17/09/2014

Stephen R Donaldson - L'appel de Mordant



Oui, on parle encore de Fantasy sur ce blog !


Ma décision récente de revoir à la baisse les mètres linéaires de livres qui encombrent mon chez-moi s'est accompagnée d'une autre : celle de liquider ma Pile A Lire, en m'obligeant à lire tous ces bouquins achetés, reçus, volés, empruntés jamais rendus, qui semblent se reproduire par parthénogenèse jusqu'à faire crouler les planches de mes étagères Ikéa.

Je n'avais que l'embarras du choix pour commencer, et j'ai sélectionné cette trilogie de Donaldson, dont on trouve assez peu de traces sur le web. Donaldson, j'aime assez, mais ce truc-là avait l'air ringard à souhait : une jeune femme un peu paumée (lire "fadasse") transportée dans un royaume med-fan en proie à un mystérieux ennemi, où elle découvrira son destin, l'amour, et son véritable talent (pas nécessairement dans cet ordre). Souvenez-vous, des accroches comme ça (jeune niais ou godiche qui change d'univers), à l'époque, il n'y avait que ceux de-l'élu-appelé-à-triompher-du-dieu-du-mal-revenu-envahir-le-monde pour les supplanter en nombre. Aujourd'hui, nous ne sommes plus dans le même paradigme.

Sourire narquois aux lèvres, je me préparais à lire le bouquin en diagonale, mais j'avais oublié le talent de Donaldson pour la littérature introspective, et son habileté  à faire vivre des caractères forts, trempés. On suit donc Terisa, une jeune femme timide comme une souris, quand elle bascule à travers son miroir pour se retrouver dans une  vieille citadelle dirigée par un roi sénile obsédé par les parties de dame avec son sorcier fou à lier, sur le point d'être assiégée par les nations avoisinantes, et en butte aux harcèlements de monstres cauchemardesques sortis de nulle part. Comme environnement accueillant, on peut trouver mieux, mais tout cela n'est (presque) rien face aux complots qui se jouent, notamment au sein d'une congrégation de sorciers capables de donner vie aux images qu'ils suscitent dans leurs miroirs.

Comment ça ? Ni choral-fantasy ni gritty ?


Si l'on survit au rythme particulièrement lent du 1er tome qui n'est quasiment qu'une longue exposition, on est fasciné par les caractères, l'ambiance hivernale de ce château aux dalles humides et froides, et vite pris dans l'écheveau des intrigues. Celles-ci explosent dans le 2e tome, qui enchaîne avec précision et sans aucun temps morts retournements de situation et révélations. Il est juste dommage que, une fois toutes les couches de mystère enlevées, la conclusion soit si prévisible. Moins contemplatif que Thomas l'Incrédule, L'Appel de Mordant est un cycle, peut-être mineur, mais d'une bonne tenue. Avant Robin Hobb, Donaldson montrait qu'on pouvait faire de la Fantasy de façon presque intimiste, sans effets de manche ou surenchères gratuites. Et en gardant UN SEUL de point de vue du début jusqu'à la fin !

Conclusion : est-ce que je le relirai : non; est-ce que je le conseillerais : oui, c'est 100 coudées au-dessus de ce qui se publie aujourd'hui chez Bob. Je garde. Mais peut-être que j'aurai plus de (mal)chance la prochaine fois et que j'arriverai à alléger mes étagères.

4 commentaires:

  1. Je l'ai lu il y a bien longtemps et j'en garde un bon souvenir !

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  2. Ca me fait penser à l'injustement décrié cycle du Chant d'Albion, de S. Lawhead...

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  3. Moi aussi, j'ai lu ça dans ma prime jeunesse et j'en ai de bons souvenirs. Je le relirais peut-être même un jour. Je me souviens aussi que j'avais trouvé la magie des miroirs hyper cool.

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  4. Ah ben comme quoi, lu aussi assez récemment, la trilogie a eu du mal à passer chez moi. C'est un peu de ma faute aussi, mais pour moi les deux héros sont aussi difficiles à supporter l'un que l'autre....

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