31/01/09

The Last Templar


Parce que, des fois, il faut blogger sur des trucs nazes.

J'avais un a priori bienveillant vis-à-vis du téléfilm The Last Templar car une grande partie du tournage a été réalisée à Montréal et je suis très intime avec une lectrice du roman de Raymond Khoury qui avait adoré sa lecture. Je me suis donc installé devant ma télévision avec la promesse d'une sorte de Da Vinci Code édulcoré. Je n'ai pas été déçu.

Lors d'une exposition archéologique à New York, 4 templiers en grande tenue de cérémonie débarquent à cheval dans le musée, cassent tout, kidnappent la femme du maire et volent différents artefacts religieux après avoir décapité un flic à l'épée. Mais heureusement, une belle héroïne archéologue et un beau gosse agent du FBI vont se mettre sur les traces de ces sauvageons pour décrouvrir que... suspens... les objets volés permettent de localiser le trésor des templiers.

The Last Templar est un festival de clichés : assassin mystérieux, Elle est athée/Il est croyant, histoire d'amour téléguidée, course au trésor minable, flashbacks indignes de Highlander, explications fumeuses... La lectrice du roman qui était à mes côtés hurlaient à la mort devant les coupes sauvages dans le scénario : sans ses explications, la moitié de l'intrigue (le mot est fort) m'aurait échappé tant les ellipses sont nombreuses. Le coup de grâce est intervenu avec l'apparition en guest star d'Omar Sharif (Le tiercé, c'est mon dada...) qui incarne un gentil musulman qui donne la leçon morale de la fin.

Je conçois aisément que l'on puisse apprécier un roman d'été tel que Le Dernier Templier quand on est lascivement allongé sur la plage avec la ferme intention de ne penser à rien. Je suis assez mal placé avec mes lectures de fantasy de gare pour faire la morale aux lecteurs de Raymond Khoury. Mais arriver à réaliser un aussi mauvais téléfilm, c'est de l'art. En regardant la fiche IMDB du réalisateur (Paolo Barzman), on comprend mieux le problème : il est coupable de plusieurs épisodes d'Highlander, d'une tripotée de bouzes pour TF1 et surtout de Sydney Fox l'aventurière. Avec un casier pareil, je propose de l'inculper pour récidive.

Bref, à moins de d'avoir une vie conjugale avec une fan de Raymond Khoury et de vouloir absolument sauver son couple, il ne faut pas, mais alors surtout pas regarder The Last Templar. À moins d'aimer les scénarios débiles où le Vatican ourdie des machinations peu crédibles et où l'on peut prédire à l'avance chaque rebondissement malgré les incohérences omniprésentes.

Ceci dit, la bande-annonce était annonciatrice de mon supplice.

Vous ne pourrez pas dire que Hugin & Munin ne vous avaient pas prévenu...

27/01/09

Deadwood


Je radote en disant que HBO produit les meilleures séries du monde, mais Deadwood est encore une fois une merveille de télévision. Comme toute bonne série qui se respecte, elle a été annulée en cours de route à la fin de sa troisième saison (pour un total de 36 épisodes) alors que son auteur tablait sur quatre saisons pour boucler son histoire.

L'action prend place en 1876 dans la bourgade de Deadwood (Dakota), une ville boueuse qui est sortie de terre très rapidement suite à une ruée vers l'or. Établie sur des territoires indiens, elle n'est rattachée à aucun état, d'où de sombres magouilles politicardes de ses voisins pour tenter de récupérer cette richesse. Deadwood est un bourbier peuplé de rustres qui ne pensent qu'à une chose : faire fortune, quel qu'en soit le prix. D'ailleurs, le sous-titre de la série est "Fortune comes with a price". Les héros ne sont donc pas de beaux cowboys repoussant d'ignobles indiens mais des salopards de première, des putes sans scrupules, des meurtriers sans âme, des tenanciers de bordel prêts à tout, des opportunistes prêts à tirer dans le dos du premier venu... On est loin de La petite maison dans la prairie et de ses leçons de morale.

Deadwood est crade. Les morts finissent dans l'enclos à cochon où ils sont dévorés. Les gens du coin n'hésitent pas à lyncher le Noir pour se passer les nerfs. Pas de duel d'honneur dans la Grande Rue : les rares fusillades sont sordides et ressemblent plus à des guets-apens. Une passe avec une pute chinoise y coûte 10 cents.

