31/07/10

Boneshaker


Boneshaker fait partie des 6 finalistes du Prix Hugo 2010 du meilleur roman avec The city & the city de Miéville. Cory Doctorow, Mike Mignola, Scott Westerfeld... tout le monde est d'accord : c'est de la bombe de balle à pistons et à vapeur. Le mélange parfait entre du steampunk, des zombies et des combats de zeppelins. Il faudrait être particulièrement de mauvaise foi pour bouder son plaisir sur une telle lecture. Mauvaise nouvelle : ma nature jésuitique de perfide sophiste fait de la mauvaise foi ma raison d'être.

Or donc, dans le Seattle d'antan, un savant fou fabrique une machine foldingue financée par des Russes pour permettre l'extraction de l'or. Sauf qu'au dernier moment, le savant fou en question utilise plutôt son invention pour creuser sous une grosse banque afin d'en vider les coffres. Hélas, ce faisant, il perce une poche de gaz mortel qui se met aussitôt à remonter à la surface et à décimer la populace locale, qui n'avait rien demandé. Plus tard, les pouvoirs publics réagissent en construisant un haut mur tout autour de la zone sinistrée afin de contenir les émanations délétères. Car les ceusses qui respirent ce gaz se transforment en zombies.

L'action du livre débute 16 ans plus tard quand le fiston du savant fou (qui a disparu dans les évènements tragiques) fausse compagnie à sa mère pour s'infiltrer dans la zone interdite de Seattle afin de se faire une idée sur la culpabilité de son géniteur. Quand sa mère se rend compte de la disparition du gamin, elle fonce à son tour dans les ennuis. Et donc, le quartier sinistré est peuplé de zombies très très méchants, de survivants qui fouillent les décombres, de types qui récupèrent du gaz pour fabriquer une drogue puissant, de capitaines de zeppelins qui survolent les lieux...

Sauf que.
Déjà, le livre débute par 6 pages qui racontent factuellement la catastrophe initiale. C'est comme lire le résumé des épisodes précédents d'une série : on ne se sent pas concerné. Les informations contenues dans ce prologue auraient dû être racontées dans le récit par des témoins et non balancées comme ça.
Ensuite, les deux protagonistes que l'on suit séparément sont aussi plats que l'encéphalogramme d'une poule. L'adolescent en quête du père absent, la mère qui doit replonger dans son passé pour sauver son fils : deux portraits ratés.
La zone gazée est censée être peuplée de gens peu recommandables, mais au final chaque rencontre est l'occasion de croiser des Bisounours qui aident leur prochain assez facilement sans demander d'argent en retour.
Les zombies donnent bien quelques scènes à la Romero, mais n'apportent rien à l'ambiance. Le gaz pouvait rester juste mortel pour être angoissant, pas besoin d'en appeler aux zombies pour faire peur.
L'intrigue promettait des révélations sur la catastrophe initiale puisque les détails qui entourent l'accident sont nébuleux. Et bien, peau de zob. En dehors d'une surprise très minime dans les derniers chapitres, ce n'est qu'un long voyage pas très intéressant dans un quartier en ruines. Aucune communauté intéressante, ce sont juste des rencontres vaguement iconoclastes.
Les zeppelins sont de la partie, mais là encore, c'est juste pour faire beau : une scène d'abordage pour dire de faire spectaculaire, et au revoir Simone.

Et l'auteure, Cherie Priest, se permet d'écrire des choses réellement nouvelles. Par exemple, l'un de ses personnages dit "Si nous mourrons, je te tue." C'est aussi follement original que les blagues sur les belles-mères.

Au final, Boneshaker est une lecture qui m'a apporté autant de plaisir qu'un rapport de Pierre Mauroy sur la réforme de l'organisation des pouvoirs locaux pour l'avenir de la décentralisation.

Maintenant, pour être tout à fait honnête, il se pourrait bien que le steampunk ne soit pas ma tasse de thé. Cela expliquerait pourquoi je n'arrive pas à crier au génie avec le reste de la meute.

Gromovar est du même avis que moi.

