aussi bien disserter sur Thomas d'Aquin que sur Superman. Il a très tôt intégré l'informatique dans son travail et du coup, sa méfiance envers le numérique n'est pas du tout un réflexe anti-progrès mais plutôt l'expérience d'un vieux de la vieille à qui l'informatique a passé son temps à dire que la disquette 5"1/4/3"1/5, le CD-Rom, le DVD, la clé USB étaient des supports de stockage durables.

23/09/10

E-books, poches, et grands format

J'ai longtemps été fétichiste romantique du livre, couvant d'un regard nostalgique les bouquins qui m'avaient apporté des heures de plaisir et de satisfaction. Je ne faisais pas la distinction entre la lecture, le souvenir de cette lecture, et l'objet qui avait permis de la réaliser (Note : placer ici une allusion intelligence à Ferdinand de Saussure). Un livre était à la fois une promesse de lecture future (de relecture, de prêt, de transmission) et un souvenir. Partant de là, il m'était difficile de me séparer de tous ces bouquins lus un jour et jamais ouverts depuis. Et le livre pouvait être une horreur absolue en tant qu'objet édité (par exemple, un roman de Fantasy US ou un bouquin Pocket illustré par Siudmak), s'il m'avait procuré du plaisir, il fallait qu'il soit conservé.

Mais aujourd'hui que je remets en cause mon attachement à mes possessions matérielles, et que, plus prosaïquement, que j'ai besoin de place, je parcours d'un regard dessillé ces rayonnages de poche jaunissants, et je me dis que, décidemmment, ils sont bien vilains. Ai-je besoin de les entasser autant ? Tous méritent-ils d'être gardés ? Quel est mon rapport avec eux ?

Des lectures récentes, faites à gauche et à droite, m'ont amené à changer mon point de vue : le billet de Cédric, à propos de sa chouette liseuse numérique, le débat qui s'en est suivi, et tout ce qui va dans le même sens (la plate-forme numérique du Bélial, la réponse d'Ayerdhal...); Daylon, dont la lecture régulière du blog m'amène à penser que le talent est la chose la plus injustement distribuée du monde et que je suis de ceux qui peuvent s'en plaindre plutôt que s'en réjouir, à propos de la conception et de la fabrication de CLEER, de L.L. "Le Pendu" Kloetzer; les efforts de l'éditeur Gilles Dumay pour promouvoir la collection Lunes d'Encre; etc.

Je sais maintenant où j'en suis : j'ai deux besoins, deux envies différentes, qui peuvent être satisfaites ou non par le même acte d'achat : celui de lire, et celui de posséder un bel objet éditorial. Quand j'achète un poche, quand je commande un bouquin technique, je satisfais le besoin de lecture. Quand j'achète un grand format soigneusement édité, je satisfais celui de possession. Les deux besoins peuvent être dissociés : je satisfais celui de lecture en allant à la bibliothèque ou en téléchargeant un format numérique; et je peux racheter un livre déjà lu dans un format particulièrement esthétique.

Fort de ce constat, j'ai commencé à faire deux choses, en apparence contradictoires : me débarrasser des livres pour lesqules les réponses aux questions "Relirai-je un jour ce livre ?", "Conseillerai-je un jour ce livre ?" sont "non" et "non"; racheter en grand format les bouquins que j'ai adorés, pour le plaisir de les avoir sous les yeux et sous les doigts. J'ai ainsi acheté une belle et ancienne édition des Misérables, ainsi que la réédition chez Lunes d'Encre de l'Ombre du Bourreau. Enfin, je vais me procurer une liseuse, et je lirai notamment avec tous les bouquins de Big Commercial Fantasy pour lesquels j'ai une faiblesse compulsive.

J'espère, avec un budget lecture à peu près identique à aujourd'hui :
  • Gagner de la place
  • Lire plus ou plus facilement, le besoin de lecture étant moins contrarié par la pression du porte-monnaie (grâce au format numérique et à la bibliothèque)
  • Avoir de beaux livres sur mes rayonnages
Et, finalement, je ne pense pas acheter encore beaucoup de poches - sauf si j'ai oublié mon livre avant de prendre le train, bien sûr !

22/09/10

Misfits


Tiens, tiens, tiens... Encore une série anglaise.

