28/02/09

Kop


2787, dans une lointaine colonie. Juno Mozambe est un vieux flic corrompu qui ne ressemble pas du tout au personnage de la couverture. Il a autrefois aidé le chef de la police de sa ville à prendre le pouvoir en s'associant avec une famille mafieuse. Mais aujourd'hui, l'équilibre des forces est en train de changer dans les rues. Juno est trahi par son corps vieillissant et écartelé entre une vieille amitié et la promesse faite à sa femme de prendre sa retraite. À l'occasion d'une banale enquête sur un meurtre sordide à l'arrière d'un bordel, on impose à Juno une jeune et jolie partenaire. Confronté à la naïveté de la recrue qui lui jette à la figure toutes les valeurs qu'il a abandonnées au cours de sa carrière, Juno met les pieds dans une affaire plus complexe qu'on ne le croit de prime abord. Il aura peut être une chance de se racheter...

L'univers utilisé par Warren Hammond dans son polar est relativement original : c'est une lointaine planète colonisée par l'homme, avec 5 heures de jour suivis de 17 heures de nuit. Une planète couverte d'une jungle envahissante et peuplée d'une multitude de reptiles qui s'infiltre en permanence dans la vie des autochtones. Cette planète est à 17 ans de voyage de la Terre. Le hic, c'est qu'entre le moment où les colons sont partis de la Terre et celui où ils ont débarqué sur la colonie, l'économie de celle-ci s'est écroulée. Du coup la colonie est une sorte de tiers-monde spatial peuplé de chômeurs. La monnaie locale ne vaut rien comparée aux devises terriennes, du coup importer des biens de consommations depuis la Terre est hors de prix. Et il faut aussi compter sur les "offworlders", ces gros riches qui ont accès à la technologie cybernétique qui est disponible en orbite et qui viennent claquer leur argent dans la colonie. Ils sont beaux, riches, vivent 100 ans de plus qu'un colon...

Kop (pour Koba's Office of Police, du nom de la ville où officie Juno) n'est ni le polar ultime ni le livre de SF de l'année. Pourtant, le mélange des deux aspects est très harmonieux : on est dépaysé par l'étrangeté du décor tout en restant en territoire connu à travers une intrigue policière archétypale (la rédemption à travers le crime). La recette fonctionne, même si le scénario n'exploite pas réellement la planète (pour être franc, l'intrigue pourrait prendre place sur Terre). C'est d'autant plus une bonne surprise pour moi que j'ai acheté ce roman bradé à 4$ et qu'il est dédicacé par l'auteur. Auteur qui a sorti déjà une suite à ce premier roman (ex-kop) et qui est en train de rédiger le troisième livre de la série.

20/02/09

Testament à l'anglaise


Michael Owen est un jeune romancier agoraphobe et dépressif des années 90. Par chance, une vieille dame riche et folle, Tabitha Winshaw, lui commande un livre ayant pour but de raconter l'histoire de la famille Winshaw. Michael se met donc à passer à la loupe la vie des membres de cette famille de dingues. Entre la vie difficile de Michael (qui a du mal à se confronter à la réalité du monde quotidien) et l'opposition des Winshaw à l'idée que l'on vienne déranger les squellettes cachés dans les placards familiaux, l'écriture de ce livre ne va pas être chose aisée.

Plus qu'une série de portraits, ce roman cache en fait une enquête, puisqu'un des Winshaw a été tué lors d'une mission aérienne pendant la seconde guerre mondiale. Or la soeur du défunt, Tabitha, est persuadée que c'est un complot ourdi par son autre frère. Hélas, le fait qu'elle soit internée n'aide pas à convaincre de la validité de ses accusations. Mais bien évidemment, Michael va finir par mettre le doigt sur la vérité, plus par hasard que par déduction. En vérité, "l'enquête" est un prétexte pour deux choses :
- raconter la vie de Michael, handicapé dans sa relation aux femmes, en conflit avec sa mère et qui semble vivre dans un vieux film en noir et blanc.
- faire une série de portraits au vitriol des membres actuels de la famille Winshaw.

