09/02/2012

Tanith Lee - Le Dit de la Terre Plate


J'avoue mon incompréhension : depuis que le temps que tout le monde hurle sous les fenêtres de Pocket pour demander la réédition du cycle de Tanith Lee, considéré comme un incontournable de la Fantasy, je ne comprends pas que sa nouvelle publication par les éditions Mnémos n'ait pas déclenché une avalanche de critiques dithyrambiques. Qu'on ne prétexte pas le prix : avec ce gros volume, on a trois tomes dans l'édition précédente : le Maître des Ténèbres, le Maître de la Mort, et le Maître des Illusions. Certes, si l'on notait l'illustration sur une échelle de 1 à 10 pour son rapport avec le contenu du livre, la note serait entre 0,5 et 0,75. Mais si Bragelonne arrive à vendre avec des couvertures comme ça, alors pourquoi pas Mnémos ? Même sur Elbakin, caisse de résonance des moindres faits et gestes du monde de la Fantasy anglo-saxonne, une simple brève, puis plus rien.

20 ans après les avoir lus pour la 1e fois, je continue de penser que ce cycle est ce qui existe de plus réussi en matière de conte, et qu'ils n'ont pas pris une seule ride. D'autres auteurs ont essayé de traiter la Fantasy par ce biais : entre le hiératique Silmarillion et le lénifiant Contes de Terremer, le lecteur qui aime être un peu secoué en est pour ses frais.

Tanith Lee, à l'inverse, développe dans son univers un foisonnement d'images, d'intrigues qui saisit dès la première page. La comparaison avec les Mille et Une Nuits est une tarte à la crème : oui, on imagine plutôt un climat méditerranéen, des oliviers, des palmeraies, des balcons et mezzanines, mais qu'on ne s'attende pas à trouver des djinns, des nomades à l'hospitalité affable et doucereuse, ou des sultans ventripotents entouré d'eunuques et de courtisanes. Le génie de Tanith Lee, c'est d'avoir composé son cycle autour de la figure des méchants, les Princes des Ténèbres et en premier lieu le Seigneur de la Méchanceté, Ajrarn, dont la figure traverse tout le cycle et imprègne les cinq tomes. "We Love the Bad Guys". Et cela n'a jamais été aussi vrai qu'avec le magnifique Ajrarn, dont la grandiose mesquinerie et la cruauté affectueuse forme le principal ressort dramatique des intrigues courant sur les générations et les siècles que le cycle raconte.

La plume colorée, le récit sensuel et ironique, culminent avec le 2e épisode, le Maître de la Mort, où le récit perd un peu de la distanciation du conte pour se rapprocher du roman. Malgré toutes les qualités du livre, on sera bien inspiré de faire une petite pause entre les deux tomes, sous peine de saturation devant les hyperboles, les métaphores, et autres figures de style baroques - au sens propre du terme.









9 commentaires:

  1. Merde. Je m'étais jusqu'alors convaincu que ces deux gros pavés ne valaient pas plus que "le cycle de l'épée du dragon immortel" ou "légendes des royaumes des anges déchus".

    Maintenant, je vais être obligé de le lire.

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  2. Je l'ai lu il y a des siècles et j'hésitais à le relire...

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  3. Je viens tout juste de commencer le cycle. Et je dois bien avouer que cet aspect « conte », cette distanciation dont tu parles, me gêne un peu. Pour être exact, disons que ce n'est pas mon genre littéraire préféré. À cette réserve près, il me faut bien reconnaître que le texte se lit avec plaisir et qu'il est moins question que jamais, après avoir lu ta chronique, d'abandonner.

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  4. Merciiiiii :D
    Depuis qu'il est ressorti chez Mnémos, je guette les chroniques et il y en a trop peu à mon goût pour ce texte qui est un de mes meilleurs souvenirs de fantasy (et qui n'a pas beaucoup d'équivalents en plus).
    Du coup ça me donne envie de le relire...

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  5. Vivement la version poche que je m'y mette.

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  6. C'est un délice de lecture ou relecture, mais, comme je le dis dans le billet, il vaut mieux ne pas tout lire d'une traite : c'est comme quand on goûte un plat très épicé, au bout d'un moment la langue ne sent plus rien.
    J'attends de voir vos chroniques à tous, quand vous aurez fini de le lire ! :)

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    1. Pour ma part, la pause entre le deux livres dure encore. Cette distanciation du conte est peut-être intéressante, mais sur tout un roman, j'ai trouvé ça pénible. J'en ai parlé ici :

      http://www.yozone.fr/spip.php?article11110

      A.C. de Haenne

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  7. Finalement, j'ai jeté l'éponge. Je ne suis définitivement pas fait pour lire des contes. Je ne remets pas en cause les qualités littéraires de Tanith Lee mais je ne suis pas parvenu à entrer dans ce Dit de la Terre Plate.

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  8. Tiens, ça me rappelle que ce serait bien que j'achète cette réédition, ma copie ayant été égarée il y a déjà fort longtemps...

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