26/07/10

Acacia - David Anthony Durham

Vendredi soir. Mon train part dans 10 mn. J'en ai pour plus de 4h de trajet, et j'ai oublié de prendre de la lecture. Vite, je me précipite dans un kiosque en face du quai. Coup d'oeil rapide au rayon polar : des épisodes 46 de séries commencées avant que j'apprenne à lire et tous les clones de SAS possibles et imaginables. Rayon littérature : des livres de régime, le dernier Marc Lévy (ou son avant-dernier ? Ou le prochain ? Comment savoir ?) ou les bouquins du programme du bac français. J'arrive devant le rayon fantasy / SF : King, Laurell K. Hamilton ou des tomes 5 de séries dont le tome 1 est chez moi en train de caler des armoires. Là, dans un coin, un début de série ! Acacia. Hum. De la fantasy épique. Un 4e de couverture qui fait référence à Robin Hobb. Je me souviens avoir lu une bonne critique sur Le Journal de bord d'un (ex-)libraire. Je ne suis pas convaincu mais mon train part dans 3mn et au pire, ça permettra à Bob de faire son come-back. Hop, j'achète et je le commence sitôt assis à ma place. 


L'histoire : il était une fois le roi gentil d'un royaume corrompu. Il sait bien que son pouvoir repose sur l'asservissement des masses, mais il a renoncé depuis longtemps à vouloir rénover un système qui de toutes façons le cantonne à un rôle symbolique. Tant pis, ce roi trouve le réconfort dans ses quatre beaux enfants, qu'il élève seul depuis la mort de sa femme. Mais le changement est en marche, sous la forme d'un peuple guerrier, exilé dans le grand nord, qui décide de se rebeller, et, contre toutes attentes, réussit. Face à la défaite inéluctable, le vieux roi envoie ses enfants se cacher aux 4 coins du monde.

Ce livre nous arrivé auréolé d'une réputation prestigieuse et appuyé par un site de l'éditeur entièrement dédié à la série, illustré par Didier Graffet. Prix (JW Campbell Award), commentaires dithyrambiques ("C'est un roman que Shakespeare lui-même aurait aimé avoir écrit" - J.E. Kelly, lauréat du prix Hugo), ...



Pendant les 150 premières pages, j'ai bien cru que le concert de louanges était mérité. L'exposition, très réussie, met en opposition un empire suintant la corruption et les privilèges dont la famille royale est humaine, généreuse et sympathique, à une culture intéressante, ressemblant pour partie à la Sparte antique, mais dont les dirigeants sont clairement antipathiques. Au lieu de s'attacher à l'action, l'auteur dépeint avec beaucoup de minutie ses personnages et adopte une forme introspective pour présenter les quatre enfants du roi, auxquels on s'attache très vite. Les thèmes abordés le sont élégamment (la responsabilité politique, la mixité culturelle), et l'univers de l'auteur réussit le juste dosage entre la familiarité des éléments attendus du genre et l'originalité des cultures et des peuples.

Puis l'on arrive à la crise, et l'exil des enfants. Et, après cela, le récit adopte un rythme radicalement différent, tellement elliptique que les raccourcis en paraissent abrupts. Au milieu du livre, j'ai même cru qu'il manquait des chapitres à mon exemplaire. Certains événements dramatiques sont contournés, d'autres à peine évoqués, le récit fait des bonds de plusieurs mois puis ralentit de nouveau l'espace de 2 ou 3 chapitres, avant que l'auteur appuie de nouveau sur le champignon pour passer rapidement à ce qui l'intéresse. Mais surtout, Durham méprise complètement l'adage classique de l'écrivain "Show, don't tell", et, au lieu de décrire actes, dialogues, événements ou discours, raconte simplement qu'ils ont eu lieu. Un peu comme si, au lieu de lire ce billet, vous n'aviez droit qu'à un "Munin a écrit une critique mitigée, qui ne vous incite pas à vous procurer le livre." Non seulement cela appauvrit des scènes qui, sans cela, aurait pu être chargées d'émotions, mais en plus cela produit une distanciation entre le lecteur et l'oeuvre que va croissante au fur et à mesure que l'action s'emballe et que les personnages tombent comme des mouches. Résultat, on a l'impression de lire un résumé du livre plutôt que le livre lui-même (un résumé de 900 pages, quand même...). Enfin, les héros, qui étaient profonds et attachants dans leur jeunesse, deviennent, adultes, des icones stéréotypées plates et inintéressantes.

Dommage. Le livre avait vraiment du potentiel, et l'auteur, s'il avait poursuivi son effort initial, aurait pu réussir un vrai bon roman de Fantasy épique. Sauf à oublier à nouveau de prendre un livre pour un trajet en train, je ne me vois pas poursuivre avec le tome 2.