Mais ce qui frappe le plus, c'est la vulgarité du language et des images. En dehors d'une poignée de pieds-tendres (tel le rédacteur du journal local ou la riche veuve qui possède une énorme concession), tout le monde jure en permanence. Putain et enculé sont les deux mots les plus prononcés par les protagonistes et rien n'est épargné au téléspectateur : la caméra ne s'arrête pas quand les filles du bordel travaillent fort. Je n'ose imaginer le nombre de plaintes que HBO a dû recevoir de la part de l'auditoire. La légende veut que le mot fuck soit prononcé 43 fois durant la première heure de la série et 2980 fois au cours des trois saisons (soit 1,56 fuck par minute). Ce n'est bien évidemment pas un argument de vente, mais je trouve ce réalisme assez jouissif, surtout quand on a supporté Docteur Quinn, femme médecin pendant des années.

Les héros ? Arf... Buffalo Bill en fin de carrière. Calamity Jane en poivreaute ultime. Seth Bullock, le marshal droit dans ses bottes. Une fille qui travaille pour Pinkerton. Un Chinois qui ne parle pas un mot d'anglais. Une pute qui veut apprendre la comptabilité... La grande majorité des personnes est inspirée par les vraies personnalités qui ont peuplé Deadwood à la grande époque. C'est d'ailleurs rigolo d'aller sur la page Wikipédia de la série pour mesurer l'écart entre la réalité et la fiction. Rien qu'en regardant le casting sur le site de HBO, on se rend compte de l'incroyable richesse des personnages et des acteurs de la série.

En résumé, Deadwood est au western ce que Rome est à Astérix.

Pour finir, un petit florilège de répliques d'Al Swearengen, mon personnage préféré. C'est un odieux tenancier de saloon/bordel qui manigance en permanence pour faire vivre Deadwood et s'en mettre plein les poches au passage :

(alors qu'un client annonce qu'une famille vient de se faire massacrer à quelques pas de Deadwood)
Al Swearengen: God rest the souls of that poor family... and pussy's half price for the next 15 minutes.
----------
Al Swearengen: You want a blow job while I talk to you?
Judge: No.
Al Swearengen: I wasn't offering personally.
----------
(parlant de ses clients)
Al Swearengen
: Sometimes I wish we could just hit 'em over the head, rob 'em, and throw their bodies in the creek.

Des fois, quand je rêve, j'imagine un cross over entre Deadwood et Firefly/Serenity.


24/01/09

Homo Disparitus


La fin de l'homme ne sera pas la fin du monde
Daniel Bélanger - L'échec du matériel

Une approche scientifique sur un pitch de post-apocalyptique : à quoi ressemblerait le monde si l'homme disparaissait du jour au lendemain, comme par magie ? Si on ôte six milliards d'êtres humains à l'équation, la formule fonctionne-t-elle encore ? Avons-nous définitivement laissé notre marque sur ce monde ou bien notre civilisation n'est-elle qu'un château de sable ?

Vous avouerez que c'est un sujet en or pour les fans de SF que nous sommes.

Et bien je suis sorti de ce livre assez déçu.
Je m'attendais à ce qu'Alan Weisman me dise combien de temps une canette de raviolis met pour rouiller, quelle est la durée de vie d'une voiture laissée à l'abandon, quand est-ce que le Golden Gate va s'effondrer si on arrête de l'entretenir... Bref, je m'attendais à une sorte de roman qui annonce Jour 1, la colère gronde chez les chats car le ronron n'a pas prêt. Jour 2, certains chiens s'évadent de leur enclos/jardins et errent à la recherche de nourriture. Jour 3, les poubelles qui n'ont pas été ramassées commencent à sentir mauvais...

Or, l'approche de l'auteur n'est pas chronologique mais thématique. Chaque chapitre s'intéresse à un aspect des choses : l'avancée de la forêt, le cycle du plastique, les problèmes du nucléaire, l'exemple du no man's land entre les deux Corées... Pour bien comprendre à quoi ressemblerait demain, il s'attache souvent à comprendre à quoi ressemblait le monde avant l'homme pour en extrapoler un retour à cet état pré-humanité (avec des complications). Du coup, Homo Disparitus parle finalement peu du monde de demain, ce n'est pas le livre post-apo scientifique que l'on m'a vendu.

