25/05/2007

Le Trône de fer-blanc

La Fantasy, et à plus forte raison la Big Commercial Fantasy qui s'efforce de suivre les goûts du public, évolue en fonction des tendances. Les paradigmes du barbare triomphant de la sword & sorcery, ou du jeune héros appelé à défier le Mal de la Fantasy épique, sont dépassés. Les récents succès en librairie ont permis de faire naître un nouveau genre : la Fantasy à base de realpolitik et de batailles sanglantes. Plusieurs éléments distinguent les romans de cette sous-sous-catégorie de littérature de l'imaginaire, des modèles précédents :

- un fantastique discret : pas de dieux incarnés, d'épées buveuses d'âmes, d'anneaux maléfiques, ou d'archimagiciens. Si la magie existe, ses effets sont modestes et pas de nature à renverser le cours d'une bataille.

- une récit "choral" ou "polyphonique" : de la même façon que dans les films Short Cuts, Magnolia, ou Collision, on ne suit pas un personnage ou un groupe uni, mais plusieurs protagonistes dont les destins croisés composent ensemble une fresque complète.

- une narration en "focalisation externe" (third person limited) : l'histoire est narrée du point de vue d'une personne fictive qui n'en saurait pas plus que le personnage (par opposition au point de vue omniscient); cela permet de changer de personnage d'un chapitre à un autre, en ne se préoccupant que de son entourage immédiat et sans remettre en perspective son récit dans son contexte en général. Ce soin est laissé au lecteur, qui découvre ainsi progressivement la fresque d'ensemble.

- et, bien sûr, un récit basé sur des complots politiques machiavéliens.

Le modèle de ce genre de série est, on l'aura reconnu, le Trône de Fer de G.R.R. Martin. Mais lui ont emboîté le pas de nombreux tâcherons, contre lesquels nous vous mettons en garde. Ce n'est pas parce qu'on lit beaucoup de Fantasy qu'il faut abaisser ses critères de sélection, et il ne suffit pas pour un auteur de tuer un personnage sympathique dans un prologue pour devenir le nouveau roi de la "realFantasy". Mieux vaut un bon roman de rôliste, qu'un mauvais cycle de Fantasy. Au pire, un bouquin sur Warhammer ou Eberron met quand même en scène un univers connu. Là, il faut à chaque fois se frapper une nouvelle carte dessinée avec les pieds et l'index des noms imprononçables.

Des tyrans et des Rois (3 tomes, fini)

Ses ennemis l'appellent le Chacal de Nar, une machine à tuer implacable à la tête d'une grande armée. Pourtant, le prince Richius Vantran n'est qu'un général émérite à la solde de l'Empereur de Nar. Engagé dans une guerre contre les fanatiques religieux de Lucel-Lor, il n'aspire qu'à la paix et à la fin d'un conflit dont il ne comprend guère les enjeux. Malgré la machinerie redoutable déployée par son royaume, la lutte est rude face à la magie de leurs adversaires. Les batailles acharnées se succèdent sans fin, dans la boue et les tranchées. Le Chacal se croit perdu. Il n'avait toutefois pas prévu de rencontrer l'amour dans de telles circonstances. Un nouveau destin s'offre à lui...
Un style lourd, des phrases mal construites, un univers de Fantasy sans aucune originalité, des personnages archétypaux, des dilemmes , une histoire d'amour à l'eau de rose, et pour finir des noms monosyllabiques tout à fait disgracieux. Ce livre n'a rien pour plaire, et je n'ai pas dépassé la page 200 - ce qui me parait déjà assez méritoire.

La Couronne des 7 Royaumes (10 tomes, en cours)

C'est avec une impatience doublée d'une légère angoisse que le jeune Tavis, fils du duc de Curgh, voit se rapprocher au-delà des remparts les joyeuses banderoles du festival. Lors de cet évènement, en effet, les adolescents sont soumis à l'épreuve de la révélation, durant la quelle les Glaneurs Qirsi, de mystérieux magiciens, dévoilent à chacun une partie de son futur destin. Or on a toujours répété à Tavis qu'il deviendrait duc, puis roi, à la suite de son père. Et si la révélation lui apprenait le contraire ? Lorsqu'il ressort de son entrevue avec le magicien Qirsi, Tavis n'est plus le même homme : ce que lui a révélé le Glaneur est si terrible, si effrayant, qu'il refuse de le croire... Mais peut-on luter contre sa destinée ?