On en parle ailleurs :

23/07/10

Favela Rising


Retour à Rio de Janeiro avec ce documentaire qui retrace la vie d'Anderson Sa, qui, après avoir échappé à la criminalité omniprésente de sa favela, Vigario Geral, a fondé le groupe et mouvement social AfroReggae. Le film retrace, à partir d'interviews et d'images d'archives, comment Anderson Sa, en cherchant une échappatoire à la violence qui l'entourait, a utilisé la musique pour détourner les jeunes de son quartier du trafic de drogue.

Dit comme ça, on a un peu l'impression que le film est d'une gentillesse et d'une naïveté dégoulinante de bons sentiments. En fait, les 30 premières minutes font passer la Cité de Dieu pour un aimable vaudeville. Corruption, bavures policières, massacres : les images n'épargnent rien, et le grain de la photo, très esthétisant, n'atténue pas leur horreur. Puis l'on suit Anderson Sa dans sa découverte de la musique et sa transformation en personnalité locale.

Même si on peut regretter que le réalisateur s'attache plus à la personne d'Anderson Sa qu'à sa réalisation, ou que la musique autour de laquelle tourne tout soit finalement assez peu présente, ce documentaire vaut très largement d'être regardé, ne serait-ce que pour la sincérité et l'espoir qu'il dégage.

Quelques liens :

Mouse Guard, Winter 1152


J'avais déjà avoué publiquement mon admiration pour le premier volume de Mouse Guard. Sans surprise, je suis tombé sous le charme de la suite, Winter 1152. La neige recouvre le monde des souris, aussi doivent-elles affronter mille et un dangers. La vie de souris n'est déjà pas de tout repos en temps normal, mais avec la neige, leur univers devient hostile. Surtout que le groupe des gardes se retrouve divisés par accident.


Sous le prétexte de mettre en scène de simples souris, David Peterson raconte une histoire d'amitié, de courage et de devoir. Il me serait facile de jouer au lecteur blasé et cynique, et pourtant il y a dans cette série quelque chose d'éminemment profond qui vient me chercher. J'y retrouve un goût de nostalgie pour les aventures simples mais vraies. C'est une madeleine de Proust superbement illustrée, un pure enchantement visuel qui mélange à la fois le livre pour enfant et les thèmes tragiques des adultes.


J'ai profité de ce second volume pour acheter également le jeu de rôles Mouse Guard RPG, qui fonctionne avec le système Burning Wheel. Un moteur de jeu assez inspirant, qui met de l'avant les motivations du personnages et qui colle parfaitement avec les idéaux de la garde. C'est réellement un jeu qui permet d'incarner les héros de la BD. Deux bémols, toutefois :
- difficile de faire jouer un enfant avec de telles règles. C'est dommage, la BD est une occasion en or pour initier un gamin en lui faisant vivre des aventures de souris;
- le livre offre finalement peu d'informations pour creuser l'univers de la BD. Je m'attendais à découvrir plus de détails sur la vie de ces communautés. Je suis resté sur ma faim.

Par contre, c'est un livre magnifique qui profite pleinement des illustrations de la BD. Cet univers sait facilement prendre vie, c'est magique. En lisant ce jeu, on a furieusement envie de revenir à l'essentiel. Pas aux super pouvoirs et à la cueillette d'XP, mais aux histoires qui font la part belle à l'amitié, aux responsabilités et au bien commun.

21/07/10

Leviathan


Je l'avoue, si je me suis intéressé à Leviathan, c'est que j'ai vu cette magnifique carte et qu'elle m'a intrigué. Et puis Cory Doctorow n'arrête pas de faire de la retape pour ce bouquin, alors je me suis laissé tenter.

Or donc, Leviathan est une uchronie steampunk qui reprend les grandes lignes de la Grande Guerre. À la mort de l'archiduc Ferdinand et de son épouse à Sarajevo, son fils Alek se retrouve subitement en danger car plusieurs intérêts politiques veulent sa mort. Deux membres fidèles de la garde rapprochée de l'archiduc font donc monter Alek dans un marcheur de combat, une sorte de robot, pour filer vers la Suisse afin d'être en territoire neutre quand la guerre éclatera. Au même moment, à Londres, une jeune fille se faisait appeler Daryl ment sur son identité sexuelle au rectureur de l'armée et intègre avec pertes et fracas les rangs d'une unité volante que le hasard va pousser en Suisse. Et donc, la jeune anglaise et le jeune autrichien vont se rencontrer, ce qui va être le début de tribulations aventureuses pour l'héritier du trône et la jeune fille qui débite des gros mots plus vite que son ombre.


