09/10/2012

Lyonesse de Jack Vance



Cet été j’ai relu le cycle de Lyonesse de Jack Vance. C’est la troisième fois (et même la quatrième si je compte la VF lue quand j’avais 17 ans) et sans doute pas la dernière. Je pensais au départ ne relire que quelques pages, mais je suis retombé dans ce récit comme au premier jour et, bien que sachant ce que j’y trouverais j’y ai pris le même plaisir que précédemment.

Ça m’a amené à m’interroger sur ce qui me plaisait vraiment dans cette série qui est parmi les dernières écrites et publiées par Jack Vance. On y retrouve des motifs narratifs (longs voyages plein de péripéties, importance des accords verbaux, etc.) et cosmogoniques (surtout autour de la magie et des sandestins) qui figurent déjà dans Cugel et Rhialto, mais à l’exception des premières nouvelles de la Terre Mourante je n’ai jamais apprécié cette série de romans de Vance.

Ce qui fait de Lyonnesse un série à part qui figure au panthéon de mes romans favoris (tous genres confondus) tient essentiellement à deux choses :
  • d’une part, en établissant son continent mythique au large de l’Aquitaine et au sud de l’Irlande (vaguement inspiré en cela par des mentions dans certains textes du premier millénaire de notre ère), Vance crée un univers éminemment paneuropéen où il peut mélanger à loisir des influences et mythes nordiques, celtes et chrétiens sans que cela semble trop juxtaposé. Du coup, il peint par touches successives un continent riche non seulement de ses propres histoires (et en particulier celle de la réunification des royaumes qui constitue la colonne vertébrale de la série) mais enrichi de tout cet univers de contes et légendes européens, du Graal à Ys en passant par la Table Ronde et les histoires truculentes de l'évangélisation de l'Irlande.
  • d’autre part, en proposant des personnages attachants, une véritable trame narrative (même si elle est par moments circonvolue) et une conclusion digne de ce nom, Vance évite la lassitude qui gette le lecteur de certaines de ses séries moins structurées. La faiblesse de la Terre Mourante à mon sens c’est cette absence d’enjeu ou de direction, sans compter qu’on peut s’amuser des personnages mais difficilement s’y attacher.
Du coup, la merveilleuse langue de Vance trouve véritablement sa place et nous vaut des pages délicieuses. Certains, j’imagine, n’apprécieront pas autant de clins d’œil aux contes de fée de leur enfance, du langage soutenu (pour ne pas dire ciselé) de tous les protagonistes quelle que soit leur extraction sociale ou leur intelligence aux duels de sagacité entre de jeunes héros et les sinistres habitants de la Forêt de Tantrevalles. Pour moi c’est l’essence de Lyonesse et ce qui rend cette série si attachante.

J’ai presque hâte déjà de les relire. Et surtout de les faire découvrir à mes enfants qui, je n’en doute pas un instant adoreront autant que moi.

En guise de conclusion, après cette dernière lecture, j’en suis venu à regretter d’avoir revendu à vil prix le jeu de rôle Lyonesse, malgré le fait que ce pavé maintenait une étagère en place depuis plusieurs années. Et puis, à la réflexion, je me suis rendu compte que la capacité à émuler ce qui me plaît dans Lyonesse autour d’une table de jeu ne résidait pas dans un bouquin de règles ou même un univers de jeu, mais dans la capacité d’un MJ et de ses joueurs à théâtraliser ces échanges mordants mais subtils, ces joutes verbales où le moindre détail a son importance et ces paris insensés qui signifient bien souvent la mort pour celui qui perd. Aucun système de règles (et surtout pas celui de Dying Earth) et aucun supplément de contexte ne peuvent permettre ça à la place du MJ et de ses joueurs. Malheureusement, si je ne suis pas sûr de disposer des joueurs qu’il faut, je suis certain pour le coup de ne pas être capable de ça en tant que MJ. Jouer dans l’esprit Lyonesse restera donc un fantasme…

(Correctif: Jack Vance n'ayant pas passé l'arme à gauche, contrairement à ce que j'avais écrit en première instance, j'ai corrigé la chose et je m'excuse de cette confusion qui n'enlève (ni ne rajoute) rien au talent de l'auteur...)

8 commentaires:

  1. Aussi loin que je sache Vance n'est pas mort... Ne l'enterrez pas trop vite !

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  2. Michaël C.9/10/12

    Ça y est, Hugin & Munin ont réussi à recruter Sleipnir ? Excellente nouvelle !

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  3. Le Jdr Lyonesse, j'avais bossé dessus. Du coup, j'avais lu les bouquins.

    C'était tellement pas mon truc qu'un peu tout ce que j'avais écrit avait été réécrit par derrière.

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  4. +1 avec Le Pendu.

    Je partage ton point de vue sur Lyonesse.
    Pour moi la prochaine étape est de le lire dans le texte.

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  5. Mes excuses auprès du Pendu, d'Efelle et de tous les autres. Je ne sais pas pourquoi j'étais persuadé qu'il avait passé l'arme à gauche. J'ai corrigé.

    Que ça ne vous empêche pas de lire le bouquin si c'est votre came!

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  6. Jamais lu, mais je ne suis pas spécialement fan de Jack Vance. Ceci dit, c'est la deuxième chronique élogieuse que je lis de ce cycle, alors un jour je me lirai ces romans. Tout simplement parce que tu en donnes envie! ;-)

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  7. Un cri du coeur ! Il faut que je le lise ce cycle là !

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  8. Julien, si je t'ai donné envie, my work here is done!

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