29/12/10

Warbreaker


Pour celles et ceux qui auraient louper le billet de Philippe à propos de Warbreaker, je vous la fait courte : Brandon Sanderson a écrit son bouquin en rendant publiques les différentes versions de travail du livre. À moins de n'avoir particulièrement rien à faire de sa vie, comparer les différentes versions est insipide. Mais Sanderson a eu une idée sympathique : il a également rendu disponible en téléchargement la version finale (celle de l'éditeur) du roman. C'est ce PDF final que j'ai lu.... à reculons. Parce que Philippe avait beau être enthousiaste, les 4e de couverture de Sanderson me faisaient autant rêver qu'un bulletin météo sur France 3 Nord-Pas-de-Calais.

Ce qui est admirable chez cet homme (je parle de Sanderson, pas de Philippe. Ce dernier est occupé à mettre un point final à son mémoire intitulé "Tautologies et truismes dans l'institution oratoire de l'arrière-pays meudonnais entre 1632 et 1714"), c'est son approche technique de la magie. Il invente un système de magie (dans le cas présent, une histoire de Souffles qui sont transférables d'un être à l'autre) puis en fait découler fort logiquement un décor qui met en scène les particularités de son système. C'est une approche très soigneuse, très rôlistique. Un personnage qui obtient X Souffles atteint tel niveau de pouvoir qui lui permet précisément de déclencher tel pouvoir. C'est tellement précis qu'on a plus l'impression de lire un livre de règles novélisé qu'un roman. Mais bon, Sanderson n'écrit pas pour la ménagère esseulée, il sait précisément qui est son public-cible : les rôlistes à poil dure. Il a tellement l'amour des systèmes bien foutus qu'il va même jusqu'à offrir en annexes les règles exactes de son système de magie. Si bien que l'on termine son livre et que l'on peut pratiquement se lancer dans une partie de jeu de rôles. Presque, parce que ce n'est pas un système de jeu complet, c'est juste une explication chiffrée de la magie.

Et l'histoire ? Oh, un truc simple : deux royaumes qui menacent d'en venir aux mains. L'un (d'inspiration protestante façon "Toute ostentation est mauvaise") a promis à son voisin (une théocratie où certains hommes ressuscitent pour devenir des dieux temporaires) d'envoyer une princesse pour respecter un vieux pacte. Le roi n'envoie pas la bonne princesse, ce qui va entraîner un mic-mac politique avec toujours l'idée d'une guerre qui pèse comme une épée de Damoclès. En fait, le récit met de l'avant une princesse un peu gourdasse mais énergique qui va apprendre à la dure ce qu'est la géopolitique en débarquant dans un royaume qu'elle a appris à détester depuis toujours. On suit également sa frangine, celle qui devait se marier au Roi-Dieu voisin, qui se lance à corps perdu dans une tentative de sauvetage de sa petite soeur. Accessoirement, on regarde aller un personnage solitaire qui bidouille de la magie et manie une épée intelligente. Ah oui, le récit met aussi en scène un dieu local qui passe son temps à jouer au con. Ils se croisent bien évidemment tous à mesure que l'intrigue avance jusqu'au happy end prévisible.

Disons que Sanderson est plus doué avec les systèmes de magie que pour raconter les histoires. Je suis arrivé malgré tout à m'intéresser à la perte de l'innocence de la jeune princesse plongée dans un système de valeurs qui lui est étranger. Les vicissitudes de sa grande soeur m'ont laissé de glace. Le dieu qui cache son jeu sous des dehors de crétins nihilistes était plaisant à suivre. Le mystérieux magicien avec l'épée qui parle, par contre, j'ai détesté. Surtout qu'il sert finalement à boucler l'histoire d'une manière très grossière. Le bouquin met progressivement la table pour raconter le conflit entre les deux royaumes, pour expliquer comment fonctionne la théocratie. C'est pas extraordinaire, mais ça allait. Sauf qu'à la fin, l'histoire s'accélère à la va-vite pour bâcler le final en deux coups de cuillère à pot. C'est frustrant. Sanderson est un peu un éjaculateur précoce, d'un point de vue littéraire. On commence à peine à se mettre dans le bain que lui termine sa petite affaire dans son coin sans se soucier de son partenaire.

