26/01/11

John Adams


À une époque où le Tea Party clame haut et fort qu'il faut absolument en revenir aux valeurs des pères fondateurs, HBO propose justement un portrait en 7 épisodes de John Adams, le second président des États-Unis. Et quelles sont-elles, ses fameuses valeurs primordiales. Si l'on en croit le portrait dressé par la série, les bonnes valeurs d'antan sont : la partisanerie, les coups de pute diplomatiques et le salissage de réputation via des articles diffamatoires. Ah, le bel Âge d'or que voilà...

C'est donc en 1770 que John Adams, alors simple avocat à Boston, va accepter de défendre une bande de militaires anglais accusés d'avoir fait feu sur la foule un peu gratuitement. Ça brasse entre les colonies et l'Angleterre, il y a comme un vent de liberté. Et John Adams est partisan de l'indépendance. Alors il s'embarque dans cette lutte politique de longue haleine et abandonne tout derrière lui : la ferme familiale, sa femme, ses enfants. C'est un homme bavard, grandiloquent, qui s'écoute le plus souvent parler. Pas du tout un meneur d'hommes, mais un constitutionnaliste maladroit et borné. Pour se débarrasser de lui, on l'envoie bien vite en Europe pour négocier un appui financier auprès de la France. La rencontre est savoureuse entre ce bonhomme qui veut tout et tout de suite et la noblesse française qui s'amusent du spectacle de ces Américains si rustiques. John Adams n'a aucune fibre diplomatique et le peu de crédit qu'il arrive à obtenir est aussitôt sapé par Benjamin Franklin (lui aussi à Paris) qui l'assassine à coups de lettres perfides. Quand il finit par rencontrer le roi d'Angleterre, on se rend compte avec stupeur qu'Adams a finalement bien plus en commun avec cette noblesse lointaine qu'avec ses concitoyens.

Une fois l'indépendance déclarée vient la politique interne. Ah... La présidence lui échappe, on lui préfère le silencieux mais imposant Washington. À Adams la vice-présidence, le pire lot de consolation. Il s'empêtre dans les jeux de coulisses. Il est incapable de fédérer derrière lui. Quand il finit par accéder à la présidence après les deux mandats de Washington, c'est presque par dépit. Et là, son ami de 30 ans, Thomas Jefferson, le trahit comme il se doit.

La série ne glorifie personne, surtout pas Adams. C'est un père absent, un petit chef, un penseur incapable de livrer correctement ses idées. En fait, ce qui fait la grandeur d'Adams, c'est sa femme, Abigail, sa véritable colonne vertébrale. Car ses grands principes, ses idéaux absolus, ils ne tiennent jamais bien longtemps la route. Quand il décède le jour du 50e anniversaire de l'indépendance, c'est son propre fils John Quincy qui accède à la présidence. Une vraie lignée. Les décors sont très beaux pour de la télé, en particulier toute la phase de construction de la Maison-Blanche qui est à l'image de ce pays qui a les pieds dans la boue mais qui hérite des rêves de grandeur de la vieille Europe. Des acteurs aux petits oignons. Une réalisation pas toujours compréhensible (pourquoi donc mettre systématiquement la caméra de biais pour filmer des plans inclinés ? Le caméraman était-il plus court sur une patte ou bien avait-il un torticolis ?) mais des moyens de production qui permettent d'aller tourner en France (avec Jean-Hugues Anglade en caméo).

Moi, ce que je savais de la révolution américaine, c'était ce qu'on avait bien voulu m'en dire à l'école. Principalement que c'était La Fayette qui était allé les sauver avec son panache et sa grandeur d'âme. La Fayette, cette série ne le montre même pas, c'est tout juste si elle cite son nom. Mais celle qu'elle met en scène, cette série, c'est des états pas si unis, des pères fondateurs qui se mettent des bâtons dans les roues, des financiers qui commencent à spéculer, des partis politiques qui font un travail de sape... C'est bigrement actuel. Du coup, le temps béni des pères fondateurs, il en prend pour son grade. Et le romantisme démagogique du Tea Party devient pour le coup ridiculement évident.