Pygmalion, qui édite la VF du roman, coupe comme d'habitude chaque tome anglais en deux. Vu que l'action n'est pas trépidante, ce découpage donne l'impression que l'intrigue avance à une allure à côté de laquelle Jonathan Strange & Mr Norrell semble frénétique. L'auteur, visiblement, n'a pas que Martin comme modèle : on retrouve aussi un peu de Robin Hobb, avec une intrigue versant parfois vers "Rémi sans famille en Fantasy" et un personnage principal loin d'inspirer la sympathie. Mais l'élément principal, c'est bien sûr le complot des magiciens qui donne son titre au tome 1. Heureusement que les seigneurs féodaux de ce monde sont cons comme des briques, sinon cela ferait longtemps qu'ils auraient démantelé le réseau de phi-kappa-beta formé par leurs anciens ennemis, qu'ils ont eu la bêtise de choisir comme éminences grises parce qu'ils sont capables de faire pleuvoir ou d'aider une vache à vêler. Auquel cas l'histoire aurait été beaucoup plus courte. Ceci dit, l'auteur écrit mieux que celui du Chacal de Nar, et ses personnages et les intrigues sont plus crédibles - une fois qu'on a accepté de croire que ce complot ridicule représente une menace sérieuse. Si l'histoire n'était pas à la fois aussi lente et évidente (du moins, telle qu'on le voit dans les 3 premiers tomes), le cycle serait recommendable.

Les Monarchies divines (5 tomes, en cours)

Le monde est en guerre. Aekir, la cité ramusienne, vient de tomber aux mains des armées du sultan Aurungzeb. Partout, les intégrismes religieux progressent, et la magie même est menacée... Débarqué au port d'Abrusio, le noble Hawkwood, qui a vu une partie de son équipage emprisonnée, n'a d'autre choix que de repartir, aux côtés de magiciens et de sorciers bannis, à la recherche d'un continent légendaire aux confins du monde connu.
Tiens ! Une pseudo-Europe, avec ses guerres de religion, mise en scène dans un cycle mal traduit : un coup je te traduis les noms propres, un coup non, et vas-y que je t'invente des expressions en faisant des barbarismes... ("le reflet de la mer se gondolait dans ses orbites" ou un truc du style...) Le côté "gritty" est exagéré (le vieux loup de mer encule les mousses, le soldat vaincu piétine dans sa fuite des cadavres d'enfants, le pseudo-pape se fait violer par un loup-garou en forme Crinos, ça se torture, s'éviscère et s'empale à tout va), mais cette violence est tellement mal utilisée qu'elle n'est ni crédible, ni choquante. Les personnages, à peu près inintéressants, sont, dans la soif de l'auteur de n'en faire ni des gentils, ni des méchants, totalement transparents. Si on ajoute à cela que, dans la grande tradition des livres "choraux" qui fleurissent en ce moment, aucune description autre que les adjectifs utilisés dans le cours du récit n'est proposée pour les personnages, on obtient les aventures inintéressantes de personnages fades dans un monde sans charme. Ah ! Et n'oublions un récit basé sur le développement de deux intrigues parallèles (le choc des civilisations et la découverte d'un nouveau continent), entre lesquelles l'auteur n'arrive pas à garder l'équilibre, et on obtient une belle perle de la fantasy. Seule originalité du style : l'utilisation abondante de termes techniques maritimes ou militaires, donnant un vernis de crédibilité aux scènes décrites. Il parait que l'auteur a été lâché par l'éditeur au moment de publier son second cycle. Quelle perte pour la littérature. Finalement, la seule chose intriguante, c'est la raison pour laquelle Robert Silverberg a écrit : "Une voie nouvelle dans la fantasy, audacieuse et puissante."... Robert !!! Que t'ont-ils fait ?