Disons-le tout de suite : Leviathan est un livre pour adolescents. Ce qui explique certains clichés et une narration très légères. La rencontre de deux héros que tout sépare, l'apprentissage du deuil, l'expérience des responsabilités, la découverte des sentiments... Autant de passages obligés. Si le propos n'est pas nouveau, l'habillage, lui, est plus innovant. La guerre met en scène deux camps : les Clankers, qui basent toute leur technologie sur des machines à piston, et les Darwinistes, qui font des croisements génétiques pour créer de nouvelles espèces utiles à l'homme. Nos deux héros vont créer une troisième voie en alliant le meilleur des deux camps. C'est un récit d'aventure, avec des scènes de combat, du danger et ce qu'il faut d'incompréhension mutuelle pour créer une tension politique. Forcément, pour un adulte, c'est une lecture très légère où tout le déroulement de l'histoire et de l'Histoire est prévisible.

La bonne idée de l'auteur, Scott Westerfeld, est d'avoir fait illustré son histoire par Keith Thompson (dont je conseille fortement la visite de son site). Ces dessins noir et blanc sont très réussis (même si j'ai trouvé quelques soucis de proportions. Le marcheur de combat est sensé pouvoir accueillir 5 personnes, mais sur certaines illustrations, il semble bien étroit pour y parvenir) et permettent une immersion très agréable dans ce décor steampunk. Difficile de résister à cet univers où les machines de guerre cotoient les créatures mutantes.


Au chapitre des récriminations, la mise en page utilise un interligne de 1,5, ce qui fait artificiellement gonfler le nombre de pages. Le livre fait 440 pages mais aurait pu faire 250 pages normales en abusant moins.

Ce n'est que le premier livre d'une série, aussi le récit se termine un peu abruptement quand les deux héros trouvent une bonne raison de travailler main dans la main. Je ne trépigne pas d'impatience pour lire la suite (car c'est une trilogie Leviathan-Behemoth-Goliath), mais je salue cette belle initiative qui offre aux jeunes lectures d'aujourd'hui un hommage moderne à Jules Verne.

Les Mauvaises eaux


Les Mauvaises eaux ne sont pas réellement une suite des Enfants de Cayenne, mais l'action de cette nouvelle se déroule un peu après les évènements de ma précédente nouvelle, sur le continent de Guyane, cette fois. Baptiste est en maison de repos à Cayenne. Son voisin de chambre est un drôle de prêtre qui lui parle de Sainte-Marie-des-Ravines, un village perdu dans la jungle, et du fleuve local, qui déborde d'or. Une étrange fièvre s'empare alors de Baptiste.

Comme à chaque fois, la couverture est signée Patrice Larcenet.

Mes nouvelles sont désormais disponibles sous licence Creative Commons via le site http://fr.feedbooks.com/ qui permet de télécharger des tonnes de romans et textes du domaine public ou des créations originales sous licence. PDF, ePub ou Kindle, le site propose forcément le format de lecture qu'il vous faut.

D'ailleurs, pour les auteurs en herbe, je vous conseille ce site de publication : en 15 jours, une de mes nouvelles a été téléchargée 175 fois. C'est vraiment une belle vitrine.

Bonne lecture.

17/07/10

L'enjomineur, 1793


Philippe appelle ça un passe-plat. Vous savez, le second volume dans une trilogie. Ce n'est pas qu'il soit mauvais, mais il se retrouve coincé entre un premier volume où le lecteur a été charmé par la découverte d'un univers nouveau et le dernier volume où l'histoire se termine en apothéose. Alors lui, le passe-plat, il se contente de faire le pont entre ces deux extrémités. Il fait vaguement progresser l'intrigue, mais pas trop vite car il faut en garder sous le pied pour le final. Et comme l'effet de surprise est passé, on se retrouve dans un décor qui sent un peu le déjà-vu avec une action un peu mollassonne.