Ceci étant dit, si le pitch est à mon sens un brin menteur, le contenu du livre reste très intéressant. J'ai appris des tas de choses passionnantes sur une foule de sujets. Mais là encore, je suis inconfortable avec ce genre de livres. En lisant les conclusions sur l'empreinte humaine sur le monde en matière de nucléaire, on comprend vite que nous avons empoisonné la Terre pour des centaines de milliers d'année étant donnés les demi-vies et la masse de produits radio-actifs que nous utilisons dans nos centrales. Du coup, j'ai parfois l'impression que c'est foutu d'avance et que mes petits gestes d'éco-citoyen ne servent à rien. En voulant nous montrer à quel point le monde va mal à cause de nous, cet essai est particulièrement démotivant par sa lucidité. Nos plastiques tueront des animaux pendant des millénaires, nous laissons derrière nous des tonnes de bombes à retardement, nous sommes responsables de la disparition d'un nombre incroyable d'espèces... puisque c'est foutu, à quoi bon avoir une conscience écologique maintenant ? C'est comme si un tueur en série voulait tout à coup aimer son prochain.

Bref, même s'il propose des tas d'exemples qui démontrent que la nature reprendra ses droits très rapidement, c'est un livre finalement assez déprimant car la liste des saloperies dont nous sommes responsables est longue et il n'y a aucune solution de proposée. Tout ce qu'on peut dire c'est que la vie s'adaptera toujours et que, combien même on massacre notre monde, l'évolution trouvera une solution. L'homme n'est pour la Terre qu'une mauvaise maladie qui finira par passer.

Zombie playground


Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand.

J'adore le mélange entre l'innocence du terrain de jeu et les zombies.

Jason Chan est un illustrateur très talentueux. Son site est rempli de très belles choses.

Je suis officiellement jaloux.

21/01/09

Nova - tome 2 (et 3)

Il y a un peu plus d'un an, j'avais fait une petite présentation de Nova, 1er tome d'une série scénarisée par notre copain/mentor/modèle/némésis (pour peu qu'on lui doive des textes) Julien Blondel. Ce n'était pas du copinage, car ce premier tome était une vraie réussite, non seulement du point de vue du scénario mais aussi du dessin précis et très élégant de Jaouen.
Après m'être infligé la lecture des quelques bouquins de socio qui me regardaient méchamment du haut de ma pile à lire, j'ai pu accéder aux BD qui attendaient en dessous, dont le tome 2, le Messager des Dieux, sorti cet automne. De quoi ça parle, demandent ceux qui ne veulent pas cliquer sur le lien ci-dessus ? Comme je le disais :
Borea est une ville portuaire, établie sur une planète inconnue, dont la population est maintenue dans l'ignorance et la peur de dieux extra-terrestres par une caste de prêtres appuyée par une force armée de robots.
L'histoire, mélangeant dramaturgie classique et thèmes SF, voit s'affronter le grand prêtre et sa fille rebelle, et le régime et ses résistants clandestins. La fin du tome 1 finissait sur une note dramatique et l'annonce d'un événement de grand ampleur, le retour des dieux dont la menace justifie le régime des prêtres.
Si j'ai été enchanté de retrouver le dessin de Jaouen, j'ai, je l'avoue, été un peu déçu par le récit de ce tome 2. L'événement annoncé à la fin du tome 1 se produit en fait à la fin du tome 2, donnant de ce fait l'impression que l'histoire, après avoir démarré tambour battant, se délaye un peu. Mais heureusement, le principal intérêt de la série, à savoir la description des personnages toute en finesse, est toujours là, renforcée par la précision du dessin de Jaouen, qui trouve un excellent compromis entre la lisibilité et le détail.
Finalement, ce tome 2 souffre du défaut de bien des trilogies, le côté passe-plat entre l'introduction et la conclusion. La série reste de grande qualité, des coudées au-dessus de ce qu'on trouve d'habitude sur les étals des libraires dans le genre. Vivement le tome 3, pour pouvoir tout lire d'affilée, se dit-on.
Raté. Julien nous explique sur son blog qu'il n'y en aura pas...

18/01/09

Les Bienveillantes


Je donne dès le départ aux Bienveillantes la palme très personnelle de la couverture la plus hideuse. Je reconnais la difficulté de résumer le livre par une image, mais j'aurais aimé quelque chose de plus inspiré que ce détail en gros plan d'une oeuvre d'art que j'imagine moderne.