L'auteur, Jonathan Coe, profite donc de son récit pour faire une critique assez primaire d'une des pires périodes de la perfide Albion : l'ère Tatcher. En effet, les Winshaw sont tous d'ignobles Conservateurs affairistes sans foi ni loi. L'un vend des armes à l'Irak, l'autre démonte le système de santé, une autre transforme la production alimentaire anglaise en usine à cancer... Il n'y en a pas un pour rattraper l'autre. Heureusement, ces portraits assassins sont écrits avec un cynisme consommé, ce qui n'est pas sans rappeler les romans de David Lodge. Il est plaisant de détester les Winshaw, ils incarnent à la perfection les profiteurs amoraux qui bradent le monde pour quelques shillings de plus. Qui plus est, la crise financière actuelle rend cette critique politique encore plus palpable, les Winshaw étant les précurseurs de notre malheur de demain.

La fin du roman est tellement prévisible qu'on se demande si elle est réellement nécessaire. L'auteur s'amuse bien évidemment avec des révélations de dernière minute, mais c'est clairement la partie la plus faible du roman.

À noter que le livre est vendu au format poche dans une sorte de boite en plastique censée symboliser un gazon anglais, histoire d'enfoncer le clou du cliché marketing. À l'heure où l'on parle de réduction des emballages, d'empreinte écologique et tout le toutim, je reste ébahi devant ce genre de pratique commerciale. J'ai l'impression que l'éditeur de la VF de ce roman est lui aussi un membre de la sinistre famille Winshaw...

12/02/09

Le livre de Cendres


Petite remarque préliminaire : le présent billet se base uniquement sur les deux premiers volumes de cette série, les deux derniers tomes n'étant pas disponibles à cette heure dans les librairies montréalaises. Toutefois, après la lecture des 1200 premières pages, je pense m'être fait une bonne idée.

Or donc, Le livre de Cendres raconte la vie d'une chienne de guerre nommée Cendres. Agée de 20 ans, elle est capitaine d'une compagnie de mercenaires qui sévit en Europe en 1476. Autre détail important, Cendres entend des voix. Enfin, non une voix. Qui lui donne des conseils tactiques et lui permet donc d'être la meilleure dans son domaine. Oui, oui, une femme soldat, qui entend des voix... Ça vous fait penser à une bergère partit bouter les Anglois hors de France. Sauf que Cendres est tout sauf une vierge : dépucelée à 8 ans dans un camp militaire, elle a longtemps fait la catin pour survivre avant de devenir capitaine de sa compagnie. Au final, il règne dans cette série une très agréable ambiance façon La Chair et le sang avec une vie de campagne militaire bien sordide, des mercenaires frustres et des batailles sanglantes.

Et puis au détour d'une page, le récit bacule dans l'uchronie fantasy. Quand des Wisigoths carthaginois attaquent l'Europe avec des golems, on se demande tout à coup qu'est-ce qui prend l'auteur (Mary Gentle). Surtout quand comme moi, on n'a pas lu le 4ème de couverture mais qu'on a juste craqué sur les superbes illustrations de couvertures d'Alain Brion. J'avoue, j'ai failli abandonner le livre tant j'ai été désarçonné par le mélange des genres. Non pas que je déteste l'uchronie. Mais la présentation du récit de la vie de Cendres est particulière, puisqu'il y a une mise en scène à l'intérieur du livre. En fait, le texte qui nous est présenté est censé être la nouvelle traduction d'un texte ancien. Et par moment, on retrouve des copies de courriels entre le traducteur et l'éditrice du roman. Au début, cette correspondance est assez insipide, mais les choses changent quand les éléments de la biographie de Cendres commencent à avoir un impact sur la réalité du traducteur et de l'éditrice. Je ne vais rien dévoiler de l'intrigue, mais du coup la narration à deux périodes devient intéressante car intriguante. J'ai finalement dévoré ce premier 2 x 600 pages tout simplement parce que je voulais savoir quelle explication allait donner l'auteur pour justifier son délire. Et ce qu'elle développe dans les 100 dernières pages du second volume m'a titillé. Du coup, paf, j'attends la suite avec impatience.

Bon, tout n'est pas parfait, j'ai trouvé le second volume (qui se déroule à Carthage) très laborieux et très loooooong, mais Cendres est un personnage très attachant. Et comme on sait dès le départ de l'histoire qu'elle décède en 1477, on se met à espérer que l'histoire ne finira pas sur le traditionnel happy end. C'est pas que les idées de Mary Gentle soient terriblement originales, mais son écriture s'accorde parfaitement à la chronique militaire.