L'enjomineur, 1793 est donc sans surprise. Il poursuit sur la lancée de L'enjomineur, 1792 mais il a un drôle de goût en bouche. Émile continue d'être le gentil gars de service que les fées font monter à Paris pour qu'il utilise une dague magique sur le chef d'un culte secret qui veut régner en maître du monde ("Aujourd'hui la rue Quincampoix, demain le monde (rire infernal)....". Cornuaud est toujours ce salopard qui survit au jour le jour en commettant des crimes de plus en plus sanglants. Et Paris oscille entre la Lumière des philosophes et l'étrange magie de Mithra, comme avant. Rien de nouveau sous le soleil. Il y a bien quelques pièces qui se déplacent sur l'échiquier pour préparer l'assaut final, mais ce passe-plat manque cruellement d'un retournement de situation imprévisible. Les personnages font scrupuleusement ce que l'on attend d'eux, c'est terriblement ennuyeux. Oh, il y a bien un cliffhanger super téléphoné à la dernière page, mais ça ne rachète pas les 474 pages un peu tiédasses qui ne servent finalement qu'à retarder l'inéluctable.

J'appelle ça le syndrome de la zyglute : un autruche qui a trois pattes n'est pas nécessairement plus stable que celle qui n'a que deux pattes. Il en va de même avec les romans vendus par trois.

Pierre Bordage est toujours aussi bon pour évoquer cette Révolution qui verse dans le fantastique, mais je crois que la trilogie est une manie assez exaspérante chez les auteurs. J'attends tout de même de pouvoir lire la fin de cette histoire, car Bordage est arrivé à créer une vraie ambiance dans sa série, mais je reste persuadé que diluer une sauce est le plus sûr moyen d'en dénaturer le bon goût.

13/07/10

Kraken


Billy est conservateur au British Museum de Londres. Quand il promène des visiteurs dans les salles du musée, ceux-ci sont invariablement estomaqués lorsqu'ils posent les yeux sur le réservoir en verre qui contient la dépouille d'un énorme calamar. Billy connait bien cette créature de tentacules car il a participé au procédé permettant sa conservation. C'est un peu lui qui l'a embaumé, finalement. Or un jour que Billy débarque dans la salle du calamar avec sa traditionnelle brochette de visiteurs, le réservoir et le calamar ont disparu. Pfiout. Et personne n'a rien vu. Pourtant, un réservoir de cette taille, c'est immanquable. Il faudrait une grue pour déplacer une masse pareille. Et quand la police débarque au musée pour poser des questions au personnel, Billy trouve que les policiers ont un comportement bien étrange. Quand ils se mettent à lui parler de l'Église du Kraken, Billy est complètement dépassé. Et pourtant, son voyage dans le bizarre ne fait que commencer...

Le Kraken de China Miéville est un roman d'urban fantasy. Comme bien souvent dans ce genre de livres, un héros d'une grande banalité voit sa petite vie ordinaire exploser en vol quand l'existence de la magie devient une réalité impossible à nier. Non seulement le monde n'est pas ce qu'il semblait être, mais en plus il faut rapidement apprendre à survivre dans un environnement où l'ignorance vous place tout en bas de la chaîne alimentaire. Et donc, fort prévisiblement, Billy apprend vite que Londres est bien différente de ce qu'il croyait. Elle grouille de cultes tous plus étranges les uns que les autres qui ont toutefois un point commun : ils prédisent tous la fin du monde. Mais chacun à sa vision du truc et travaille fort pour que sa petite apocalypse soit celle qui gagne. Et la disparition du Kraken est le McGuffin qui va expliquer pourquoi Billy va démarcher ou être confronté à toutes les cliques de cultistes que compte Londres.

Impossible d'associer Londres et urban fantasy sans penser à Neil Gaiman. Le rapprochement est d'autant plus facile que Miéville met lui aussi en scène un couple de tueurs aussi dingues que sadiques, ce qui n'est pas sans rappeler Neverwhere. Mais là s'arrête la filiation : China Miéville est aussi proche du style de Gaiman que Sid Vicioux l'est de celui de Richard Clayderman. Sa Londres magique est bourrée d'idées folles : une grève des familiers, un magicien habillé en trekkies, un spécialiste de l'origami capable de plier plus que du papier... Comme à l'accoutumée chez Miéville, il y met sa petite touche personnelle d'ex-rôliste. Cette inventivité culmine avec les Nazis du Chaos, hommage à Moorcock, et l'ombre permanente de Cthulhu et de ses sbires. C'est également bourré d'argot londonien qui m'a échappé.