Les autres

Je parle de ceux-là, mais je suis sûr qu'il y en a bien d'autres dans la production actuelle, et que vous avez vous-même des titres à citer, ressemblant à ces trucs-là. Au final, si vous avez aimé Martin, ne cherchez pas à en lire d'autres dans la même veine : préférez l'original aux copies, et quitte à s'en tenir à la Fantasy "gritty", autant essayer ceux qui n'essaient pas de coller au plus près de la méthode de Martin ou de Glen Cook.

Les Ravens (6tomes, finis)

Un monde dominé par la magie...
Un groupe de mercenaires, les Ravens, liés par l'honneur, l'amitié et le combat...
Un mage sinistre et maléfique qui leur impose une mission périlleuse : retrouver AubeMort, un sortilège de fin du monde qui menace le royaume de Balaia...
La quête commence, impitoyable, sanglante et terrifiante.

Si vous aimez l'action sans prise de tête, les personnages hauts en couleurs et les dialogues enlevés, cette série est faite pour vous. Ecrite par un ancien rôliste, elle suit les traces d'un groupe de mercenaires d'élite, soudé par une amitié indéfectible. Les gentils sont gentils, les méchants ambigüs, et l'action trépidante. Chaque roman raconte une histoire complète, et bien qu'ils se lisent dans l'ordre tous ont un début et une fin. Le cycle ne rentre pas dans les catégories ci-dessus car la magie est vraiment puissante (une magie de bataille qui, justement, a autant d'impact que l'aviation, l'artillerie, les armes biochimiques et le nucléaire réunis), et qu'on reste attaché au même groupe de personnages. Les intrigues sont très simples : le monde est menacé, une action héroïque pourrait changer la donne, les Ravens l'accomplissent. De la série B bourrée d'effets spéciaux, avec des acteurs charismatiques, quoi.


Livre Malazéen des Glorieux Défunts (19 tomes, pas commencé)

Dans le vaste empire malazéen, le mécontentement gronde, saignés à blanc que sont les Etats vassaux par des décennies de guerres interminables, de purges, de querelles intestines et aussi de heurts avec Anomander Rake – le seigneur de Lunerre – et ses mystérieux Tiste Andii. Même les légions impériales, depuis longtemps rodées aux effusions de sang, aspirent à quelques répit. L'autorité de l'impératrice demeure pourtant absolue, garantie par les redoutables assassins de la Griffe.
Pour le sergent Whiskeyjack et son escouade désabusée de Brûleurs de Ponts, ainsi que pour Tattersail, unique magicienne survivante de la Deuxième armée, la fin du siège de Pale aurait dû se passer à panser les blessés et à pleurer les nombreux morts. Mais l'impératrice en a décidé autrement...
Ce qui précède est tiré de la couv' de l'édition traduite chez Buchet-Chastel, qui a depuis arrêté la Fantasy. Mais ce roman ressort en français chez Calmann-Lévy en septembre, donc c'est l'occasion d'en (re)parler (Pour en savoir plus, en attendant ma critique du tome 8 de la VO tout récemment paru, il y a déjà un billet sur ce cycle). Sébastien Guillot annonce, dans un interview donné à Elbakin :

Au second semestre 2007, nous allons enfin publier – rééditer, puisqu'il a déjà fait l'objet d'une discrète publication chez Buchet-Chastel – Les Jardins de la Lune de Steven Erikson, premier tome du Livre Malazéen des Glorieux Défunts qui en comptera dix au final en VO. Un cycle vraiment impressionnant, l'un des rares poids lourds non encore traduits en France, souvent comparé à La Compagnie noire de Glen Cook pour sa noirceur. Le tome suivant, totalement inédit celui-là, sera publié aux environs de mars 2008.