Or donc, Les Bienveillantes sont un vrai succès commercial. Les chiffres de vente sont énormes, comme si tous les ménages français avaient acheté un exemplaire du roman. Bien évidemment, beaucoup de monde l'a acheté, donc peu de monde l'a lu. Car un Goncourt, ça se montre, ça ne se lit pas.

Je vous pitche : Max Aue est un SS plutôt éduqué qui se débat entre son homosexualité et son amour incestueux pour sa soeur tandis que sa carrière le promène sur différentes lieux iconiques de la guerre où il fait son travail : rédiger des rapports.

Le roman est dense. 1400 pages qui mitraillent à tout vent et qui touchent beaucoup de thèmes. Bien évidemment, c'est avant tout le point de vue d'un SS sur la guerre, mais étrangement, ce n'est pas (au début du moins) un boucher. Même si son travail est de trouver des solutions pour accélérer le massacre, il émet des réserves sur certaines pratiques. Sa haine des juifs est mitigée, il reconnait la logique de leur élimination mais n'est pas prêt à tout pour y arriver. Mais les rapports qu'il rédige sont remplis d'une inhumanité qui ne laisse aucun doute sur sa folie institutionnelle. Si Max Aue ressemble par moment plus à un étudiant du Quartier Latin qu'au SS allememand moyen, la guerre va vite le faire rentrer dans les rangs et achever de le transformer en monstre, jusqu'à d'étranges épisodes psychotiques qui laissent le lecteur sur l'impression que cette autobiographie est parfois bien mensongère.

La vie à Berlin, la campagne d'Ukraine, le siège de Stalingrad, la visite des camps, un petit passage en France... Max Aue va partout, survie à tout et rencontre tout le monde. Par moment, on a l'impression que l'auteur "en beurre un peu épais". Mais pour une fois que le point de vue est allemand, on se laisse aller à une certaine indulgence quand à l'invraissemblance du récit. (et cet aspect burlesque de l'enquête qui le vise). Car ce qui est mis en scène est tout sauf glorieux. Si au début les victoires et les espoirs allemands sont énormes, la réalité politique et morale est elle toujours aussi médiocre. Les protagonistes sont constamment plongés dans des petites luttes stratégiques pour prendre du galon, mettre en difficulté un collègue et s'attirer les faveurs d'un plus haut gradé. C'est l'arrivisme qui semble être la cause première de la défaite.

Évidemment, c'est étrange de lire un roman de 1400 pages sans avoir une once de sympathie pour le personnage principal. Autant la littérature ou la télévision nous offrent parfois des salopards qu'on aime détester, autant là, Max Aue est haïssable, malgré ses faiblesses qui humanisent son portrait de bourreau. On sait à l'avance qu'il perdra son combat, sa froideur analytique sur les problèmes de gestion des juifs est insultante à souhait, sa vie privée le conduit de plus en plus loin dans un amour dénaturé... et pourtant, les pages défilent. Fascination malsaine, j'en conviens aisément. Mais curiosité, envie d'être de l'autre côté du miroir pour une fois, d'échapper à cette autre forme de propagande que sont les éternelles histoires de resistance héroïque ou d'opérations militaires homériques avec des alliés nobles et bons contre des nazis forcément dotés de tous les défauts du monde.

Une partie de ma curiosité était de savoir comment Max Aue allait, une fois la défaite consommée, échapper à ses responsabilités. C'est hélas un aspect de l'histoire que l'auteur esquive totalement. Il s'en sort, point barre. Je comprends difficilement comment, mais il survit à tout ça, malgré ses psychoses pourtant très envahissantes et meurtrières.

Autre chose qui m'a rebuté : le language. Accumulation de titre en allemand, de sigles plus ou moins obscures, de citations non traduites... Entrer dans le récit est très difficile, car la narration débute de manière très directe en plongeant le lecteur sous une tonne d'informations. Je dois avouer que bon nombre de protagonistes étaient pour moi indifférentiables, et les arguties linguistiques sur les dialectes du Caucase étaient parfaitement incompréhensibles pour ma petite personne.