Ils sont 5. Un peu branleurs. Un peu paumés. Ils ont été tous les cinq condamnés par un juge à faire des travaux d'intérêts généraux pour des délits mineurs. Et tandis qu'ils font semblant de bosser sous la surveillance de leur agent de probation, ne voilà-t-il pas qu'un drôle d'orage gronde au-dessus de Londres et qu'un étrange éclair claque dans l'air ionisé. Shazam, voilà nos cinq délinquants dotés de pouvoirs étranges (de gauche à droite sur la photo) :
- Curtis, athlète prometteur, est capable de rembobiner le temps quand ça arrange le scénariste;
- Alisha, la beauté black, qui peut provoquer une frénésie sexuelle en touchant un homme;
- Nathan, le branleur ultime, ne connait pas son pouvoir et s'en désole à longueur d'épisodes;
- Kelly, que l'on dirait sortie de Loft Story, peut lire dans les pensées;
- Simon, le garçon trop discret et trop enfermé sur lui-même, se rend invisible.

Sauvent-ils le monde ? Oh que non. Ils essayent juste de ne pas briser leur période de probation afin d'éviter la case Prison. Or ils font rapidement une grosse bêtise. Une très grosse. Et les 6 épisodes de la saison traitent des conséquences. Parce, comme dit le dicton berrichon : "Avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités". Eux qui ne sont à la base que 5 individualités vont progressivement apprendre à compter sur les autres et à travailler en équipe.

Alors, oui, le pitch est ultra classique. Des super pouvoirs. Les proches qui en souffrent. Ce qui rend Misfits accrocheur, c'est l'habillage londonien. Il y a l'accent délicieusement cockney de Kelly, une vraie épreuve pour l'oreille du téléspectateur. Et le béton, la banlieue sans fin. Finalement ces 5 zonards un peu gauches sont attendrissant de bêtise.

Les pouvoirs sont-ils bien mis en scène ? Pas toujours. Comme d'habitude, la lecture des pensées ne fonctionnent que pour faire avancer le scénario. Le rembobinage du temps donne certes un bel épisodes à la Cours, Lola, cours, mais son utilisation est bourrée d'incohérences temporelles. Le pouvoir de luxure d'Alisha permet de justifier quelques scènes chaudes et l'invisibilité de Curtis de rendre le personnage encore plus inquiétant. Mais en toute honnêteté, cette histoire pourrait très bien fonctionner sans super pouvoirs.

Autre défaut : leur monde est vide. Où sont les parents ? On ne voit que les personnages utiles pour l'histoire, et ça se sent à l'écran. Ça manque de figurants. Et comme les scénarios ne s'enchaînent pas nécessairement, il y a une drôle d'impression.

Askiparé, pendant la diffusion de la série dans la perfide Albion, les personnages twittaient des soliloques en temps réel pour exprimer leurs pensées intimes. Bonne idée. La saison 2 débarquera en novembre 2010. Je ne suis pas impatient de les retrouver, mais je vais faire comme la justice en évitant de les condamner trop rapidement afin de leur donner une seconde chance.

21/09/10

Sherlock


Ça faisait longtemps que je n'avais pas dit du bien de la BBC qui démontre très souvent à quelle point une télévision publique peut utiliser intelligemment l'argent de la redevance télévisuelle.

Sherlock est sans surprise une série télévisée sur le spécialiste de raisonnement par induction sous l'influence des opiacés. Au début, cela semble sacrilège, mais le truc avec cette version, c'est qu'ils ont choisi de rendre Holmes et Watson contemporains. Ainsi Watson est toujours un médecin militaire blessé en Afghanistan, comme dans les livres, sauf que ça nous parle plus directement que la bataille de Maiwand durant la seconde guerre anglo-afghane de 1880. Quant à Holmes, c'est toujours ce génie incroyable qui tire des conclusions sur la base de faits mimeurs, mais il est désormais accompagné en permanence de son téléphone portable avec lequel il texte aussi bien Lestrade que Moriarty.