Sauf que.
C'est trop. Billy est embarqué dans une course folle pour découvrir qui a volé le calamar, mais son personnage est aussi lisse que la peau du visage d'une star reliftée. Je n'arrivais pas à me sentir concerné par ses tribulations. Les rencontres iconoclastes se multiplient, les personnages hauts en couleurs s'entassent mais la sauce tarde à monter. Pire, je me suis étouffé au milieu du livre, j'ai dû me faire violence pour continuer. Je me demande sir le roman ne devrait pas avoir 100 ou 200 pages de moins. D'habitude, la plume de Miéville est superbe d'évocation, mais là, je me suis proprement ennuyé. Je dois confesser que je n'ai pas lu les premiers écrits urban fantasy (Looking for Jake) de Miéville, donc je ne sais pas si c'est ce roman qui est faible ou bien si je ne suis tout simplement pas le lecteur idéal pour ce genre de littérature. J'attends beaucoup de China Miéville. Perdido Street Station, Les Scarifiés, The City & the City m'ont habitué à l'excellence. Là, je n'ai pas eu ma dose. Kraken est indubitablement un bouquin urbain qui met en scène Londres, mais cette ville ne me fait pas rêver, même quand Miéville s'improvise guide touristique un peu foldingue.

02/07/10

Les couleurs de l'acier


Quel dommage. Les couleurs de l'acier débutait pourtant si bien. Le roman raconte les tribulations d'un avocat répondant au nom de Loredan qui, loi oblige, fait ses plaidoiries en se battant à l'épée contre l'avocat adverse, le plus souvent à mort. Bon, c'est rigolo comme idée, mais un système de justice aussi mortel est quand même assez débile à mettre en place. Enfin, ça permet de placer quelques scènes de duel. Et donc notre avocat décide de prendre sa retraite car il sent bien que sa profession ne produit pas beaucoup de retraités. Il devient alors professeur d'escrime pour former les prochaines générations d'avocats. Sauf que la cité dans laquelle il exerce est soudainement menacée par une invasion de barbares des plaines. Aussi les notables décident de placer notre ex-avocat à la tête de la défense militaire de la cité car il est en fait l'un des derniers survivants d'une bataille qui a autrefois opposé les barbares avec l'armée qui défendait la cité. Et donc, paf, combat.

Pour complexifier l'affaire, il existe plusieurs sous-intrigues qui, à grands coups de hasard bien pratique pour l'auteur, viennent délayer le propos. Une histoire de vengeance, des magiciens invoquant des malédictions, une touriste qui possède des dons magiques hors norme... Et immanquablement quand on veut absolument pondre un volume de plus de 600 pages, l'intrigue finit par trainer en longueur pour cause de digressions. Les magiciens incompétents ont beau être aussi drôles que leurs homologues de chez Jack Vance, le bouquin patine dans la choucroute. Surtout que le héros est sympathique avec son mauvais caractère, mais le reste de la galerie de personnages n'est pas aussi réussie. En particulier le chef des barbares qui, après avoir passé quelques temps dans la cité pour étudier les défenses en place, rentre dans sa tribu pour apprendre sur le pouce à ses collègues comment construire 300 catapultes. Ben voyons, mon colon. Du coup, l'invasion barbare est aussi crédible que les promesses d'un programme électoral, ce qui n'aide pas à avancer dans la lecture.

Il m'aurait été facile d'invoquer Bob et d'aligner quelques bons mots pour descendre ce livre en flammes. Sauf que K. J. Parker a un réel talent pour foutre de multiples détails techniques dans son histoire. Elle explique comment sont forgées les épées, ce qu'utilisent les tanneurs pour obtenir telle teinte, quel bois est utilisé pour sculpter des flêches... C'est très efficace pour donner du corps à l'univers. On sent que cette femme est une "gosseuse de patente" (comme disent les Québécois), c'est à dire une bricoleuse éclairée. Son écriture respire l'artisanat, et c'est bon. Mais comme elle ne maîtrise pas son réçit, ses bonnes idées ne font pas long feu et la narration s'écroule sous son propre poids. Autre petit détail qui m'a agacé : elle utilise à un moment le mot "marketing" pour deviser sur le commerce local. Pour moi, ça brise autant la fameuse "suspension of disbelief" que si elle avait appelé un de ses personnages Lolo Ferrari.

Les couleurs de l'acier n'est que le premier volume d'une trilogie. Déjà que c'est étouffe-chrétien comme roman, je ne vais certainement pas m'enfiler encore 1300 pages pour avoir le fin mot de l'histoire. D'autant que je n'ai pas l'impression que l'auteur sache où elle va. L'humour dont elle saupoudre son histoire ne rend malheureusement pas le bouquin assez digeste. C'est rageant, les 100 premières pages du roman m'avaient pourtant fait saliver.