24/01/11

L'art invisible


Je l'avoue : je n'aime pas le trait de Scott McCloud. Ça fait des années que je passe devant ce livre sans arriver à dépasser la couverture. L'effet des petits carreaux sur sa chemise, les lunettes rondes qui lui bouffent la moitié du visage, sa main droite qui ne ressemble à rien... Dans le genre moche, cette couverture bat des records. Mais bon, ça fait aussi des années que Philippe insiste pour que je lise L'art invisible, et comme d'habitude, il m'a eu à l'usure.

Donc, Scott McCloud, après avoir publié juste une BD (Zot!) a décidé de donner des leçons sur la BD. Présomptueux, le gamin. Et pourtant, malgré la relative jeunesse de son auteur, le bouquin est super intelligent. McCloud essaye de définir la BD, remonte dans l'Histoire pour voir d'où la BD contemporaine tire ses origines, analyse le découpage, explique le concept de l'ellipse, aborde rapidement la couleur... C'est un voyage hallucinant. D'autant que pour expliquer la BD, McCloud fait une BD. Le lecteur a donc une application directe des principes théoriques évoqués dans les bulles.

Et ce n'est pas un livre uniquement accessible aux dessineux. La preuve, je n'ai jamais dépassé le stade des smileys dans mes portraits et pourtant j'ai savouré les précisions techniques de McCloud. Car comme il a une culture BD très large, il est capable d'aborder aussi bien les auteurs américains que de parler de Hergé ou des mangas pour appuyer son propos. Idem, il fait allusion à des tableaux célèbres (c'est le premier qui a été capable de m'expliquer en une phrase pourquoi La grande vague de Kanagawa est si bien construite), on est très loin du type dont la seule culture s'étend des X-Men à Spiderman.

Des défauts ? Quelques redites. Et surtout, le livre a été écrit en 1992. Oui, presque 20 ans. McCloud aurait sans doute des tas de choses à raconter sur les BD des deux dernières décennies et surtout pourrait aujourd'hui ajouter un chapitre complet sur l'utilisation de l'art pictural dans l'informatique. D'autant que Scott McCloud a bossé pour Google en réalisant une BD de 39 pages pour expliquer son navigateur Chrome (et son trait s'est modifié en 15 ans, je trouve son dessin désormais bien plus efficace).

Je n'avais jamais pensé à ce qui se passait entre deux cases. Depuis que j'ai terminé L'art invisible, je regarde mes BD autrement. C'est comme si Scott McCloud m'avait ouvert les yeux. Et dire qu'il a écrit tout ça à 32 ans. Mais paradoxalement, ce théoricien hors pair n'a aucun succès commercial à son actif. Comme quoi...

22/01/11

Presque minuit


Attention, copinage.

Presque minuit est un livre qui cherche un éditeur. Il est signé par Anthony "Yno" Combrexelle. La couverture que vous voyez en tête de ce billet n'est donc pas la couverture officielle, ce n'est qu'un visuel réalisé par Yno (car il est également graphiste). C'est du steampunk parisien qui utilise le décor de l'Exposition universelle. La tour Eiffel pose son ombre sur les ruelles où survivent 5 gavroches qui volent à la tire. Et justement, ils mettent la main sur une étrange montre-gousset qui carbure à l'éther et qui fait des miracles. Et les ennuis commencent. Sorcellerie, mécanique infernale et course-poursuite sont de la partie.

C'est un roman pour adolescent, c'est donc un récit rythmé avec des phrases syncopées souvent interrompues avant le point final. Ça bouge, les 5 gamins ont des ennemis puissants à leur trousse. J'ai beaucoup pensé au Peter Pan de Loisel (pour la thématique des vauriens qui battent le pavé) mais également à La cité des enfants perdus (la bande de gamins rappelle le personnage de Miette, la mioche qui parle et agit comme une adulte).

