18/01/2011

Sang Royal


J'avais chroniqué les deux premiers volumes de cette série (Dissolution et Les larmes du diable) en étant à la fois agréablement surpris par cettre approche très glèbeuse de l'Angleterre des Tudor et assez peu passionné par l'intrigue de ces polars historiques. Sans surprise, Sang Royal possède un décor toujours aussi crade où la boue recouvre tout et où les hommes sont tous plus ou moins pourris jusqu'au trognon. Mais comme dans les précédents volumes, les ficelles narratives sont hélas toujours aussi grosses. À un tel point que j'ai failli abandonner ma lecture en cours de route. J'ai dû me faire violence pour venir à bout de ces 800 pages de suspens plus artificel que le parfum banane chez Haribo.

Donc. Le roi Henri VIII enchaîne toujours les mariages tel Eddy Barclay. Cette fois-ci, il s'est pris une petite jeunette. Et comme le nord de l'Angleterre s'est rebellé il y a peu (les conspirateurs ont été pendu et leurs corps ont été mangés par les corbeaux), le roi décide de faire une tournée triomphale pour obliger les survivants à lui renouveler leur allégeance. Le cortège royal est long comme la caravane du Tour de France et coûte une fortune à organiser. C'est un véritable cauchemar logistique. Une véritable armée en campagne. Il y a même un bordel ambulant pour s'occuper de ces nobles messieurs partis sans leurs épouses. Et notre héros l'avocat contrefait se retrouve embarqué dans cette histoire avec une double mission : compiler les doléances des gens de la ville d'York pour les présenter au roi quand il se pointera et également veiller à la bonne santé d'un prisonnier qui doit prochainement être transféré de York pour être torturé à Londres. Évidemment, rien ne va se passer comme il se doit : la santé du prisonnier va être menacée et notre nabot d'avocat va avoir la malchance de recueillir les confessions explosives d'un moribond. À partir de là, ça va être la course aux indices pour trouver l'assassin et comprendre la nature du complot.

Comme souvent avec C.J. Sansom, le carambolage de deux intrigues n'est pas harmonieux. Il veut occuper le lecteur, le faire courrir après plusieurs lièvres à la fois pour l'empêcher de se concentrer sur les faits. Et ça se voit. On manque d'indices et quand l'assassin est finalement révélé, son identité était totalement imprévisible. À un tel point que je n'ai pas cherché à trouver le coupable : je savais que l'auteur allait me sortir un lapin de son chapeau à la dernière minute. Pire, le personnage de l'avocat au physique ingrat commence à me courrir sur les haricots. Le pauvre infirme dont tout le monde se moque, mais qui a un gros coeur de Bisounours, il est lassant. Même son assistant Barrak lui fausse compagnie pour batifoler avec une jeune donzelle pendant la moitié du livre afin de ne plus avoir à supporter les récriminations du héros. C'est dire. Les machinations machinent. Les tentatives de meurtres sur l'avocat s'enchaînent dans la grossierté narrative (mention spéciale à la cage de l'ours qui est furtivement ouverte par le méchant tandis que le héros passe justement par là). Et à la fin, la vérité est dévoilée. Rien de nouveau sous le soleil.

Reste que l'auteur est très doué pour mettre en scène la période historique. Alors que d'autres décrivent un Henri aussi parfait qu'un mannequin de pub pour slip moulant (comme la série télévisée Les Tudors), C.J. Sansom fait lui vivre un Henri gras et puant, qui prend des décisions débiles et martyrise son petit monde. Les nobles dans son sillage passent leur temps à bidouiller pour acheter des terres à bas prix en mettant des propriétaires honnêtes aux fers ou bien en soudoyant les avocats (mais notre héros est incorruptible, vous l'aurez deviné). L'atmosphère du cortège royal est bien rendue, de même que l'antipahtie des yorkais envers ces gens du sud qui viennent leur dire comment il faut croire en dieu. La Réforme est toujours là en toile de fond, c'est décidément une époque très intéressante. Et comme l'auteur est avocat de formation, l'intrigue légale est solide et intéressante.

En résumé, ce volume n'est pas lui non plus le polar du siècle, mais le travail historique de l'auteur rachète presque les faiblesses stylistiques et narratives du roman. Si seulement la série abandonnait ce héros sans relief qui passe son temps à errer d'un rendez-vous à l'autre en geignant comme un Caliméro...

1 commentaire:

  1. Totalement d'accord avec ta conclusion

    http://quoideneufsurmapile.blogspot.com/2009/07/barbe-bleue.html

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