Bon, pendant que j'y suis, je vais y aller d'une remarque plus générale : les apostrophes dans les noms fantasy. C'est nul. Pire, c'est un tue-l'amour. Moi des noms de bled comme T'Telir, ça me fait décrocher. Et comme en plus l'auteur ne décrit pas du tout la cité en question (alors que toute l'histoire se déroule en ses murs), ça donne vraiment l'impression que ce sont des décors de carton-pâte, des noms créés en tapant au pif sur son clavier puis jetés au hasard sur une carte moche dessinée par le petit frère d'un cousin spécialisé dans le Crayola.

Vais-je lire d'autres livres de Brandon Sanderson ? Oui (s'ils sont eux aussi gratuits), car c'est un bon technicien. Il a de bonnes idées fantasy (comme son jeu avec les couleurs, qui est simple mais très efficace). Un bon coup d'un soir, quoi. Mais comme il a le lyrisme d'un fonctionnaire de sous-préfecture, il me donne l'impression d'être un Auguste Maquet qui n'a pas rencontré son Alexandre Dumas. Ce n'est pas pour rien qu'il a pris la suite de Robert Jordan sur la Roue du Temps : c'est un bon élève qui peut imiter le style du maître.

Vous trouverez plus d'indulgence chez Gromovar.

27/12/10

L'autre Dumas


Je ne connaissais pas le fond historique du film L'autre Dumas avant de le visionner. Il appert qu'Alexandre Dumas, le père, s'est beaucoup fait aider pour écrire ses romans à feuilleton. Quand je dis "beaucoup aider", c'est un euphémisme : son coauteur Auguste Maquet faisait tout le sale boulot tandis que Dumas pavoisait dans les salons. Un peu comme ces grands maîtres de la peinture qui faisaient faire le gros du travail par des élèves doués avant d'y ajouter une touche de génie et la signature qui fait vendre. L'autre Dumas raconte précisément la période de l'écriture des trois premiers chapitres du Vicomte de Bragelonne. À la suite d'un imbroglio, Maquet se fait passer pour Dumas afin de séduire une jeune beauté venue quérir un appui politique pour faire libérer son anarchiste de père.

La relation Maquet/Dumas n'est pas une histoire de nègre, c'est bien plus que cela. Dumas délègue la sale besogne mais se sert également de Maquet comme d'un spectateur permanent de son petit théâtre vaniteux. Dumas jouit d'autant plus de son statut d'Auteur que Maquet mène une petite vie bien sage de monarchiste peureux. Maquet n'a pas de place pour exister, Dumas bouffe tout l'oxygène autour de lui. En même temps, on a du mal à croire que seul, Maquet aurait été capable de flamboyance. Dumas est insupportable de suffisance, bouffi de gloriole, déconnecté des réalités sociales de son temps, mais en même temps, les rares fois où il met le groin dans le manuscrit, c'est pour le magnifier.

Gérard Depardieu en Dumas, ça fonctionne. Il ripaille, trousse des ribaudes et plastronne à qui mieux-mieux : Gégé a vraiment la gueule de l'emploi. On sent bien qu'il n'a pas à se forcer beaucoup pour incarner un type insupportable d'égocentrisme qui mène sa barque sans se soucier de son entourage. Par contre, Benoît Poelvoorde en Maquet, c'est un vrai contre-emploi réussi. Il est tout en retenu alors qu'habituellement il cabotine et accapare la caméra. C'est une superbe prestation qui me réconcilie avec Poelvoorde. Les rôles féminins ne sont pas en reste, qui plus est.

Pour aller plus loin, la page Wikipédia d'Auguste Maquet narre des anecdotes supplémentaires sur la paternité méconnue de Maquet, c'est saisissant. Pauvre bonhomme.

Bon, loin de moi de nous comparer à ce duo, mais j'ai beaucoup penser à mon colocataire Philippe en regardant L'autre Dumas. Dans une autre vie, il nous est arrivé de cosigner des textes (je ne désespère pas de remettre ça, au passage), et je suis heureux de notre relation bien plus séquilibrée que celle de Dumas et Maquet. J'ai d'ailleurs relu des scénarios écrits à 2 claviers et j'ai été incapable de déterminer lequel de nous deux avait eu les bonnes idées et les bonnes manières de les exprimer. J'en suis fier.

