29/09/09

Child 44


J'ai une tendresse particulière pour les polars russes. Et le Child 44 de Tom Rob Smith n'a pas échappé à ma curiosité polarusse.

Leo Demidov est un agent du ministère de la sécurité d'État, une de ses sympathiques officines qui font dans la dénonciation, la déportation et la rééducation. Leo croit en l'URSS, en ses dogmes, en ses valeurs. C'est un bon petit soldat qui ne rechigne pas à mettre sa vie privée de côté pour faire son travail de chien de garde. C'est justement cet entêtement à vivre selon les croyances communistes qui vont faire en sorte que Leo va mettre du temps à s'intéresser à une histoire de meurtres très étranges. Et c'est en acceptant à contrecœur de mettre le groin dans la boue qu'il va progressivement voir ses idéaux politiques voler en éclats à mesure qu'il va prendre conscience de l'énormité des crimes.

Bon, on passera sur l'énormité idéologique qui veut que l'auteur dépeigne un agent moutonnier qui va découvrir l'horreur d'un système politique dégueulasse : l'URSS ne peut pas gagner, puisque c'est le Mal. Alors on suit l'évolution morale du héros qui s'occidentalise peu à peu dans sa pensée. Ce revirement idéologique est bien dommage, car un héros enfermé dans son système de valeurs serait mille fois plus intéressant que ces personnages qui comprennent l'absurdité du système russe et qui rejoignent le côté lumineux de la Force.

Mais l'auteur dresse un portrait réaliste de la Russie, avec un décor hostile, des personnages odieux, une atmosphère délétère, des relations humaines sordides. L'âme du roman noir est bien là. Par contre, l'artifice scénaristique qui sert de révélation finale (spoiler : le méchant est le frère oublié du gentil) est affligeant. Reste toutefois une intrigue classique (la chasse au serial killer) dans un paysage slave intéressant et dans des conditions politiques contradictoires (puisque le communisme ne peut pas engendrer un tel monstre, c'est idéologiquement impensable).

Ça fonctionne d'autant plus que le tueur en série sur lequel le livre repose a réellement existé. Et les histoires vraies sont souvent bien plus féroces que la fiction. Surtout en Russie.

À noter que le livre a été traduit en français (Enfant 44, j'imagine), qu'il existe une suite (The secret speech) et que l'auteur est un ancien scénariste pour soaps.

Un dernier point : tous les dialogues du livre sont en italique. C'est horrible à lire, on a l'impression que les protagonistes pensent tout le temps. Le responsable de cette mise en page devrait être lapidé à coup de figues molles sur la Place rouge.

28/09/09

Solomon Kane


C'est vrai que la bande-annonce est étrange, genre Solomon Kane vs Sauron. Ça m'a poussé à lire l'intégrale de chez Bragelonne pour anticiper le film et m'embellir l'âme. Et puis j'avais dévoré les trois volumes de Conan, j'avais envie de continuer sur ma lancée.

Or donc, Solomon Kane est un puritain qui vadrouille pour traquer le Mal à grand coup d'épée ou de pistolet. C'est un petit peu le contraire de Conan : il ne boit pas des litres de vin, ne couche pas avec des femmes court vêtues et est motivé par un sourd besoin de vengeance dont on ne connait pas très bien les raisons. Solomon Kane n'est certes pas un inquisiteur sanglant qui brûle des villages entiers pour purifier les masses, mais il a clairement un grain. Son fanatisme est trop entier (mais le fanatisme peut-il en être autrement ?).

Ses aventures sont bizarrement souvent centrées sur l'Afrique où il se plait à chasser d'étranges créatures, mais il ne rechigne pas à venger un enfant ou à lutter contre d'affreux pirates assassins.

Je ne sais pas si j'ai fait une indigestion de Robert E. Howard, mais Solomon Kane m'a laissé indifférent. Autant le monde et les aventures de Conan me dépaysaient, autant celles du puritain m'ont très vite lassé. Le personnage central est intéressant : exigeant envers lui-même, il n'est finalement pas l'intégriste que l'on s'imagine et est bien plus complexe que prévu. Je n'ai pas retrouvé le charme des équipées sauvages du Cimmérien même si, en toute franchise, les scénarios de Solomon Kane pourraient facilement être adaptés à Conan. Je m'attendais peut être à autre chose, genre une traversée des USA hantés par le Mal plus qu'une trouble liaison lesbienne entre deux femmes au coeur de l'Afrique ou l'extermination d'un peuple de vampires...

