29/12/2013

L'Adversaire


C'est la troisième version de l'histoire que je regarde/lis. J'avais vu le film du même nom de Nicole Garcia avec Daniel Auteuil, et L'Emploi du temps, plus librement inspiré des faits. Et j'ai commencé le livre d'Emmanuel Carrère à 22h pour n'éteindre la lumière que 200 pages plus tard, vers 1h du matin. Parce que j'ai grandi dans le département où le drame s'est passé. Parce que j'ai connu ces pendulaires qui vivent en France mais font des gros sous en Suisse. Parce que j'ai fréquenté des mythomanes, dans ma vie. Cette histoire me parle étrangement. Comme l'auteur, je reconnais que ma fascination est malsaine, et j'en ai un peu honte. Mais j'y reviens régulièrement. Sans doute parce que je me suis beaucoup menti à propos de mon propre échec universitaire.

Jean-Claude Romand ne se présente pas aux examens sanctionnant sa deuxième année de médecine.  On ne saura jamais pourquoi, mais il commence alors à vivre dans le mensonge en faisant croire à son entourage que tout va bien, qu'il a réussi son diplôme. Puis il s'invente des internats fictifs, des liens avec des Kouchner et Schwartzenberg et surtout un gros poste à l'OMS, à Genève. Il passe ses journées sur des aires d'autoroute, à lire, ou à se promener dans son Jura natal. Pour l'argent, il arnaque sa parenté en faisant miroiter des rendements suisses à 18%. La menterie dure des années. Et le jour où la vérité commence à faire surface, il tue sa femme, ses deux enfants, ses parents et leur chien avant de faire un faux suicide.

Emmanuel Carrère a écrit à Jean-Claude Romand pour comprendre. Comprendre est peut-être un grand mot, car Romand ment, encore et toujours. Sur des détails, dans les grandes longueurs. On ne change pas d'habitude comme ça. Ce qui impressionne, c'est à quel point la construction mensongère de Romand est simple, dans le fond. Il se contente de cloisonner ses vies. Cent fois, ses mensonges auraient pu être dévoilés par une simple vérification de base, mais ça n'a jamais eu lieu car il a développé l'art de l'esquive, qui passe dans son milieu catholique pour une saine humilité. Ce n'était pas un homme qui forgeait des mensonges compliqués et produisait des faux pour y faire croire : ses proches avaient vraiment confiance en ce bon gars. Le point de vue de son meilleur ami est d'ailleurs cruel car, oui, si seulement il avait découvert le pot aux roses à temps... Mais non, il n'avait pas de raison de douter de la véracité de tout ça. Leur petite vie bourgeoise catho dans le pays de Gex était si douce.

Romand a pris perpétuité avec 22 ans de sûreté. En prison, il a trouvé la foi. C'est devenu le bon gars, là-bas, les détenus et les gardiens l'apprécient. Il fait partie d'un groupe qui se relaie pour prier en permanence. On lui confie les nouveaux détenus pour les guider dans l'univers carcéral. Traitez-moi de salopard d’athéiste sans coeur, mais comme on dit "Tu m'y prends une fois, tu es une fripouille, tu m'y prends deux fois, je suis une andouille". Il sera libérable en 2015.

1 commentaire:

  1. Le film m’avait marqué, c’est vraiment une histoire qui met mal à l’aise… Je suis scié d’apprendre qu’il est libérable en 2015, surtout après des meurtres de sang-froid.

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