Un éditeur jeunesse ferait bien de s'y intéresser avant qu'un concurrent ne mette la main dessus.

18/01/11

Sang Royal


J'avais chroniqué les deux premiers volumes de cette série (Dissolution et Les larmes du diable) en étant à la fois agréablement surpris par cettre approche très glèbeuse de l'Angleterre des Tudor et assez peu passionné par l'intrigue de ces polars historiques. Sans surprise, Sang Royal possède un décor toujours aussi crade où la boue recouvre tout et où les hommes sont tous plus ou moins pourris jusqu'au trognon. Mais comme dans les précédents volumes, les ficelles narratives sont hélas toujours aussi grosses. À un tel point que j'ai failli abandonner ma lecture en cours de route. J'ai dû me faire violence pour venir à bout de ces 800 pages de suspens plus artificel que le parfum banane chez Haribo.

Donc. Le roi Henri VIII enchaîne toujours les mariages tel Eddy Barclay. Cette fois-ci, il s'est pris une petite jeunette. Et comme le nord de l'Angleterre s'est rebellé il y a peu (les conspirateurs ont été pendu et leurs corps ont été mangés par les corbeaux), le roi décide de faire une tournée triomphale pour obliger les survivants à lui renouveler leur allégeance. Le cortège royal est long comme la caravane du Tour de France et coûte une fortune à organiser. C'est un véritable cauchemar logistique. Une véritable armée en campagne. Il y a même un bordel ambulant pour s'occuper de ces nobles messieurs partis sans leurs épouses. Et notre héros l'avocat contrefait se retrouve embarqué dans cette histoire avec une double mission : compiler les doléances des gens de la ville d'York pour les présenter au roi quand il se pointera et également veiller à la bonne santé d'un prisonnier qui doit prochainement être transféré de York pour être torturé à Londres. Évidemment, rien ne va se passer comme il se doit : la santé du prisonnier va être menacée et notre nabot d'avocat va avoir la malchance de recueillir les confessions explosives d'un moribond. À partir de là, ça va être la course aux indices pour trouver l'assassin et comprendre la nature du complot.

Comme souvent avec C.J. Sansom, le carambolage de deux intrigues n'est pas harmonieux. Il veut occuper le lecteur, le faire courrir après plusieurs lièvres à la fois pour l'empêcher de se concentrer sur les faits. Et ça se voit. On manque d'indices et quand l'assassin est finalement révélé, son identité était totalement imprévisible. À un tel point que je n'ai pas cherché à trouver le coupable : je savais que l'auteur allait me sortir un lapin de son chapeau à la dernière minute. Pire, le personnage de l'avocat au physique ingrat commence à me courrir sur les haricots. Le pauvre infirme dont tout le monde se moque, mais qui a un gros coeur de Bisounours, il est lassant. Même son assistant Barrak lui fausse compagnie pour batifoler avec une jeune donzelle pendant la moitié du livre afin de ne plus avoir à supporter les récriminations du héros. C'est dire. Les machinations machinent. Les tentatives de meurtres sur l'avocat s'enchaînent dans la grossierté narrative (mention spéciale à la cage de l'ours qui est furtivement ouverte par le méchant tandis que le héros passe justement par là). Et à la fin, la vérité est dévoilée. Rien de nouveau sous le soleil.

Reste que l'auteur est très doué pour mettre en scène la période historique. Alors que d'autres décrivent un Henri aussi parfait qu'un mannequin de pub pour slip moulant (comme la série télévisée Les Tudors), C.J. Sansom fait lui vivre un Henri gras et puant, qui prend des décisions débiles et martyrise son petit monde. Les nobles dans son sillage passent leur temps à bidouiller pour acheter des terres à bas prix en mettant des propriétaires honnêtes aux fers ou bien en soudoyant les avocats (mais notre héros est incorruptible, vous l'aurez deviné). L'atmosphère du cortège royal est bien rendue, de même que l'antipahtie des yorkais envers ces gens du sud qui viennent leur dire comment il faut croire en dieu. La Réforme est toujours là en toile de fond, c'est décidément une époque très intéressante. Et comme l'auteur est avocat de formation, l'intrigue légale est solide et intéressante.

