07/12/2011

Palimpseste



Un palimpseste est habituellement un parchemin que l'on a gratté pour pouvoir le réutiliser, ce que savent déjà les lecteurs de Baudolino d'Umberto Eco. Or dans cette grosse nouvelle de 150 pages, le palimpseste est plutôt une période temporelle qui a été plusieurs fois réécrite. Car oui, Palimpseste de Charles Stross parle de voyage dans le temps. La fin du monde est arrivée. Plusieurs fois, même. Mais la Stase, organisme qui renvoit les différentes Fondations d'Asimov au rang d'amicales pour philathélistes, a pris les devants en bidouillant le temps et l'espace pour faire des boutures civilisationnelles. Et Pierce, jeune aspirant de la Stase, est confronté lors de ses premières missions à la logique spécieuse des faux paradoxes temporels.

Il y a dans ce Hugo tout ce que je déteste dans la SF : de longs passages où l'auteur fait péter sa hard science à grands renforts de théories et de principes qui en foutent plein la vue mais qui ne servent pas directement la narration. La Stase fait redémarrer des soleils morts, dévie la course des galaxies, catalogue l'univers dans des diamants… le tout avec une technologie à base de nano-turbo-pompons à induction inversée avec effet rétroactif sur la moyenne pondérée des n premiers trous noirs d'Andromède. C'est sans doute passionnant si on est un élève d'Hubert Reeves, ça l'est nettement moins quand on est un employé de bureau qui ne maîtrise pas les subtilités du rendement énergétique des naines rouges. Ce n'est pas didactique pour deux sous : le lecteur se cogne ce genre de résumé pompeux de la génèse du monde de la Stase entre deux chapitres focalisés sur le héros. C'est imbuvable et surtout, ça casse le peu de rythme que l'intrigue possède. Car l'histoire n'est pas non plus très folichone. Pierce est un personnage sans aucun relief et ses tribulations spacio-temporelles sont soporifiques. Il subit tout, ne comprend pas grand-chose et est au final totalement occulté par un personnage secondaire (Kafka) qui se relève bien plus intéressant que le protagoniste central.

Reste quelques idées sur le voyage temporel, avec une ou deux scènes marquantes (le rite d'acceptation au sein de la Stase et l'épreuve ultime pour obtenir son diplôme), mais au final Palimpseste est une longue et mauvaise nouvelle qui ne raconte rien en faisant de l'esbroufe scientifique.

14 commentaires:

  1. Ah non, je ne suis pas d'accord. Il est loin de mériter le bain de soude :) !

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  2. Je n'aurais pas dit mieux...

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  3. Ah non, on vient de me l'offrir, faut pas me décourager avant lecture. C'est plus pire ou moins pire que du Greg Egan en terme de hard science ? (que je sache à quoi m'en tenir ^^)

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  4. Je n'ai pas encore lu du Greg Egan, donc je ne peux pas comparer.
    Je n'ai aucun problème avec la hard science quand c'est bien amené et que ça soutient l'intrigue.
    Mais il faut arriver à ne pas être professoral avec le lecteur tout en vulgarisant les notions abordées.
    C'est un sacré défi.

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  5. Alors moi j'ai adoré ! On nage en plein "sense of wonder" avec ce bouquin ! Excellent !

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  6. à quand le fil facebook de hugin&Munin ?
    je boss dans le webmarketing et il parait que l'audience des blogs en prend un sacré coup a cause des fils d'actu facebook. à la fois j'en sais rien.. mais c'était la question du mec qui s’emmerde au taff...
    reno

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  7. Philippe est en stase sur Twitter, nous sommes tous les deux présents sur G+.
    Nous n'aurions pas de valeur ajoutée à proposer en montant un page G+ pour HuMu, on se contenterait de publier un lien à chaque publication de billet.
    Nous n'étudions pas le traffic de notre blog, je ne pourrais pas te dire si les réseaux sociaux ont sabordé notre lectorat.

    Ce que je sais, c'est qu'un billet assassin sur un mauvais livre de fantasy engendre des commentaires alors qu'un billet bien construit sur un sujet sérieux laisse les gens indifférents.
    Si on quantifie le succès d'un blog à ses commentaires, alors il faut plutôt faire du Odieux connard.

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  8. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  9. http://i43.servimg.com/u/f43/11/53/70/73/humu10.jpg

    ouep je m’emmerde au taff...

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  10. Merci pour ces données.
    Je n'ai pas l'impression que les réseaux sociaux nous aient fait du mal, on a globalement une audience en hausse.

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  11. Je trouve qu'on ne peut pas lire Palimpsest sans le mettre en rapport avec "La fin d'Eternité" d'Asimov : les deux ont : une organisation qui modifie/contrôle le destin de l'humanité dans le temps (voyage temporel), les deux sont en danger, les deux présente une tension entre voyage dans le temps et dans l'espace.

    Le livre d'Asimov est par contre plus "lisible", Stross est très très jargonnant.

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  12. Ni avec "la patrouille du temps" de Poul Anderson, dont je suis en train de chercher frénétiquement le 4e et dernier tome afin d'en faire une critique qui montrera qu'il n'y avait rien à ajouter à ce chef-d'oeuvre. :)

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  13. Moi ce qui m'avait le plus marqué, c'est ce n'importe quoi ambiant pseudo-scientifico-inteligent que l'auteur nous balance à la gueule toutes les trois pages.

    Et puis bordel, il a écrit 6 x 1023 bits = 1023 octets !

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  14. Même avis, je n'ai pas aimé ce livre !

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