20/11/2012

The Fifth Witness de Michael Connelly


D'habitude, c'est Cédric qui parle des polars de Michael Connelly, mais une recherche rapide me montre qu'il a essentiellement écrit (en long en large et en travers) sur les bouquins dont le personnage principal est Harry Bosch et non pas de ceux où il s'agit de Mickey Haller, plus connus sous le nom du premier roman (et du film associé), The Lincoln Lawyer (La Défense Lincoln en Français). The Fifth Witness est le quatrième bouquin de la série juridique, et les trois premiers étaient des romans solides autant que puissants.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas, Mickey Haller est un avocat de LA qui traite des affaires criminelles. Au coeur du personnage est la conviction absolue que tout le monde, même la pire des ordures, doit avoir une bonne défense lorsqu'elle est attaquée par un procureur. Le corollaire de cette croyance c'est non seulement que savoir si l'accusé est coupable ou innocent est secondaire. Tous les bouquins sont construits sur le principe que nous, le lecteur, ne savons pas si l'accusé est innocent au départ, et comme Haller ne cherche pas à le savoir au delà de ce qu'il doit démontrer à la cour, on est perpétuellement dans une zone de gris morale qui est, à tout le moins originale et rafraîchissante  Haller est un personnage sympathique et honnête, mais il grenouille dans le milieu forcément délétère de ses clients parce qu'il pensent qu'ils doivent être défendus, tout simplement parce que procureur et avocats de la défense ne combattent de toute façon pas à armes égales.

Comme Cédric, j'éprouve une certaine lassitude avec Connelly, particulièrement avec les Harry Bosch. Force néanmoins est de reconnaître que cet auteur a une manière d'écrire, de camper ses personnages et son scénario qui sont particulièrement efficaces. J'ai dévoré The Fifth Witness en l'espace de 5 heures de lecture, et je n'ai pas été tenté à un seul instant de relâcher le bouquin.

Mais l'avidité de lecture et le fait qu'on ait pu se laisser happer n'empêche pas l'esprit critique, et pour le coup je ne peux pas dire que ce quatrième volet des aventures - si l'on peut appeler ça comme ça - de Mickey Haller ne m'a pas fait décoller.

La première, et peut-être principale raison, c'est que je connais trop bien Connelly. J'ai lu une vingtaine de ses polars, et la construction, la mécanique commence à m'être visible. Du coup, difficile de se laisser complètement immerger, parce qu'on sait à peu près quelle sera la dynamique du récit dès le départ du bouquin. On sait qu'une fois la mise en place passée, on aura les scènes du procès, on connaît les petits trucs qui sont sensés nous éduquer sur le système judiciaire américain mais qui, à force de répétition ressemblent plus à des maniérismes d'écriture, etc. Un peu comme un décor de théâtre dont les câbles et les rouages seraient un peu trop apparents.

Plus fondamentalement dans ce bouquin, il y a une autre raison qui m'a ennuyé, et qui m'a fait penser à la fin que la conclusion du bouquin (sans rien spoiler, Haller envisage de s'orienter vers une autre carrière) est sans doute nécessaire. Le problème, le voici: ce bouquin raconte le procès d'une femme menacée de repossession de sa maison par sa banque et accusée d'avoir tué le directeur de la banque par vengeance. La stratégie de la défense mise en place par Mickey Haller est de suggérer aux jurés une théorie alternative qui met en lumière les motifs de suspects sur lesquels la police n'a pas daigné enquêter.

Jusque là, rien que de très classique. Ce qui est gênant, c'est que la thèse de la police ne tient pas la route et est tellement évidemment bancale, qu'il est difficile de croire que les policiers ou les procureurs aient pu se contenter de ça. Du coup, non seulement ça manque pas mal de suspens, mais en plus on s'arrête toutes les dix pages en se demandant s'il est plausible que le système américain soit tel que le décrit Connelly, c'est à dire essentiellement constitué d'une police qui à partir du moment où elle met la main sur un coupable potentiel et peut à peu près le connecter avec le meurtre n'a aucun scrupule à faire tomber ledit coupable potentiel même sur une théorie visiblement fumeuse.

Là où ça devient plus gênant encore, c'est que toutes les considérations morales de Haller lui-même sur son métier (qui sont une constante intéressante des quatre romans) tombent complètement à plat puisque nous lecteur on a envie de dire que franchement, ce n'est pas lui qui devrait se poser des questions sur la moralité de ses actes.

Pour toutes ces raisons, The Fifth Witness est une déception. Ça reste un bon bouquin, et une lecture plaisante, même électrifiante par moments, parce Connelly sait y faire, mais de même que Cédric ne cesse de chroniquer la déchéance des Harry Bosch, je ne peux m'empêcher de penser que c'est le début de la fin pour Mickey Haller.

The Lincoln Lawyer has jumped the shark.

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