En résumé, ce volume n'est pas lui non plus le polar du siècle, mais le travail historique de l'auteur rachète presque les faiblesses stylistiques et narratives du roman. Si seulement la série abandonnait ce héros sans relief qui passe son temps à errer d'un rendez-vous à l'autre en geignant comme un Caliméro...

11/01/11

Boardwalk Empire


Atlantic City, 1920. On vient de voter la prohibition. La mafia jubile : ça va être une orgie. Le whisky canadien arrive par bateau pour inonder les bars et les casinos clandestins. On coupe n'importe quelle bibine avec de l'eau et du colorant, on colle une fausse étiquette sur la bouteille et c'est la jackpot. Et à Atlantic City, le roi des combines qui rapportent gros, c'est Enoch "Nucky" Thompson, un Irlandais. Tandis que lui s'occupe des finances de la ville (c'est à dire qu'il touche sa part sur tout ce qui se fait d'honnête et de malhonnête), son frère Eli est le chef de la police locale. Nucky fait la pluie et le beau temps, à Atlantic City. C'est lui qui décide qui sera le prochain maire. C'est son royaume. Et quand des petits merdeux d'italiens (dont un certain Al Capone) déboulent comme des chiens fous dans un jeu de quille et essayent de se faire une place au soleil, Nucky est obligé de sévir. Mais quand on est un parrain de la mafia, un emmerde n'attend pas l'autre. Il faut gérer ses maîtresses, gérer l'héritage de son prédécesseur, maintenir les apparences... c'est un travail à plein temps.

Boardwalk Empire, c'est du HBO. C'est donc de la série télé classe avec du budget et des producteurs aux petits oignons (Martin Scorsese et Mark Wahlberg). Mais surtout, c'est Steve Buscemi qui trimbale sa carcasse pour incarner Nucky Thompson. Un mafieux, certes, mais un bonhomme avant tout. Le fils détesté de son père. Le mari hanté par la mort de sa femme et de son bébé. Un politicien de haut vol qui supporte les suffragettes et les Noirs tant qu'ils votent dans le même sens que lui. Pas une raclure sans morale, non, un type prêt à beaucoup de concessions. Comme il le dit si bien "C'est à chaque homme de décider du nombre de péchés qu'il peut commettre."

Alors oui, je me suis vautré complaisamment et avec délectation dans cette histoire mafieuse. Car non, ce n'était pas la première fois, mon père. Les Soprano, Le Parrain, Les Affranchis, Casino, Un flic dans la mafia, The Departed, Il était une fois en Amérique, Les Incorruptibles, La French Connection... J'ai beau être un citoyen honnête qui paye ses impôts à l'heure, je suis fasciné par ces histoires mafieuses. C'est dingue. Il y a un je-ne-sais-quoi de transgressif dans ces vies. Elles sont basées sur des mythes mensongers (comme l'honneur) mais elles savent se mettre en scène.

Il y a peu, à Montréal, est mort assassiné un vieux parrain italien. Abattu dans sa cuisine d'une balle dans la tête par un sniper caché dans des fourrés. Une mort digne d'un film, vraiment, à un tel point qu'on se demande qui inspire qui. Les mafieux ne finissent-ils pas par se caricaturer eux-mêmes en agissant comme à la télé. Mais bon, le vieux parrain n'est plus, et c'est une nouvelle qui a fait la nouvelle pendant des heures et des heures sur les chaînes d'information continue. Un chef d'état aurait été assassiné qu'on ne lui aurait pas accordé plus d'antenne. C'était indécent. Mais le pire, c'était lors de l'enterrement. Les caméras étaient bien évidemment là pour capter l'émotion, juste à côté des flics qui en profitaient pour mettre à jour le who's who mafieux montréalais. Il y avait des curieux qui se pressaient à la messe. Et quand on leur demandait pourquoi ils venaient rendre hommage à un chef de la mafia, ils répondaient : "Quand même, ces gens-là avaient des valeurs..."