Notons qu'après le t1, les tomes suivants devraient être découpés; qu'il existe des "novellas" indépendantes (spin-off), 3 à ce jour; que le co-fondateur de l'univers publie également des romans dans ce monde; bref, sur une étagère, le collectionneur aura à la fin bien plus de 19 tomes. Cette série très "high-fantasy" elle aussi est donc à réserver à ceux qui aiment les très loooongs cycles, mais surtout à ceux qui aiment les intrigues complexes. Bien que chaque roman contienne une histoire autonome, le nombre d'intrigues, de personnages, forme au total un puzzle dont on ne commence à avoir une vision d'ensemble qu'après bien des pages. Est-ce un problème ? Non, cela fait justement partie de l'intérêt de la série. Mais il faut juste être prévenu, savoir que le t1 ne fait que lancer le cycle, et ne pas s'attendre à un énième Pug l'apprenti. Mais pour l'amateur de Fantasy qui recherche dans ce genre l'évasion et le célèbre "suspension of disbelief", on ne peut rêver mieux.

Et si vraiment vous n'aimez pas (plus) la Fantasy, (re)passez à la SF avec Spin, alors...

24 commentaires:

  1. Il y a un truc que je ne comprends pas dans certaines des critiques. On y parle du style des auteurs, mais dans le cas d'une traduction, il est évident que l'on n'a pas accès au style de l'auteur mais bien à celui du traducteur. Peut-être devrait-on spécifier qui est le traducteur?

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  2. En fait, je montre les couvs françaises, mais je lis la Fantasy en VO - sauf les bouquins de Kearney que j'ai essayés en VF, où je parle du style de la traduction. Donc quand je parle du style de l'auteur, ce n'est pas un raccourci.

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  3. Merci de ta visite. :)

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  4. Alex, c'est pas toi qui trouve justement que le dernier G.R.R Martin est chiant au possible ?

    Merci pour le portrait de famille, Philippe, je vais rester sur la Compagnie Noire et attaquer Erikson dès que possible (en plus c'est un canadien, non ?).

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  5. Oui, c'est un canadien, il y en a pas mal en Fantasy j'ai l'impression.

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  6. Les hivers sont longs, alors écrire de la Fantasy est un bon moyen de passer le temps. C'est plus facile de s'astreindre à l'écriture au Canada qu'en Floride.

    En parlant de noms fantasy débiles et de mondes incohérents, je conseille la lecture de Comment écrire de la fantasy et de la science-fiction d'Orson Scott Card. C'est très instructif pour les rôlistes.

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  7. Oui, Cédric, c'est bien moi qui ai trouvé A Feast for Crows pas juste mauvais, mais vraiment nul.
    Ce qui est tout de même surprenant pour un auteur comme Martin.
    Très très décevant...

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  8. Je vais donc me faire un plaisir d'être d'un avis contraire, comme d'hab' ;o)

    J'attends la traduction de ce tome en version poche pour me relancer dans cette saga. J'ai commencé en VF, je suis condamné à patienter. Au lieu de payer 10$ pour la VO en poche, je vais payer 45$ pour les trois livres de la VF. Qu'est-ce que je suis con, des fois.

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  9. Très bon article.

    Tu devrais essayer la trilogie The Prince of Nothing de R. Scott Bakker, IMHO la seule excellente série de fantasy actuelle avec le Trône de Fer (quoi qu'on dise du dernier volume).

    Il y a aussi Sword of Shadows de J.V. Jones qui est plutôt pas mal et les bouquins de Guy Gavriel Kay (The Lions of Al-Rassan surtout).

    Par contre je n'aime pas du tout Erikson, avec ses dieux et super-pouvoirs qu'il sort de son chapeaux a chaque fois qu'il en a besoin, ses milliers de personnages sans profondeurs, ses incohérences et son style super lourd.

    Les séries de fantasy ont plutôt tendance à me dégouter, je trouve que la force du genre se trouve nettement plus dans les stand-alone.

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  10. R. Scott Baker, ça fait vraiment plusieurs fois qu'on nous en parle, il faut vraiment que je mette la main dessus. Merci du conseil, Martlet.

