24/06/2011

Michael Connelly - L'épouvantail

L'avis de Munin

J'aurais dû écouter Cédric quand il a publié le premier sa critique de L'épouvantail, le 2e roman de Connelly à mettre en scène son héros journaliste, Jack McEvoy. Je partage tout ce qu'il écrit ci-dessous. Dans ce roman où un journaliste en préavis de licenciement traque le serial-killer qu'il est le seul à soupçonner d'exister, on retrouve tous les poncifs du genre, avec en plus le saupoudrage de romance inévitable (impliquant l'éternelle copine du FBI de tous les personnages de Connelly, Rachel Walling). Il n'est aucun rebondissement qui ne se devine, et on baille tout au long du roman - et la maladroite narration à la 1e personne, inhabituel chez cet auteur, n'arrange rien. Mais à ce récit sans originalité s'ajoute un plaidoyer pour la presse écrite moribonde, seule capable de traquer l'injustice, compréhensible de la part d'un ancien chroniqueur judiciaire mais quelque peu réactionnaire. Sans oublier le fait que tout le roman repose sur le ressort selon lequel Internet est un repère de pédo-nazis à l'affût de tous les bouts de vie privée que l'on a la bêtise de semer derrière nous. Le rôle du roman noir est de présenter au lecteur un miroir à peine déformant des travers de notre société, pas de tenter de nous faire peur avec du croquemitaine de JT de 20h. Ici, Connelly fait du Harlan Coben, et ça ne lui réussit pas.

L'avis de Cédric

J'aime tellement les polars de Michael Connelly que je ne suis jamais arrivé à terminer le billet qui devait passer en revue toute la production du monsieur. Son Los Angeles criminogène, son Harry Bosch sculpté avec précision tout au long de la vingtaine de romans, ses intrigues judiciaires bien foutues... C'est du vrai bonbon. (Note de Munin : aujourd'hui c'est fait !)

Alors je me suis jeté sur The Scarecrow comme une secrétaire de direction sur son Biba. Connelly a su diversifier ses points de vue sur LA en mettant en scène d'autre héros que son éternel flic qui écoute du jazz en repensant à ses cold cases qui le hantent. Il écrit ainsi de très bons romans où il met en scène un avocat démerdard dont le bureau est une Lincoln. Il écrit aussi des polars en prenant pour angle de vue un journaliste du LA Times spécialisé dans la chronique judiciaire. Ce n'est pas pour rien que Connelly est fort pour retransmettre cette ambiance journalistique puisqu'il est lui même le fruit d'une carrière de journaleux. C'est un peu de l'auto-fiction.

Dans The Scarecrow, le journaliste Jack McEvoy vient tout juste d'être mis à la porte du LA Times pour des raisons budgétaires. Eh oui, Internet oblige à couper dans le gras, et le salaire de vétéran de McEvoy coûte cher au journal. On donne 15 jours au journaliste pour former sa remplaçante, une belle fille un brin arriviste au salaire de débutante. Or pour partir en beauté, McEvoy veut signer un dernier article bien gaulé qui fera regretter à la haute direction du Times de l'avoir saqué. Sauf que sans s'en rendre compte, McEvoy va entrer sur le terrain de jeu d'un tueur en série qui donne son titre au roman. Et la chasse commence.

J'avais déjà trouvé que le précédent Connelly (The Overlook/À genoux) était mou du bide. Prévisible, surfant maladroitement sur l'actualité, il était un brin mineur dans la série sans doute parce qu'il paraissait en feuilleton dans un journal. Mais The Scarecrow ne fait ne confirmer ce que je craignais : Connelly est prisonnier de son univers. Parce que le coup du tueur en série, il l'a déjà largement exploité avec le Poète (que McEvoy a très bien connu dans les épisodes précédents de la saga). Alors on assiste à une resucée avec l'éternel FBI, la confrontation finale avec le tueur et tout le tralala. C'est d'un conformiste polaresque dégoutant. Le point de vue journalistique est intéressant, mais ça reste une histoire tout ce qui a de plus superficielle. Le tueur en série, c'est comme la prophétie et le dragon en fantasy : il vaut mieux s'en passer.

Et de ce que j'ai entendu du livre suivant (9 dragons), consacré à Harry Bosch, ça ne va pas en s'arrangeant puisque le flic de mes rêves s'en prend aux Triades à lui tout seul, comme l'inspecteur Harry d'antan. Où sont passés les enquêtes intimistes des débuts ? Connelly était fort pour raconter le quotidien d'un inspecteur tenace, mais céder à l'appel d'Hollywood en proposant des intrigues façon L'arme fatale, c'est trahir l'esprit du Connelly qui racontait si bien le beat de la rue.

Je décroche.

4 commentaires:

  1. je veux bien le classement du best of de Connelly.. ou les 3 romans les meilleurs ?
    c'est possible ? :)

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  2. Je n'ai pas de top 3, désolé.
    La force de Connelly, c'est la construction d'un personnage central (Bosch) à travers la série.
    Du coup, de mon point de vue, lire le 7e livre de la série comme ça, paf, ce n'est pas forcément le gage d'un plaisir de lecture aussi intense que si tu suis les affres de Harry depuis le début.

    Donc mon conseil à deux balles, c'est de lire le premier (Les égouts de Los Angeles) pour voir si le ton, le rythme et le protagoniste central sont à ton goût. Si oui, tu t'engages dans une relation sérieuse. Si non, il y autant d'auteurs de polar que de lecteurs, alors tu trouveras bien chaussure à ton pied ailleurs.

    Il y a aussi la possibilité de voir le film "Créance de sang" de Clint Eastwood, qui met en scène un des romans de la saga (mais sans Harry Bosch).

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  3. Philippe, évite donc de passer par la case 9 Dragons et saute directement aux suites du Lincoln Lawyer (The Reversal et The Fifth Witness) qui renouent avec le Connelly inspiré que nous aimons.

    Et espérons que Connelly trouve le courage de débrancher Harry Bosch qui est sous assistance respiratoire depuis quelques romans.

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  4. J'avais étrillé les Nine Dragons dans un billet de mon blog. Ma première lecture d'un roman de Connelly m'avait tellement déçu que cela m'avait décidé à éviter tout autre roman de cet auteur. Et, pour l'instant, je tiens bon !

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