La première saison de Sherlock est très courte (3 épisodes) mais met déjà en place tout ce qui fait la spécificité du duo Holmes/Watson, de la rivalité Holmes/Moriarty et de la drôle de fraternité Holmes/Mycroft. C'est rempli de référence à l'univers holmesien (le premier épisode se nomme Une étude en rose) et la transposition à notre modernité est très réussie. Tout au plus on peut regretter que les épisodes trainent sur 1h30 alors qu'ils pourraient être plus efficace en étant ramassés sur une seule heure.

J'ai réellement apprécié de voir ce couple de jeunes garçons partager la location d'un appartement sous l’œil bienveillant d'une madame Hudson heureuse de voir deux jeunes gays franchir le pas de la vie commune.

20/09/10

Ip Man


Ip Man est un homme célèbre dans le monde des arts martiaux car il a été l'un des maîtres de wing chun de Bruce Lee. Bon, je ne déborde pas de passion pour Bruce Lee, qui comme le Che, est devenu une icône commerciale qui permet de vendre des t-shirts et des DVD, mais je voulais en savoir plus sur le bonhomme qui avait enseigné l'art subtil de tataner tout ce qui bouge à Bruce Lee.

Ce qui est intéressant avec les scénaristes chinois, c'est que même dans une biographie historique, ils arrivent à placer quelques scènes de combat avec des ninjas. Ça castagne donc pas mal, l'intrigue principale étant très légère (une vague histoire de corruption avec de méchants japonais patibulaires en diable). Hélas, d'un point de vue purement esthétique, les scènes de combat abusent des câbles. D'un côté on nous parle d'histoire réelle des arts martiaux mais d'un autre c'est une débauche de galipettes où les adversaires d'Ip Man volent comme des copeaux de bois.

Et quand on se rend sur la page Wikipédia d'Ip Man, on se rend compte que le film est à peu près aussi fidèle à la réalité que le Pacte des loups l'est du Gévaudan du 18e siècle.

Bref, comme souvent avec le cinéma chinois, ils s'inventent de la légende et réécrivent l'Histoire avec de la péloche.

Il existe une suite, mais je vais passer mon tour.

16/09/10

Bridge of birds



C'est Philippe qui m'a conseillé Bridge of birds (La magnificence des oiseaux en VF) car je me plaignais auprès de lui de la mollesse des enquêtes du juge Ti. Il m'a donc indiqué ce livre qui est un peu au juge Ti ce que Cohen le barbare est à Conan.

Dans une Chine antique qui n'a jamais existé, un paisible village est frappé d'une terrible fatalité quand ses enfants tombent tous empoisonnés par un mystérieux mal. Un paysan de ce village, Number Ten Ox, est aussitôt envoyé à la capitale avec de l'argent pour engager quelqu'un qui saura identifier ce mal et trouver une cure adéquate afin de sauver les enfants. Number Ten Ox va finalement tomber sur maître Li, un centenaire alcoolique bourré de ressource et de sagesse douteuse. Et les deux hommes vont se lancer dans une véritable quête remplie d'humour et de facéties.

Le récit est avant tout ironique. L'auteur, Barry Hughart, 76 ans aux prunes, se moque avec talent de la sagesse ancestrale chinoise et de sa mythologie. Les élucubrations de ses deux héros sont tissées d’invraisemblance, de mauvaise foi et de cupidité. Chaque obstacle est l'occasion de démontrer pas tant la sagesse de maître Li que sa duplicité bienveillante. J'ai beaucoup pensé au Cugel de Jack Vance au cours de ma lecture car j'ai retrouvé ce don pour se mettre dans les emmerdes les plus incroyables et cette manière tout aussi surprenante de s'en sortir par un tour de passe-passe éhonté. C'est une écriture délicieusement rigolarde qui arrive en même temps à garder en permanence une forme de poésie. Un vrai paradoxe ambulant. Du coup, je le dis comme je le pense, Barry Hughart est un près-pratchettien.

Mon seul reproche tient peut être à l'étrangeté de l'histoire au premier abord. J'ai mis du temps avant de comprendre où l'auteur voulait en venir, j'ai eu pendant un long moment l'impression que tout ça m'échappait totalement. Mais j'ai tant ri que je me suis accroché pour finalement saisir l'intrigue centrale à pleine main. Et c'est une très belle histoire traditionnelle, qui plus est.