    Kay, je connais et j'aime beaucoup sa Fantasy alter-médiévale (Tigane, Al-Hassan, etc.). Sa tapisserie de Fionnavar est à oublier, mais ces bouquins-là sont vraiment bons.

    J.V. Jones, je ne connais pas, je vais essayer.

    Quant à Erikson... Je suis d'accord que son cycle a des défauts, mais par contre je ne suis pas d'accord sur :
    - le style : on aime ou on aime pas, mais je ne trouve pas qu'il soit "super lourd"
    - les personnages mono-dimensionnels : je ne vois pas en quoi Mappo, Icarium, Rhulad, Trull, Karsa Orlong, etc, sont simplistes ou caricaturaux ? Je trouve aussi qu'il multiplie à l'excès les personnages secondaires, notamment dans les armées malazéennes, et que le dernier tome est justement pénible à cause de personnages secondaires dont on se passerait bien, mais en règle général je trouve qu'il caractérise bien et en peu de pages tel ou tel personnage.
    - Quant aux dieux & super-pouvoirs, il faut accepter que ce soit de la (very)-high-fantasy, au contraire d'un GRR Martin où le fantastique n'est que très peu présent. Personnellement, appréciant cet aspect-là du cycle (la cosmologie qui rappelle Tim Powers), je trouve que l'auteur respecte bien ses idées initiales et ne triche pas avec les règles qu'il s'est donné (cf. nos billets 'Blanc-seing' pour voir notre début d'analyse de l'utilisation de la magie en Fantasy).

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  11. Pour Bakker, les gens adorent ou detestent, en général il ne laisse pas indifférent.

    Au sujet Erikson, c'est vrai que je suis un peu dur, car il m'a beaucoup déçu.

    Au niveau du style c'est une histoire de goût évidemment, mais je trouve qu'il se force un peu trop a écrire dans un registre famillier, même quand ce n'est pas pertinent. Et si tu t'amuses à compter le nombre de "Hood's Breath" et autres tics de langage dans un chapitre de Deadhouse Gates par exemple, tu perds vite le compte. (plusieurs fois par pages dans certains passages)

    Sur l'aspect high-fantasy, là encore, on aime ou pas. Je trouve que la débauche d'effets spéciaux et le flou artistique qu'il mantient en permanence est un peu facile et cache un grand vide. Mais on ne pourra faire le bilan qu'une fois la série terminée, et je changerais peut-être d'avis.

    Il faut dire aussi que j'ai une dent contre les séries à rallonge :)

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  12. Bonjour Martlet

    Je ne vais évidemment pas revenir sur Erikson, tout ça est affaire de goût, of course.

    Ce qui est marrant, c'est qu'en répertoriant les sites qui parlent des Malazan Books, ton site est arrivé dans la poignée de ceux qui parlent (en bien ou en mal) d'Erikson et en lisant ton blog je me suis dit : "Tiens, c'est plaisant de voir qu'il y a un autre amateur de fantasy qui fait des critiques sur des livres principalement en VO". Et paf, quelques heures plus tard, c'est toi qui écris un commentaire ici. La blogosphère est si petite.

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  13. Sur le style d'Erikson : c'est marrant, moi, je trouvais au contraire qu'il passait d'un registre de langue à un autre assez facilement. La langue descriptive (celle du "third person limited") est assez plaisante à lire. Ses soldats parlent en effet un argot familier, et je trouvais amusant qu'il ait créé des jurons (Hood's Breath, Hood's Ball), qui ne sont pas plus souvent utilisés qu'un "fuck" dans un film de guerre. Enfin, ses personnages éduqués (comme Tehol Beddict et son majordome, Bugg) ont un niveau de langue bien plus soutenu, qui me fait penser à Vance. Et ça sans compter les tournures particulières reflétant la culture d'un peuple (je pense aux Tiste Edur ou aux T'lan Imass).