Bref, un livre bourré de défauts et de qualité. Une fois le livre terminé, il faut aller lire sa page sur Wikipédia. Vous y retrouverez toutes les accusations plus ou moins fondées, les hésitations morales, les critiques les plus acerbes (j'adore en particulier les critiques concernant le niveau littéraire du roman. Jonathan Littell est américain de naissance, alors il est possible qu'il ait glissé quelques anglicismes dans son manuscrit. Mais de là à le condamner au bûcher... Au passage, le premier livre de Littell était un roman cyberpunk). À lire certains critiques, le simple fait que je me sois intéressé à cette lecture démontre que je suis un petit nazi moderne. Je comprends parfaitement l'inconfort des survivants de la Shoah vis à vis de ce genre de roman. Je comprends même très bien Claude Lanzmann quand il dit que "La fiction est la transgression la plus grave dans une histoire pareille." Mais à l'heure où des gens comme Robert Faurisson sont encore applaudis, je pense que c'est se tromper d'ennemi que d'attaquer ces Bienveillantes.

01/01/09

Pour en finir avec 2008

C'est l'heure des bilans et des listes.
Non, Hugin & Munin ne désigneront pas l'homme de l'année, la fonction iPhone la plus pratique (note de Philippe : encore que...) ou le meilleur joueur du mercato. Par contre, vous pouvez compter sur nous pour lister nos coups de coeur de l'année. Car nous sommes des leaders d'opinion chez les geeks para-rôlistes trentenaires bilingues. Enfin, je crois. Et comme c'est un blog écrit à quatre mains, Philippe et moi allons défendre des choix personnels. Au pire, ça fera des idées cadeaux pour les retardataires.

Petite précision : les oeuvres présentées ci-bas ne sont pas nécessairement de 2008, ce sont simplement des choses qui nous ont allumés cette année.

BD

Le choix de Philippe : l'Age de Bronze

La première fois que j’ai ouvert le bouquin, je n’avais pas été accroché par le style très réaliste de cette version de la Guerre de Troie. Aiguillé par Sammael, je suis revenu dessus. Dans l’intervalle, j’avais eu l’occasion de visiter les sites mycéniens du Péloponnèse, et de relire l’Illiade : j’ai pris en pleine figure le travail de reconstitution archéologique des bâtiments, des vêtements, des ustensiles, des armes, de l’auteur, qui a pris le parti de situer son récit au XVIe siècle av. JC, en pleine période mycénienne. Ca change beaucoup des images du hoplite de la Grèce classique, popularisée par les BD ou le cinéma (exemple entre autres : le récent et très poussif Troie avec Brad Pitt, dont seul le duel Hector – Achille vaut qu’on entrouvre les yeux), mais chaque page est un régal. On s’attarde sur les détails, sur la construction des cases (les piliers de la salle du trône de Priam, le palais de Nestor, …). Mais le récit est aussi réussi que les images, l’auteur s’étant inspiré des multiples récits de la guerre de Troie de l’Illiade à Troïlus et Cressida de Shakespeare en passant par les très nombreux autres récits de toutes les époques. Après tout, la guerre de Troie est un mythe universel, au même titre que la Table Ronde, et les variantes, loin de l’affaiblir par des prétendues contradictions, viennent l’étoffer. Une très très grande BD, dont le seul défaut à la lenteur à paraître.

Le choix de Cédric : De Gaulle à la plage

L'année 2008 n'a pas été très BD pour moi. Mais j'ai été enchanté de lire le De Gaulle à la plage de Jean-Yves Ferri. L'humour décalé du Général en tong, le regard inquisiteur d'Yvonne, l'envolée des bigoudènes sauvages... La chienlit, quoi.

Le format du strip fait bien évidemment beaucoup penser au Retour à la terre que Ferri scénarise également, mais je dois avouer que le trait du monsieur est terriblement efficace pour croquer ces vacances gaullistes. Et, copinage éhonté, je dois avouer que les couleurs de Patrice Larcenet sont aussi belles que les envolées lyriques du grand Charles.

Vivement le prochain album (intitulé "De Gaulle contre Chaban-Delmas").

Série télévisée

Le choix de Cédric : The Wire / Sur écoute

HBO frappe encore et toujours. The Wire, ou comment prendre son temps pour raconter des histoires bien foutues. Pas juste les flicailleries habituelles où l'enquête est bouclée tambour battant en 40 minutes, non une saison complète de 13 épisodes pour raconter une enquête dans toutes ses subtilités. La ville de Baltimore est passée au crible socio-politico-journalo-éducatio-policier. Un découpage par strates, où les policiers ne sont pas des héros, où les criminels ont de vraies motivations, où les moyens sont limités, où les intérêts de la hiérarchie passent avant le bien commun...

The Wire entre au temple de la renommée de la télévision, à côté des Sopranos, d'Oz, de The Shield et de Six Feet Under. (Note de Philippe : et c'est scénarisé par qui ? Par Pelecanos !)


