07/09/2011

The Heroes - Joe Abercrombie

Après la trilogie de la Première Loi et Best Served Cold, Abercrombie continue sa déconstruction systématique de la Fantasy en s'attaquant cette fois-ci au thème de la bataille. The Heroes est un roman indépendant, situé dans le même univers que ses précédents, qui décrit trois jours de bataille acharnée pour un caillou pelé dans une région perdue, dans le cadre d'une guerre sans véritable enjeu. On est donc loin des conflits dramatiques et manichéens, entre Bien et Mal, elfes et orcs, paladins et nécromants. Généraux incompétents, officiers carriéristes et soldats démotivés pataugent sous la pluie en sachant qu'à l'ennui de l'attente succèdera bien trop tôt la brève et intense folie du combat.

Si l'on retrouve, encore une fois, quelques personnages secondaires, The Heroes est avant tout un récit choral. Les trois jours sont décrits du point de vue d'un grand nombre de personnages, de chaque bord et de tous les grades : du maréchal en chef à la jeune recrue, en passant par le vétéran cynique, le patriote idéaliste, et bien d'autres. L'ensemble forme un kaléidoscope de points de vue qui tous donnent à voir la bêtise de la chose militaire : les rapports de force au sein des états-majors, les rivalités mesquines, les erreurs de l'intendance, l'héroïsme stupide... Un chapitre montre ainsi la transmission d'un ordre le long de la chaîne de commandement, avec les effets que l'on imagine.

Contrairement aux romans précédents de l'auteur qui empruntaient une partie de leur humour au registre du pastiche, The Heroes est cynique et violent. Les dialogues sont toujours aussi ironiques, et les combats, déjà sanglants, sont portés ici à une échelle de violence rarement atteinte. Les écrivains occupant la même niche de"gritty fantasy" ont en comparaison une écriture très fleur bleue : The Heroes est au récit de guerre médiévale ce que la séquence d'introduction de Il faut sauver le soldat Ryan à la charge des Rohirrim dans le Retour du Roi.

Si l'on peut tout à fait lire The Heroes isolément du reste de l'oeuvre d'Abercrombie, le lire dans la succession des précédents permet de discerner le "meta-plot" qui unit l'ensemble. Agréable mais pas indispensable, l'intensité du récit lui permet de se suffire à lui-même. Un bémol toutefois :  le procédé consistant à critiquer la Fantasy dans un roman de Fantasy ne permettra pas d'aller bien loin, et il serait bien qu'Abercrombie envisage un axe différent pour son prochain roman, Red Country, annoncé comme un mélange de western et de Fantasy, toujours dans le même univers.

2 commentaires:

  1. C'est pas bête de mettre la carte du monde directement sur la couverture.

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  2. :-)
    Bon, il s'agit ici d'un plan du champ de bataille, illustré par Didier Graffet. Mais celle de Best Served Cold est bien une carte du monde !

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