    Sur l'aspect high-fantasy : c'est vrai, c'est flou, et c'est en ça que l'approche est la même que celle de Tim Powers. L'auteur ne balise rien, ne prend pas le lecteur par la main, et on met du temps avant de comprendre ce qu'est un Warren. Le Deck des Dragons n'est jamais vraiment expliqué, et les notions magiques se compliquent encore par la suite (les Holds, les Tiles, les Elder Gods, les Soletaken, etc.). C'est flou pour le lecteur, c'est flou pour les personnages (dont aucun n'a une vision d'ensemble), mais ça se met en place au fur et à mesure que la mosaïque de points de vue différents dessine peu à peu quelque chose. Personnellement, cette approche me plait. Par contre, je trouve aussi que de temps en temps, il y a plus d'Ascendants, de Soletaken et d'Elder Gods au mètre carré, que d'anges dansant sur une tête d'épingle. Mais cette concentration est voulue par les événements, dans une certaine mesure.

    Sur les cycles à rallonge : comme je le dis dès ce billet, j'aime bien la Big Commercial Fantasy et les cycles à rallonge - même si je suis en général très critique sur le résultat. J'aime le développement sur le long terme, le foisonnement des personnages, des situations, les retournements de situation, et, attrait principal de la Fantasy, le développement de cultures et de mythes nouveaux. De ce côté-là, j'en ai pour mon argent avec Erikson. Bien sûr, je ne lis pas que des cycles, la brévitude, c'est bien aussi !

    > Sur Deadhouse Gates : je crois que c'est mon tome préféré de la série. J'ai été bluffé par Coltraine et la "chain of dogs", et encore aujourd'hui il me reste des images plein la tête, souvenirs nées de mes lectures. Toutes autres considérations mises à part, n'est-ce pas ce que l'on recherche en lisant ? Et des souvenirs comme ça, j'en ai avec chaque tome d'Erikson - sauf le dernier.

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  14. Je trouve ce billet bien intéressant, tentant avec perplexité d'accrocher aux Monarchies Divines, qui ne recuillent que des louanges de toutes parts. C'est vraiment très mal écrit, très mal traduit et le choix des personnages pas passionnant (rôle limité des femmes, notamment). Il n'y a donc personne pour mettre en garde contre les "tâcherons" ?! Même sur les forums spécialisés, personne ne sait différencier un bon livre d'un mauvais...

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  15. Anonyme6/9/08

    merci, merci
    Enfin j'ai trouvé des lecteurs qui, comme moi, n'ont pas apprécié les Monarchies Divines, Des Tyrans et des Rois, et la Couronne des 7 Royaumes
    Merci encore une fois

    Ugla

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  16. Bon, on va mettre en commun toute la liste des trucs qu'on n'a pas aimé, il y a de bonnes chances qu'on ait les mêmes. :)

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  17. Bonjour,
    Tout d'abord, permettez-moi de dire que je suis un fan inconditionnel du Trône de Fer et que je le considère comme la meilleure oeuvre de fantasy que j'ai lue depuis longtemps. Voilà ! Ca c'est dit.
    Mais je vous trouve un peu sévère avec ses "copies". Rassurez-vous, je ne vais pas, agenouillé derrière mon cheval mort sous moi, la hache à la main, l'arc à l'épaule, le poignard entre les dents, défendre jusqu'à mon dernier souffle de vie ces ouvrages. Ils ne sont probablement pas indispensables dans une bibliothèque. Voilà, en tous cas, ce que je pense de La Couronne des 7 Royaumes ici.
    Quoi qu'il en soit, je me ferai un plaisir de revenir hanter votre blog, votre haut niveau d'exigence me rassurant sur la qualité des oeuvres que vous défendez.
    P.S. Je ne lis qu'en VF.

    Philippe.

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  18. Moi, j'ai tellement aimé le Trone de Fer que je n'ai toujours pas lu A Feast for Crows, car je préfère attendre que la 2e moitié soit disponible pour lire dans la foulée. Et je pense que mon opinion sera moins mauvaise que celle des fans déçus, du coup.