Je suis comme ces badauds qui fantasme sur le crime organisé. Je sais au fond de moi que ce sont des assassins, mais depuis que je suis tout petit, on m'a élevé avec cette mythologie. C'est finalement ça, leur véritable tour de force : avoir su transformer le crime en épopée.

10/01/11

Wastburg



Je sais que ce n'est pas classe, mais je-ne-sais-plus-qui disait en substance : "Il ne faut pas chier et manger au même endroit". Et il avait raison.

Hugin & Munin est un lieu convivial où nous essayons d'éviter le placement de produit. Bon, j'ai déjà fait de la retape pour mes nouvelles (2 360 téléchargements à ce jour. Oui madame), mais là, avec Wastburg, j'ai peur de mélanger les genres. Car oui, après avoir dit tant de mal sur la fantasy, j'ai commis mon propre roman de fantasy. Et je vais tenter de le faire éditer. Alors plutôt que de polluer ce blog avec ma mercatique d'amateur, j'ai créé un autre blog pour faire ma promo :


Je vous y expliquerai plus en détails ce qu'est Wastburg, comment on fait pour éditer un livre de fantasy de nos jours et pourquoi on ne trouve ni elfe ni dragon dans mon bouquin. Aussi, à moins que je ne gagne un prix littéraire avec mon roman, vous ne devriez plus (trop) en entendre parler ici bas.

08/01/11

Germinal



Pourquoi lire un bouquin de Zola en 2011 ? Dans mon cas, c'est à cause des 90 ans du Parti communiste français. On s'amuse beaucoup à regarder ce parti moribond agoniser et à parler d'acharnement thérapeuthique. Stalinien même quand c'était une position indéfendable. Georges Marchais et André Lajoinie, les Dupont et Dupond du prolétariat. La fête de l'Huma, un endroit populo-branchouille où les vieux de la vieille se retrouvent pour radoter sur les luttes d'hier. Ils étaient censés rallumer toutes les étoiles du ciel, à la place, ils vendaient du muguet les 1er mai. C'est toujours triste, un naufrage. Et une fin misérable occulte les bons moments. Car le PCF, ce n'est pas seulement Robert Hue qui imite Eddy Mitchell chez Patrick Sébastien. Il y a eu des combats, des avancées sociales, du progrès mesurable. Et Pif Gadget. Et justement, Germinal, ce sont les prémices de cette aspiration au changement.

Étienne Lantier, jeune machiniste ayant perdu sa place pour avoir gifflé un supérieur, erre à la recherche d'un travail. Il trouve un emploi dans une mine de charbon où il va découvrire à la dure à quel point la vie des mineurs est rude. Abus de pouvoir des petits chefs. Sexualité de promiscuité. Conditions de travail épouvantables. Comme Étienne a fait des études et qu'il entretient une correspondance avec un responsable de l’Internationale, il va proposer à ses collègues de mettre en place une caisse de solidarité, en vue de la grève. Parce que ça va péter, c'est certain. La compagnie leur mange de plus en plus la laine sur le dos. Ils crèvent en respirant la poussière de charbon. Les mioches se font écraser quand les tunnels mal entretenus s'écroulent. Le prix du pain ne cesse d'augmenter. Alors, un beau matin, s'en est trop. Ils en ont gros. Étienne est heureux : l'heure de sa révolution est arrivée. Mais est-ce vraiment le bien commun, qui l'intéresse, ou bien faire reluire sa petite gloriole ?