La bonne nouvelle, c'est qu'il y a deux autres titres dans cette série (The Story of the Stone et Eight Skilled Gentlemen). Youpi yop. La mauvaise nouvelle, c'est qu'à la base, l'auteur avait prévu d'en écrire 7. Sauf que son éditeur était incompétent. Du genre à ne pas dire à son auteur quand son livre gagnait des prix (et il en gagné, le bougre). Alors Barry Hughart a cessé d'écrire les aventures de maître Li et de Number Ten Ox. Et c'est bien dommage.

12/09/10

Les rois maudits


Déjà, remarquez la couverture. Le nom de famille de l'auteur est bien plus gros que le titre même de l’œuvre. Comme si la notoriété de Maurice Druon (ministre, coauteur du Chant des partisans, membre de cette maison de retraite d'élite que l'on nomme l'académie française...) était plus importante que la qualité du bouquin.

Or donc, alors qu'il est en train de cuire à petit feu sur son bûcher, Jacques de Molay, grand maître de l'ordre des templiers, lance une malédiction sur Philippe le Bel et sa descendance. Et comme par hasard, le roi et ses successeurs vont effectivement tous y passer dans les années suivantes. C'est donc la valse des rois de France entre maladie et empoisonnements. Le cycle raconte cette succession d'accidents plus ou moins hasardeux qui vont mettre le trône à mal entre 1314 et 1342. Mais le récit est également centré sur la vie de Robert d'Artois, un personnage pantagruélique qui est toujours plus ou moins témoins de ces étapes importantes de l'histoire de France.

Le problème avec Les rois maudits, c'est le mélange des genres. C'est à la fois un livre d'histoire qui donne un tombereau de données sur cette période troublée et un roman qui veut raconter un drame. Le hic, c'est que qu'en voulant courir après deux lièvres en même temps, le cycle est bancal. Druon alterne l'énonciation pompeuse de faits historique avec des passages romancés, et le mariage des deux ne fonctionne pas. Par moment, il se met à donner des détails insignifiants comme le salaire précis des soldats de l'ost royal, à d'autres il raconte pendant de longues pages insipides la romance d'un banquier lombard avec une jeune noble de province. Ce grand écart constant rend la construction très branlante.

Qui plus est, Druon est capable d'asséner des grandes phrases pontifiantes sur la royauté, la grandeur d'une nation et le destin. C'est lourdingue. Il a beau décrire une famille royale corrompue et viciée, il est fasciné par cette soi-disant sublimité. Difficile de ne pas remarquer l'ombre pesante du gaullisme de l'auteur dans cette manière de décrire les grands hommes.

Comparé à l'aune de la première trilogie fantasy venue, Les rois maudits forme une longue série de 6 romans (car personne ne lit sérieusement le 7e volume qui n'est que du remplissage) très bavards qui veulent à la fois raconter le destin des rois de France, la vie tumultueuse de Robert d'Artois et les amours d'un lombard. Le tout en basant l'intrigue principale sur une prophétie en forme de malédiction. Pas terrible. Inutile de dire que je me suis plusieurs fois embourbé dans le texte.

Qui plus est, comme les rois meurent à un rythme soutenu, impossible pour l'auteur de donner un semblant de véracité psychologique dans le portrait qu'il dresse du bonhomme. À peine on commence à comprendre les motivations d'un roi qu'il y passe pour laisser sa place au suivant. Du coup c'est une farandole de portraits assez légers. Étrangement, on en sait plus sur les personnages secondaires qui survivent au 6 volumes.

J'ai vraiment eu l'impression de lire le cours magistral d'un universitaire plus que des romans marquants de la littérature française. C'est d'autant plus dommage que les tribulations de Robert d'Artois sont elles passionnantes. J'aurais adoré lire un unique roman basé sur la vie de cet ogre qui aurait pu, en toile de fond, raconter la chute des rois. Mais en l'état, Les rois maudits c'est 1 600 pages bourrées de notes historiques et animées par une langue ampoulée. C'est hallucinant comme 60 ans après leur publication, Les rois maudits ne correspondent plus à ce que l'on attend de l'Histoire et de la littérature.

03/09/10

True Blood


J'avais adoré le travail d'Alan Ball sur Six Feet Under. C'était une chronique familiale sensible qui se permettait d'aborder des tas de sujets sous le prétexte de raconter le quotidien d'une maison funéraire. Alors quand Alan Ball a annoncé qu'il se lançait dans la réalisation d'une série télé sur les vampires, je ne pouvais que me réjouir (voir mon coming-out vampirique).