Le choix de Philippe : Kaamelott

Je devine bien que vous n'avez pas attendu de venir ce blog pour découvrir, aimer (ou snober) Kaamelott, mais j'utilise cet espace public pour dire à la face du monde mon admiration pour Alexandre Astier : pour avoir réussi à imposer son humour particulier, qu'on pourrait essayer d'analyser mais qui naît entre autres du soin de la reconstitution et de la recherche et des thémes et du langage modernes; mais aussi et surtout pour oser faire évoluer son approche, et ne pas craindre de perdre des spectateurs ou de se casser le nez en refusant de jouer la facilité en continuant à empiler années après années des sketches à base de "Le gras c'est la vie" et autres "C'est pas faux". Astier arrive, tout en gardant ses personnages comiques, à louvoyer entre comédie, storyline arthurienne, et drame. Si la IVe saison surprenait par l'alternance des épisodes drôles et sinistres, la Ve saison, en proposant des épisodes d'1h, réussit la fusion de ses différentes influences et la porte à un niveau supérieur. Peut-être qu'il aura perdu du monde ("Ouais, c'était mieux avant, les épisodes de maintenant ça fait plus rigoler") mais voilà un artiste intègre, doué, et polyvalent. Même la BD, qui n'est pas révolutionnaire, n'est ni meilleure ni pire qu'un Naheulbeuk. Je suis donc non seulement fan, mais de plus en plus admiratif. J'ai hâte de voir ce que le livre VI donnera, car je suis persuadé qu'il sera à nouveau différent de ce qu'on a vu jusqu'ici, et je suis également sûr que le passage au grand écran offrira de nouvelles surprises.

Roman

Le choix de Philippe : La Tour de Babylone, de Ted Chiang

Ted Chiang n'écrit que parcimonieusement. Les huit nouvelles qui composent ce récit s'étendent sur plus de 10 ans d'écriture. Mais le nombre de prix qu'elles ont raflé ont auréolé Chiang d'une réputation de génie de la SF.

Leurs thèmes sont très différents les uns des autres : la tour de Babylone se déroule sur le chantier de la tour, et donne à imaginer la démesure et l'ambition de cette entreprise, sur la base de la version biblique : le cauchemar logistique que représenterait, dans l'Antiquité, la construction d'une tour destinée à atteindre les Cieux donne le vertige. Comprends raconte sous la forme d'un court thriller l'évolutionl d'un homme dont l'intelligence, stimulée artificiellement, dépasse la compréhension humaine, avec une construction rappelant Des fleurs pour Algernon. L'histoire de ta vie est un récit au présent du futur d'une jeune fille par sa mère, linguiste travaillant sur les langues extra-terrestres. L'enfer, quand Dieu n'est pas présent, est une histoire de deuil dans un monde où l'irruption inopinée et périodique des anges provoquent des épidémies de miracles et d'accidents dans leur sillage... Bon, je ne vais pas toutes les mentionner, toutes sont excellentes et les pitches ne leur font pas hommage.

Au final, chacune de ces nouvelles est un bijou d'intelligence, d'écriture, d'émotion et d'inventivité. Au contraire des nouvelles pulp dont l'accumulation provoque l'indigestion, ces récits se dévorent sans lasser, et ne font regretter qu'une chose : que Ted Chiang n'écrive pas plus. Vivement que sa dernière novelette (The Merchant and the Alchemist's Gate), qui a raflé le prix Hugo de sa catégorie, arrive en France !

Le choix de Cédric : Terreur, de Dan Simmons

J'avais déjà dit que c'était ma meilleure lecture de l'année, je le confirme. La banquise, des officiers de marine britaniques bornés en quête d'une gloire maritime, une créature indicible qui fait payer l'impôt du sang à deux équipages prisonniers des glaces...

S'il y a bien un roman à lire tandis qu'il neige, c'est bien Terreur. D'autant que c'est une histoire qui est presque vraie. Même si vous n'êtes pas foutus de faire la différence entre des guindeaux ou des winchs, la vie de ces deux navires coupés du monde vous semblera un peu trop réelle. La reconstitution historique s'imbrique avec le surnaturel avec une aisance déconcertante. Et que dire de cette couverture qui vous donne déjà un avant-goût des frissons d'horreur et de froid qui vous saisiront tout au long de votre lecture.