Zola écrit un roman reportage. Le lecteur ne lit pas tant une histoire qu'il découvre un univers qui lui est inconnu. C'est bourré de termes techniques sur la mine, on sent bien que le Mimile, il est allé sur place pour regarder comment la poussière de charbon colle à la sueur des mineurs. Et il n'est pas tendre avec les pauvres, le Zola : au lieu de nous raconter la vie simple des humbles sur l'air de "C'est pas leur faute, ils sont exploités par le patronnat", il se montre assez objectif quand il pose son regard sur cette misère. Et quand il dépeint les patrons, ce n'est pas uniquement pour montrer des accapareurs qui s'engraissent à rien faire. On trouve également des petits patrons paternalistes qui veulent juste rentrer dans leur argent ou bien qui sont obligés de faire plaisir à leurs actionnaires. Et l'Étienne, c'est pas un ange. Dès qu'il a le vent en poupe, il n'hésite pas à profiter de sa petite notoritété pour coucher. Mais surtout, il dit à la plèbe ce qu'elle a bien envie d'entendre. Il promet que l’Internationale va renverser l'ordre mondial en 3 ans. Il ment avec le même aplomb que le curé du coin, il utilise la même réthorique en remplaçant Dieu par Marx.

Par contre, Zola ne semble pas avoir vu Bienvenue chez les Ch'tis parce que ses personnages du nord parle le langage du peuple, mais ça reste très parisien. Il ne fallait sans doute pas effrayer le lectorat bien propre sur lui.

Germinal, ce sont des promesses non tenues. Des lendemains meilleurs. Un monde nouveau. Une nouvelle ère. L'entente entre les peuples. L'égalité entre camarades. Sauf que cette utopie est vendue en oubliant un élément important de l'équation : l'hommerie. Le système politico-économique a beau changer, l'homme reste le même. Avide. Un peu con. Partisan du moindre effort. On a 90 ans d'expérience qui le démontrent. Alors Germinal, ça fait mal. On sait que ça va foirer. Le livre est censé incarner les germes de cette révolution (d'où le titre) alors que nous avons assisté à la mort de cette idéologie.

Mais en dehors de l'aspect purement politique, Germinal reste d'une actualité frappante. Il n'y a qu'à regarder les mineurs chiliens ou lire le récit des catastrophes minières chinoises pour se rendre compte que cette misère-là, elle a juste changé de continent. Les tunnels d'ailleurs sont eux aussi mal étayés. Des gamins grandissent trop vite en se courbant pour ramasser un peu de charbon. C'est juste que ce n'est plus sous nos yeux.

Germinal m'a éclairé sur la raison qui fait qu'avec le temps, les ouvriers ont tourné le dos au PCF pour aller écouter les délires bruns du Front national. Les gens préfèrent croire en des mensonges concrets qu'en des promesses abstraites. Il est plus facile de croire que les musulmans vont violer ma fille que d'aspirer à plus d'harmonie dans les rapports humains. Et j'ai dans l'idée que la Marine Le Pen, des conneries tangibles, elle en a à revendre.

Conclusion : ni dieu, ni Marx, ni Le Pen.

Poke-mi et poke-moi sont sur un bateau...

Oui, je confirme, c'est la meilleure photo que j'ai de moi.
Sur les autres, j'ai encore plus l'air d'un violeur ou d'un clerc de notaire constipé.

Cédric Ferrand

05/01/11

Reign of assassins


Les fêtes de fin d'année, c'est l'occasion de faire une orgie vidéo. Et Reign of assassins est un petit bijou en matière de coups de tatane dans la gueule. Co-réalisé par John Woo, Jianyu raconte l'histoire d'une bande d'assassins (Dark Stone) qui se foutent sur la gueule pour posséder la dépouille d'un vieux moine. La légende raconte que celui qui dispose du macchabée maîtrisera les arts martiaux à la perfection. Or le corps a été coupé en deux morceaux. Les assassins retournent donc chaque pierre de la province et zigouille ceux qui se mettent entre eux et le moine mort. Et paf, la belle et dangereuse Zeng Jing (incarnée par Michelle Yeoh, que l'on connait surtout depuis Tigre et Dragon) essaye de fuir l'organisation des tueurs. Évidemment, il n'y a pas de retraite dorée pour les assassins : ses acolytes lui courent après pour lui faire avaler son bulletin de naissance (qui est rédigé sur des lattes de bambou : ça fait mal).