Or donc, dans la petite ville de Bon Temps en Louisiane, un vampire débarque dans le bar local. Il a le droit, puisque les vampires sont sortis du placard depuis quelques années. Bill, car c'est son nom, y fait la rencontre de la bêtise crasse des rednecks du coin et d'une jolie blonde, Sookie, qui est télépathe. Ils se regardent et ils s'aiment. Le couple devra passer outre la bigoterie des habitants consanguins du bled et surtout, surtout, se frotter à une montagne de créatures surnaturelles qui viennent foutre le bronx à Bon Temps.

Ce qui caractérise la série, c'est l'alternance de scènes sanglante et de scènes de cul. Car oui, True Blood c'est l'anti-Twilight. Ça baise à tout va. Ce mélange de violence et de sexe n'est pas sans rappeler Spartacus: Blood and Sand. Mais là où Spartacus était jugé puérile, True Blood est enveloppé d'une aura de bon goût qui rend la série recommandable lors des discussions à la machine à café. En fait, True Blood est la nouvelle incarnation du porno chic. Les secrétaires peuvent ouvertement fantasmer, c'est socialement acceptable.

Toi qui ne veux pas être spoilé, abandonne ici tout espoir...

La première saison est centrée sur un mystérieux tueur en série qui pratique son art à Bon Temps. Hélas, le spectateur n'a aucun indice pendant les 12 épisodes pour deviner son identité. Pire, les pouvoirs de télépathe de Sookie sont scénaristiquement mis de côté quand ça n'arrange pas l'auteur pour éviter tout début d'une piste de soupçon. Mais bon, le petit monde des vampires n'est pas si mal mis en scène dans cette première saison. Ils sont vicelards, violents et imprévisibles. Ça gicle quand il le faut. Un peu trop, même. Les meurtres des vampires n'attirent jamais l'attention du FBI, c'est un peu un buffet à volonté. C'est vrai que Bon Temps est le trou du cul du monde, mais quand même. Par contre, dès la première saison, le défaut majeur de True Blood se manifeste très vite : l'empilage de créatures surnaturelles. Quand on appelle sa série True Blood, on s'attend à ce qu'elle parle de vampires. Et bien pas seulement. Rien que dans la saison 1, on voit se pointer des histoires de métamorphes, on entend parler de loups-garous, on assiste à un exorcisme. Le propos se dilue fortement.

L'autre gros problème, c'est l'héroïne blondasse au tempérament de midinette. Sookie s'habille court et moulant, a un discours religieux bien ancré mais s'envoie en l'air à chaque épisode. Et très vite, on espère qu'elle va mourir dans d’atroces souffrances. Mais non, il va falloir supporter ses répliques de Lolita mono-neuronale.

Mais ce n'était pas si mauvais que ça, alors je me suis accroché pour la seconde saison. Je voulais en savoir plus sur les vampires. Grosse erreur : ils sont assez vite minorés dans la seconde saison puisque débarquent une sorte de déesse, un autre métamorphe, un autre télépathe, des humains possédés... C'est l'auberge espagnole. Et le monde des vampires devient risible avec des vampires anciens au comportement enfantin. Quand arrive une intrigue secondaire mettant en scène des catholiques plus cons que des poules, c'est le pompon. Mais ma suspension of disbelief en a pris plein les dents quand un vampire s'est mis à s'envoler comme Superman. C'est que moi, je suis un puriste.

J'ai décroché à la fin de la saison 2, mais je me suis fait raconter la saison 3 par les fans. Au menu : des gens qui se transforment en panthères, des loups-garous, des sorciers et des fées. Trop peu pour moi. Et la saison 4 annoncent l'arrivée d'une bande de sorcières.

True Blood aurait été génial si elle s'était focalisée sur les vampires. Mais en intégrant tout un bestiaire monstrueux, elle rend la thématique vampirique trop éthérée. On s'attend à tout, on se demande quand les momies vont passer à l'attaque. C'est risible. Alors quand en plus la réalisation aligne complaisamment les scènes d'orgie et les plans culs les plus crus, difficile de ne pas voir en True Blood une série putassière. La couverture de Rolling Stone est d'ailleurs très représentative de cette bassesse.