    Merci d'être passé nous voir, Philippe. Si tu continues à te balader sur le blog, tu verras que j'ai critiqué quelques autres copies ici :
    http://hu-mu.blogspot.com/2008/06/choral-fantasy-kezaco.html
    Mais je suis rassuré de voir que tu as aimé la série que j'ai le moins le mois aimé. C'est d'ailleurs la seule dont je reprendrais la lecture (j'en suis resté au tome 1 VO, je crois) pour en connaître la suite. Mais quand même, c'est dommage que la conspiration ne soit pas plus plausible, ça nuit quand même à la crédibilité du récit...

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  19. Moi qui croyais être un expert de la chasse aux invraisemblances et autres incohérences, et c'est bien pour cela que le Trône de Fer m'a à ce point séduit; je crois que j'ai trouvé mon maître.
    J'avoue, très humblement, n'avoir à aucun moment été choqué par le manque de plausibilité de la conspiration. (Si ce n'est je te l'accorde, le fait que des royaumes entiers mettent leur destins entre les mains de leurs anciens ennemis). Mais on n'est pas toujours vigilants.
    Je crois que c'est un roman à lire sans trop, trop se poser de questions. Et j'aime beaucoup la plupart des personnages (et je ne parle pas là des deux héros, pas trop charismatiques, mais des autres).
    Quant au Trône de Fer, j'en suis resté au tome 10 vf, à savoir la première partie de A Feast for Crows, où il ne se passe pas grand chose, il faut bien le dire. Les tomes 11 et 12 m'attendent sur leurs étagères.
    Je compte bien les attaquer dans les jours qui viennent.
    Bon, allez, j'arrête de t'embêter et je retourne parcourir ton blog. C'est un régal.

    Philippe.

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  20. N'oublie pas que mon opinion n'est que mon opinion, justement : ce n'est pas parce que j'ai trouvé l'intrigue peu plausible, que tu dois te poser des questions sur ta perception du roman. Pour lire de la fantasy, de toutes façons, il faut à un degré ou à un autre accepter d'avaler des couleuvres : "comment ? un univers où la civilisation est figée au niveau médiéval depuis 43.000 ans ?" ou "comment cet empire arrive-t-il à tenir debout, avec de telles distances sans aucun moyen de communication ?" et autres "à quoi servent les hopitaux si des magiciens peuvent guérir sans effort"... Si celle-là m'ae paru plus dur à avaler, c'est qu'elle contraste avec l'effort minutieux avec lequel l'auteur décrit ses personnages et leurs motivations.

    De toutes façons, je compte lire la suite quand la bibliothèque la commandera. Donc c'est que je n'ai pas détesté. :)

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  21. J'ai commencé La Couronne des 7 Royaumes à cause de la référence au Trône de Fer et je dois dire que si les 2 premiers tomes m'ont assez lourdé, pour les raisons cités, le cycle se lit assez bien par la suite. Bon là j'en suis au 7ème et j'avoue me demander si ça commence pas à traîner en longueur, mais on est tout de même pas dans le mauvais mauvais des imitations du Trône de Fer. Le côté rémi sans famille en Fantasy disparaît peu à peu, bien que pas mal d'incohérences à ce niveau restent.

    Ceci dit, je te remercie pour cet article car Des tyrans et des Rois et les monarchies divines étaient sur ma liste. JE serai donc ravis de les rayer :)

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  22. Bienvenu if is Dead dans le clan des fans (même timides) de La Couronne des Sept Royaumes. Même si on peut être tenté de comparer cette série au TdF, je crois que l'auteur n'a pas eu la même ambition que Martin. Il s'est "contenté" de faire une série très divertissante et c'est déjà pas mal.
    Quant à la trilogie Des Tyrans et des Rois je pense que le deuxième volume, qui peut se lire quasiment de façon autonome, vaut le coup.

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  23. La Couronne des 7 Royaumes est le moins mauvais des ersatz du Trône de Fer que j'ai pu lire, je ne vais donc pas vous lapider pour l'aimer.

    Par contre, des Tyrans et des Rois, faut pas pousser mémé dans les orties. :)

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