Les combats de ce film sont hyper-chorégraphiés. Les combattants virevoltent, culbutent et découpent leurs opposants en petits dés. Il y a des bottes secrètes, un type qui se bat avec des lames en feu et des scènes hallucinantes de virtuosité. J'adore quand un type paralyse son adversaire en frappant un endroit précis. Et les combats à l'épée souple donnent des situations très intéressantes du point de vue stratégique (oui, MJ de Qin, je te parle). Bon, il y a une historiette d'amour abracadabrante qui vient malheureusement couper le rythme des combats, c'est fort dommage. Comme si on était là pour le scénario et l'amourette. En plus, franchement, mettre la main sur le cadavre d'un moine pour devenir balaise en kung-fu, c'est pas une intrigue fortiche, même pour du wu xia.

Allez, trêve de blablah, on est là pour voir des cabrioles et de la baston avec des câbles. Bande-annonce :

03/01/11

Going Postal


J'évoquais il y a peu l'adaptation télévisuelle de la BBC, The Colour of Magic, une mise en image des débuts des Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett. Et à cette occasion, vous avez été plusieurs à me dire que Going Postal (Timbré en français), une autre adaptation du cycle, était d'une bien meilleure eau. J'ai donc suivi vos conseils.

Or donc, dans la belle Ankh-Morpork, où se tient ce scénario, deux compagnies d'égale indignité font un nouvel éclat de leur antique hargne. La poste traditionnelle est morte depuis qu'un système ingénieux permet de transmettre du texte avec des signaux lumineux via un réseau de tours. Et ce monopole agace le Patricien, qui condamne un arnaqueur de haut vol à devenir le prochain postier général de la cité. S'il échoue, c'est la corde. Et l'on apprend vite que si la poste est tombée en désuétude, c'est que les 5 précédents postiers généraux sont morts dans d'étranges circonstances. Ça joue dure dans le domaine concurrentiel de l'information.

Je ne sais pas si c'est le fait que je sois un fils de facteur et un philatéliste repenti, mais j'ai adoré l'intrigue de ce Going Postal. Car sous le prétexte de raconter des imbécillités sur le courrier, Pratchett se moque allègrement de nos habitudes modernes de communicateurs frénétiques. La course à la technologie et le marketing sont dénoncés à grand renfort de situations cocasses et de bons mots comme nous sommes en droit de l'attendre de la part de Pratchett. On se moque gentiment des collectionneurs de tout poil, on parle syndicalisme sous le couvert de parler de droit du travail chez les golems, c'est bourré de bonnes idées.

MAIS

Regardez bien l'affiche du film. Matez les costumes. Oukilé mon Disque-Monde médiéval en diable ? Depuis quand on porte le haut-de-forme à Ankh-Morpork ? Ce n'est pas du tout l'idée que je me fais de cet univers. Ankh-Morpork, c'est la cité de Cohen le Barbare et de Planteur J.-M.-T.-L.-G., ce n'est pas une sorte de Londres trop propret. Je sais que le Disque-Monde, contrairement à beaucoup d'univers fantasy, évolue et connait des révolutions, mais là, c'est un tout autre univers que celui que j'ai lu. Et les rares fois où des éléments plus classiques des Annales apparaissent (comme l'archichancelier ou la banshee), la juxtaposition des deux ambiances ne tient pas debout. Surtout que tout ce qui fait le charme du Disque-Monde est ici mis de côté. En fait, c'est une histoire qui pourrait très bien se passer ailleurs, elle n'a pas besoin du Disque-Monde pour exister. J'adore le steampunk, hein, c'est pas le problème, mais il n'est pas miscible avec Ankh-Morpork, à mon sens.

Ça reste un long téléfilm de 3h (là encore, comme pour le premier, il y a moyen de dégraisser le mammouth pour faire rentrer en 2 bonnes heures) avec bien plus de moyens techniques que dans The Colour of Magic mais il y a pour moi un net problème de costume et de décor.