Maintenant, attention, je comprends tout à fait que la ménagère de moins de 50 ans prenne son pied avec cette série. Quand Marc Dorcel filme des histoires qui font peur, c'est efficace. Sauf que pour les vieux cons comme moi qui lisent/regardent des histoires surnaturelles depuis des lustres, un tel entassement maladroit de créatures de la nuit est hallucinant de mauvais goût. C'est un véritable bloubi boulga indigeste.

True Blood est vaguement adapté d'une série de livres écrit par une quinquagénaire qui a construit son univers en pillant le Monde des Ténèbres de White Wolf. Certes, WW n'a pas créé le concept du vampire, du garou et des fées, mais le mélange des genres ad nauseum, c'est une marque déposée chez eux.

La bonne nouvelle c'est qu'il reste encore à écrire une bonne série télé sur les vampires.

01/09/10

Brimstone (aka Le Damné)


J'aime les séries qui s'arrêtent à leur première saison. Non que je me réjouisse des échecs, mais au moins ces séries avortées ne se diluent pas. Elles restent à jamais incomplètes, certes, mais elles n'ont pas le ridicule de 24 où Jack Bauer sauve le monde en 24h 8 fois d'affilée parce que l'audience le commande.

Brimstone fait partie de ces perles. 13 épisodes et puis pshiiit ! C'était là encore un produit de la Fox.

Ezekiel Stone est un flic du NYPD. Quand sa femme se fait violer et que le coupable est acquitté, il se fait justice lui-même en tuant le violeur. Et quand quelques mois plus tard, Ezekiel décède, il va directement en enfer à cause de ce péché mortel. Sauf qu'en enfer, le Diable a un petit problème : 113 âmes damnées se sont échappées et se sont réfugiées sur Terre. Alors le Diable propose à Ezekiel de ramener ces évadés en enfer. En échange, il lui promet de lui offrir une seconde chance dans le monde des vivants. Mais on sait comment ça marche, les promesses du Diable...

Chaque épisode est donc centré sur une âme en fuite qu'Ezekiel doit retrouver puis tuer en lui mettant une balle dans un œil (car les yeux sont le miroir de l'âme). Chose bien pratique, toutes les âmes restent à New York où elles vivotent en profitant maladroitement d'un pouvoir démoniaque. Le travail d'Ezekiel est rendu difficile par le fait qu'il se réveille tous les jours avec la même somme d'argent qu'il avait dans les poches au moment de sa mort (soit $36.27). Et bien évidemment, le Diable s'amuse à lui filer des indices foireux pour le regarder ensuite se dépatouiller. Ah oui : le corps d'Ezekiel est recouvert de 113 tatouages. Quand il renvoie une âme en enfer, le tatouage correspondant disparait, provoquant au passage une douleur insoutenable. À ces menus problèmes, il faut ajouter le fait que la femme d'Ezekiel est toujours vivante, mais qu'il ne peut pas lui parler, puisqu'il est mort et enterré.

Le génie de Brimstone, c'est d'avoir confié le rôle du Diable à John Glover (à gauche sur la photo). Son jeu d'acteur est parfait pour ce rôle. Il est imprévisible, ses répliques remplies de double-sens et on se délecte de la manière qu'il a de se moquer d'Ezekiel. Le Diable a beau dire qu'il est sans pouvoir sur Terre pour justifier le travail qu'il confie au flic mort, il est évident qu'il ment car il n'arrête pas d'utiliser sa puissance pour produire des effets dramatiques. Brimstone semble donc être un jeu cruel, un test moral de plus pour Ezekiel pour déterminer s'il a compris le sens de son péché.

Le photo est magnifique, tout en obscurité. Les scénarios n'ont pas le temps de tourner en rond étant donné la brièveté de la série. Franchement, c'est Angel Heart en série télé, le côté moite en moins.

Tout comme pour Kindred: the Embraced, Youtube est une source intarissable de bonheur. Voici donc la première partie du pilote de la série, pour vous faire du bien aux yeux et au cerveau.



Dans un prochain billet, je vous parlerai d'un classique des séries fantastiques : Louis le Brocante.