Film

Le choix de Cédric : Burn after reading

Encore une apologie de la bêtise par les frères Coen. Burn after reading, c'est Fargo à la CIA, des petites magouilles sans ambition réalisées par des crétins. Un analyste alcoolique perd quelques brouillons sans valeur. Deux animateurs d'une salle de sport vont se monter le bourichon en trouvant ces documents et vouloir faire chanter le monde du renseignement. Mais c'est tellement foireux que tout s'emballe et tout se complique.

Burn after reading, c'est encore une fois une bande d'acteurs très doués qui s'amusent plus qu'ils ne jouent, dirigés par des frères Coen qui renouent avec l'humour grinçant que No country for old men avait éclipsé.




Le choix de Philippe : Be Kind Rewind

J'ai hésité entre Wall-E et celui-ci, mais c'est finalement Be Kind Rewind que je retiens sur 2008. J'avais beaucoup aimé la Science des rêves et Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Mais celui-ci est encore plus délirant : deux copains tournent, avec les moyens du bord, les remakes des films que proposent leur vidéoclub, dont les cassettes ont toutes été accidentellement effacées. J'ai pleuré de rire avec les remakes de Ghostbusters, Rush Hour, et de tous les autres films "suedés" : mot forgé par les héros du film, qui prétendent que les remakes viennent de Suède pour justifier les délais d'approvisionnement. Au final, on tient une comédie gentiment loufoque et un très bel hommage au 7e Art, dont seule la fin un peu DBS ("dégoulinante de bons sentiments") est critiquable.
Le "suedage" s'est par la suite généralisé, puisque Gondry a lui-même suedé sa bande-annonce, qu'un concours de films suedés a été organisé sur Dailymotion (les gagnants sont dans les bonus du DVD), et qu'un site Internet spécialisé en films suedés existe.

Jeu

Le choix de Philippe : Big Pirate

Mon passé de hardcore gamer est définitivement révolu : la paternité l’a relégué aux oublis. Fini les jeux de rôle, exit les jeux vidéo. Mais les enfants qui grandissent permettent de redécouvrir le jeu, d’une façon bien plus conviviale et enrichissante. J’ai énormément de plaisir à jouer avec mes fils, et ils gagnent avec l’âge en capacité de concentration. Mathis (5 ans) me mettant régulièrement des roustes à Pique-Plume, il me fallait trouver autre chose. J’ai découvert à la ludothèque Big Pirate, un super jeu de stratégie : des petits moussaillons tentent de ravir les coffres d’un gros pirate. Ils lancent leur petit dé, se cachent derrière les palmiers, et prennent des chemins détournés pour arriver à la grotte au trésor, tandis que le gros pirate lance un gros dé pour leur courir après. C’est simple, c’est fin, le matériel est très agréable, tout en rondeurs et en couleurs tropicales (bleu indigo, vert forêt), et ils en redemandent du soir au matin. Le plus ennuyeux, c’est l’enrouement permanent à force de faire le "ho, ho, ho" du gros pirate chaque fois que je lance son dé. Vous avez des enfants de cet âge ? ACHETEZ Big Pirate.

Le choix de Cédric : Okami

Je ne suis pas un gros consomateur de jeux Wii et l'année 2008 a été très décevante pour le gamer occasionnel que je suis. Mais Okami a été une véritable claque : des graphismes superbes au service d'une fable japonaise. Rien de novateur sur le fond : un chouette coin de pays envahi par le Mal, un héros qui se balade de partout pour lutter contre un adversaire en remplissant des quêtes, en parlant avec des personnages, en collectionnant les objets magiques et les techniques secrètes. Un Zelda de plus.

Mais quelle forme ! J'avais les yeux émerveillés à chaque fin de quête quand l'écran se mettait à se remplir de fleurs pour célébrer mes victoires. D'autant que dessiner avec la manette de la Wii pour activer la magie du héros est très immersif.

Dommage que je n'ai pas le temps de finir le jeu comme tout hardcore gamer qui se respecte.

Prix spécial du jury

Le choix de Hugin & Munin : Le cycle de Locke Lamora


L'avis de Cédric

Je suis extrêmement frileux avec l'hyperproduction fantasy actuelle. Des romans medfan à base de dragon, de prophétie et de jeune héros paysan qui se découvre une destinée hors du commun, il s'en écrit tous les jours, dans toutes les langues, sous toutes les latitudes.