Comme d'habitude, le travail de mise en contexte des nouvelles et poésies par Patrice Louinet est parfois plus intéressant que les textes eux-mêmes (qui sont très variables en qualité, comme d'habitude avec la production des pulps).

Je rejoins nombre de commentaires sur la bande-annonce : je ne retrouve pas la touche Solomon Kane dans les quelques images disponibles. Le personnage central me paraissait plus vieux, plus dingue. Et je ne l'imaginais pas luttant contre un démon de feu. Mais bon, ne condamnons pas le film par avance.

J'ai vu passer un comics éponyme chez mon libraire, mais je ne vais pas m'y risquer car je vais essayer de me sevrer des écrits d'Howard pour un temps. J'avais déjà une idée de jeu de mots pour un billet sur Kull, mais je vais le garder pour moi.

25/09/09

Anges déchus


J'avais dit du bien de Carbone modifié, le premier tome de la série signée par Richard Morgan. Un cyberpolar qui exploitait avec intelligence la technologie du changement de corps pour proposer une intrigue basée sur des éléments cyberkeupon : le monde corporatiste, la violence, le corps humain en tant qu'objet... Miam.

La suite étant sortie chez Milady, je me suis jeté dessus en me disant "Chouette, ça va me rappeler mes errances dans Night City, comme la dernière fois". Et bien non. Anges déchus n'est pas une copie du premier volume, l'ambiance change du tout au tout. Alors que le héros est embarqué dans une guerre lointaine dans un conflit politico-corporatiste, on lui propose un run à l'ancienne : assurer la sécurité d'un site qui contient un artefact martien en état de marche. C'est un coup qui pourrait rapporter des millions pour peu que toute l'équipe ne termine pas en hachis parmentier. Bien évidemment, complots, trahisons et scènes de sexe seront de la partie.

Je comprends ce qui peut motiver un auteur à ne pas reproduire le schéma narratif de son premier livre. C'est louable. La continuité dans le changement, une autre facette du décor, pourquoi pas. Sauf que pour le coup, je ne suis pas certain que le héros du premier tome était le plus indiqué pour cette nouvelle histoire. Oh, son passé de Diplo le qualifie pour le travail, mais d'un point de vue narratif, on passe de l'enquêteur privé façon roman noir à une histoire à la Stargate. L'écart est trop grand.

Et puis les compétences de Diplo du héros (en gros des dons psychologiques qui le rendent plus vif, plus perceptif, plus intuitif et même, très empathe) commencent à être pénibles à force d'être surexploités. Quand à l'intrigue... on salive tout le long en se disant qu'il va y avoir au final des révélations sur les Martiens (car ce qui est avancé en prémices est alléchant) mais c'est juste un prétexte à l'exotisme et au mystère. Le roman ne quitte pas la sphère de la petite intrigue corporatiste sans envergure, avec ce qu'il faut de traitrise pour mettre en place un suspens très artificiel.

Bref, je n'ai pas retrouvé le frisson du premier, mais ce n'est pas au point où je vais boycotter le troisième volume à sa sortie en poche. J'espère juste que cette fois-ci, l'intrigue tiendra le choc ou que les révélations seront de taille.

The god in the bowl


Il se pourrait quand dans un billet précédent, je me sois gaussé de la production graphique qui exploite le mythe de Conan. Je continue de penser comme Monsieur le Chien que la production des années 70 était parfois spectaculairement vide de sens.

Mais pour avoir lu The god in the bowl sur les recommandations de Stefff56, je dois reconnaître qu'il existe des scénaristes et des artistes qui savent respecter l'oeuvre originale en l'adaptant au format comics. Bon, la nouvelle en question est essentiellement un huis-clos, donc ce n'est pas nécessairement la plus spectaculaire du point de vue graphique, mais cet album est une très bonne adaptation du matériel de base, je suis sous le charme. Je vais essayer de suivre toute la série.

Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, c'est mon avis depuis toujours.

16/09/09

La bande-annonce de Solomon Kane

Je sais, je fais une fixation sur Robert E. Howard, mais la bande-annonce de Solomon Kane est disponible... Et pour une fois, le héros puritain qui lutte contre le Mal, ça me tente. J'aime bien l'atmosphère qui se dégage de cette bande-annonce, entre l'ambiance gothique d'un XVIIe siècle ténébreux, du gunfight au mousquet, des répliques de rôlistes, un combat final contre un balrog... J'ai presque envie d'y croire.



07/09/09

Conan - Les Clous rouges


Après Le Cimmérien et L'Heure du dragon, fin de l'intégrale Conan avec Les Clous rouges.
Comme souvent avec Robert E. Howard, c'est un peu les montagnes russes : l'anodin côtoie le génial. Les nouvelles s'enchainent sans toujours tutoyer l'excellence, mais le lecteur est toujours dépaysé et en a pour son argent. Même quand Howard n'est pas inspiré, on a droit à de la violence et des femmes dont le QI est proportionnel à la surface de tissu qui cache leurs appâts.

Ce rapport à la sexualité est d'autant plus fascinant que Howard est persuadé d'écrire des trucs très sexualisé. Il est tout fier d'annoncer à Lovecraft qu'il a abordé le lesbianisme dans une nouvelle, alors que franchement... c'est d'une pudibonderie à toute épreuve. Bon, remis dans son contexte des années 30, c'est sans nul doute une transgression, mais avec le recul c'est savoureux. D'ailleurs, le bon Howard a des théories sur la décadence des civilisations qui est peu flatteuse pour notre société actuelle. Pour lui, la dépravation du sexe (dont le lesbianisme) est un signe annonciateur de la chute d'une nation : la barbarie ne tardera pas à reprendre ses droits. De là à penser que les invasions barbares chères à Denys Arcand vont commencer, il n'y a qu'un pas que je ne vais pas franchir car ce n'est pas le but de ce blog.

J'ai déjà tout dit sur ce qui m'a fasciné chez Conan, sur la trahison de Lin Carter et Sprague de Camp qui ont massacré le cycle, sur l'image d'Épinal du barbare créée par le cinéma. Il reste un truc donc je souhaite parler : les illustrations. Je milite pour le retour de l'illustration dans publications. J'adore quand un roman est illustré, ça décuple mon plaisir de lecture. Or Conan, c'est aussi des gens de talents qui ont su donner vie à cet univers.


Bon là, visiblement, c'est un mauvais exemple. Un scorpion géant et un golem d'encre noir, c'est pas ce qu'il y a de plus évocateur du vrai Conan. Non, je parle de gens de talent comme Boris Vallejo qui ont saisi la dimension du mythe cimmérien avec des couvertures puissantes :


Mais je ne sais pas, je suis immanquablement attiré par les horreurs conaniennes, comme cet exemple de massacre graphique signé Nestor Redondo. Un hymne à la laideur :


Je ne sais pas ce que valent les histoires des publications actuelles des comics dédiés à Conan, mais en tout cas, j'aime ce style des couvertures (qui n'est pas une campagne de pub pour l'avortement, contrairement à ce que l'on pourrait croire de prime abord) :


Je ne peux m'empêcher de polluer ce blog avec des couvertures de comics pathétiques, j'ai une forme mutante du syndrome de la Tourette :


Conan et les extraterrestres (feat. la caverna de la muerte !)


Conan visite l'île de Paques


Conan fait de la lutte avec un démon rose à pinces


Red Sonja ou comment le string de mailles a libéré la femme dans les années 60

Il y a des centaines de couvertures de ce genre qui prouvent une chose : Conan est l'œuvre littéraire qui aura été la plus trahie dans l'histoire. Jamais on aura autant dénaturé un personnage. Il fallait boire à la source des textes d'Howard pour voir le vrai visage de Conan et comprendre la courte vie de son créateur. Un grand merci à Patrice Louinet qui m'a permis ce voyage initiatique en Aquilonie, sur la rivière Tonnerre ou dans ces temples en ruines. Ça a été une foutue belle aventure en trois volumes.