11/02/09

Qui se souvient des critiques de Roland C. Wagner dans Casus Belli ?

Oui, vous savez, les fameuses "inspis SF", qui ont été suivies par les non moins mémorables "inspis universalis" de Tristan Lhomme ? Roland est l'un des chroniqueurs du blog Génération SF que vous pouvez voir dans la colonne de droite, dans notre "blogroll". Depuis peu, le blog publie un choix de ces fameuses critiques, et c'est amusant de les relire : on replonge dans une ambiance, une époque (la SF des années 90 : cyberpunk ou pas ?), et tout un tas de souvenirs de lecture resurgissent.

Pour la nostalgie, c'est donc par ici :
http://generationscience-fiction.hautetfort.com/archive/2009/01/29/le-pere-le-fils-et-la-maladie.html

01/02/09

Dead Set


Quoi ? Il nous parle encore d'une série télévisée ? Mais c'est pas un blog bicéphale de littérature, Hugin & Munin ?

Dead Set est une mini-série anglaise de 5 épisodes qui forment au total un programme de 2 heures C'est la rencontre improbable entre deux concepts : la télé-réalité et les zombies. Oui, oui, vous avez bien lu.

Tandis que se déroule l'énième saison de Big Brother, une épidémie de zombie submerge l'Angleterre aussi vite que des folles du shopping qui envahissent un magasin de fringues à la mode pendant les soldes. Or, il se trouve que le dispositif qui enferme les candidats de la télé-réalité dans leur petite bulle les protège de cette invasion puisqu'il sont prisonniers de leur décor. Du coup, paf, mise en abyme de la prison qui protège, du statut de zombies des téléspectateurs, de la vacuité de la popularité quand la fin du monde débute juste après la page de pub... Et voir de stupides candidats se faire dévorer les entrailles est plaisant pour les gens comme moi qui n'ont jamais voté via un numéro de téléphone surtaxé et qui ne savent pas faire la différence entre Jennifer, Steeve ou Cindy du Loft/StarAc/L'île de la tentation...

En fait, la série n'est pas un véritable huis-clos car les survivants font des sorties vers le monde extérieur. De plus, on suit le parcours d'autres personnages qui ne sont pas coincés dans l'émission. Ne vous attendez donc pas à une série claustrophobe uniquement filmée via des caméras de sécurité : c'est finalement une histoire classique de zombies, avec un enrobage moderne via le prisme de l'émission de télévision. Les rôles sont caricaturaux (en particulier le producteur, dont le trait est trop forcé), les situations ne sont pas originales (la visite d'un supermarché rend hommage à Romero), mais la rencontre entre le monde de la télévision et les zombies est sympathique.

Et là, ami lecteur, je te pose une question (car le waibdeuzéro, ça permet de tutoyer le lecteur et de lui demander de participer au débat en y allant d'un commentaire bien senti) : les films de zombies sont-ils nécessairement une critique sociale ? Car c'est le commentaire que j'entends le plus souvent, genre "Ah ouais, Romero critique la société américaine, tu vois... Le supermarché, c'est le lieu de vie des américains, alors qu'ils y trouvent refuge, c'est une allégorie, tu vois. Quand le sherif Flanaghan devient zombie, c'est une image, tu comprends, le réal' te dit que la loi peut devenir pervertie et qu'elle peut se retourner contre les citoyens. Enfin je crois. Sinon j'ai aussi une analyse marxiste du Seigneur des Anneaux, si tu veux..."

Pour ma part, je n'ai jamais regardé les films de zombies en en faisant une grille de lecture critique sur notre monde. Il peut arriver que les situations décrites soit révélatrices de certains travers de notre société (individualité galopante, instincts de survie émoussés, trop grande dépendance à la technologie...), mais l'étiquette "critique sociale" que l'on colle systématiquement sur ce cinéma, je ne l'a comprends pas. Je préfère savourer l'horreur du récit que de penser que Romero cherche à pointer du doigt une tendance sociale. Peut être que c'est ce qu'il prétend dans ses interviews (que je n'ai ni lu ni vu) mais merde, moi ce qui me plait, c'est de voir du sang sans sadisme. Le zombie n'est pas un assassin ou un tueur en série. Cervooo...