Alors quand un jeune auteur (il est de 1978 ce petit con), rôliste qui plus est, débarque avec deux romans géniaux qui racontent les aventures rocambolesques de deux fieffés malandrins dans un univers medfan, j'arrête de seriner ma petite rengaine passéiste façon "Le medfan est mort, il n'y a plus rien à écrire, tout a été dit" et j'ose dire sans ironie aucune : "Scott Lynch est un génie".

Je vais vous faire l'impasse sur l'étude de texte et l'analyse stylistique pour citer au débotté ce qui me passionne dans la saga de Locke Lamora :
- des personnages attachants. Locke et Jean, c'est l'amitié éternelle des gamins espiègles, toujours en train de s'amuser même quand ils montent le casse du siècle. C'est la complicité et l'espièglerie de deux adultes qui restent d'incorrigibles garnements même quand le récit devient plus tragique.
- un univers qu'il est bien. J'aime ce monde italo-pas-de-chez-nous, car il est à la fois super facile à appréhender et dépaysant. La magie y est discrète (mais puissante), il y a des mystères à découvrir sur le long terme (en particulier l'origine de cette elderglass) et pas une floppée de noms imprononçables pour faire exotique.
- des scénarios en béton armé. Locke Lamora, ce n'est pas seulement du Ocean's Eleven avec des épées, c'est le plaisir de voir se mélanger plusieurs intrigues, avec des menteries, du bluff et des retournements de situation fréquents. Pas de royaume à sauver, c'est toujours des histoires bassement matérielles qui tournent autour de l'enrichissement malhonnête des deux héros. Les plans alambiqués des protagonistes partent souvent en sucette et ils doivent improviser pour retomber sur leurs pattes. Et Scott Lynch aime mener le lecteur en bateau en lui mentant ou en lui donnant des fausses pistes.
- pas d'elfes. Non, sérieusement, Scott Lynch n'écrit pas des pastiches de DragonLance ou de Tolkien, il développe un truc low fantasy qui pourrait presque plaire à votre petite amie/femme. Pas de honte à avoir, pour une fois : c'est super bien écrit, ce n'est pas de la lecture de geek et ça possède des couvertures absolument merveilleuse de Benjamin Carré (que je jalouse autant que Scott Lynch).

On peut être ému par une sonate de Chopin, ébahi devenant un Van Gogh, mais le pararôliste trentenaire ne peut réellement avoir de joie en ce bas monde qu'en lisant les romans qui mettent en scène les arnaques de Locke Lamora. Ceux qui disent le contraire sont des analphabètes, ou pire, des fans de Bon Jovi.

Bien évidemment, Warner Bros est en train de produire un film tiré du premier livre. Will Smith est présenti pour le rôle titre (meuh non).

J'opine à l'avance aux arguments de Philippe que je ne connais pas au moment où j'écris ces lignes.



L'avis de Philippe

Alors, euh, que dire. Cédric en a déjà dit pas mal, et on a aussi salué les romans d'une poignée de billets (dans l'ordre : ici, ici, et ). Là où tant de ces précédesseurs suivent les ornières des quelques sous-genres convenus de la fantasy (la sword & sorcery des précurseurs; la high-fantasy à la Tolkien; la choral-fantasy façon Trône de Fer; etc.), Scott Lynch réussit à rendre hommage aux ancêtres Leiber et Howard tout en suivant l'exemple d'auteurs plus modernes, et surtout en prenant son inspiration ailleurs que dans la fantasy, comme par exemple chez Maurice Leblanc dont le Arsène Lupin n'est pas très éloigné. Ses livres ont chacun une intrigue soigneusement ficelée, riche en rebondissements, dans un univers immersif dont il n'éprouve pas le besoin de nous exposer la genèse et les 30000 ans de stagnation médiévale. Après l'accueil fait au 1er tome, le 2e aurait pu décevoir : il n'en est rien, il est encore meilleur que son prédécesseur, et on se délectera des clins d'oeil aux classiques du roman d'aventure et de piraterie. Bravo à Bragelonne pour avoir découvert cet auteur, dont j'achète les romans pour les distribuer autour de moi à chaque occasion (Noël, anniversaire, bar-mitzvah, communion, pendaison de crémaillère, départ en retraite, remise de légion d'honneur, ...)

Le mot de la fin ? Vivement février, pour la sortie de Republic of Thieves, le 3e tome. Tout ce que nous espérons, c'est que lui aussi bénéficie d'une couverture de Benjamin Carré.

Ah oui : et bonne année 2009 !