22/12/10

Le livre numérique dont vous êtes le héros

Tiens, tiens, tiens. Dusk World est un livre interactif sur Kindle où le lecteur peut influer le déroulement de l'histoire en faisant des choix à des embranchements de l'intrigue. Ça ne vous rappelle rien ? Ben oui, un LDVELH à l'ancienne. Comme quoi, plus ça change, plus c'est la même chose. Mais j'aime bien le principe.


21/12/10

The Colour of Magic


Je sais, je suis en retard, The Colour of Magic est sorti en 2008. Mais j'avais de gros a priori sur une adaptation télévisée du Disque-Monde. C'était pour moi mission impossible. L'humour de Pratchett est en grande partie basé sur les commentaires digressifs du narrateur, c'est assez peu traduisible en images. Surtout que production télévisée = budget rikiki = effets spéciaux du pauvre. Une adaptation bancale avec des fans costumés comme dans un grandeur-nature devant des écrans verts, ce n'était pas respecter la verve du Pratchett. Alors j'ai attendu que ça se décante.

Pour ajouter à mon idées très arrêtés, je dois confesser que La huitième couleur et Le huitième sortilège (qui composent la trame principale de ce film) ne sont pas mes romans préférés dans le cycle. À mon sens, Pratchett était encore au stade de la parodie, ce n'est que par la suite que son univers est devenu génial. DeuxFleurs, les dragons du Wyrmberg... Bof. Mais bon, il faut bien commencer à raconter une histoire par son début, alors The Colour of Magic suit un chemin connu de tous : Rincevent (l'acteur David Jason compose un mage trouillard de première) se fait jeter en dehors de l'Université Invisible car après 40 ans d'études magiques, il ne sait toujours pas lancer un sortilège. Il croise DeuxFleurs (Sean Astin, le Sam du Seigneur des Anneaux), qui débarque d'un pays lointain et veut visiter l'authentique Ankh-Morpork. À partir de là : combat, fuite, embrouilles, fuite, magouilles et fuite.

Je dois avouer que j'avais tort : l'informatique et un bon accessoiriste permettent effectivement de rendre un semblant d'imagerie pratchettienne. Ce n'est pas une immersion totale, mais c'est correct pour de la télévision. Les puristes hurleront au sacrilège, mais il est difficile de filmer un fleuve qui ne coule pas vraiment. On retrouve le bibliothécaire, la lutte implacable de ces fourbasses de mages qui veulent devenir archichancelier, Cohen le barbare, le Baguage, la Mort (même si elle n'est pas très réussie, malgré la voix de Christopher Lee), le Patricien (Jeremy Irons, quand même, il assure)... Tout est là. Et quelque part, c'est bien ça le problème : tout est là. Au lieu de faire un bon film de 1h30, ils ont pondu deux films de 1h30. Et fatalement, après une première moitié où l'on découvre l'univers et les personnages, la seconde partie est interminable. Il y avait de quoi faire un bon film tonique de 2h au lieu de 3h mollassonnes. Couper dans le gras. Virer les passages anecdotiques comme les dragons du Wyrmberg (je vous ai déjà dit que je n'aimais pas ce passage ?) et le délire dans l'espace qui vient heurter mon sens of disbelief. En l'état, l'histoire est tellement étirée que je me suis endormi comme une sombre merde.

Je suis si agréablement surpris par le résultat que je suis prêt à regarder les deux autres adaptations télévisuelles : Hogfather (le père Porcher) et Going postal. Ce n'est certes que de la télévision, mais c'est fait avec amour et passion. Et le résultat est charmant. Malgré les écrans verts un peu grossiers par moment. Malgré les décors extérieurs un peu pauvrets. Malgré des moyens de production limités.

La bande-annonce, pour se faire une idée :

17/12/10

Boxee Box



Askiparé, Noël approche. J'en profite donc pour vous parler du cadeau que je me suis fait en avance : la Boxee Box. Des fois que vous ayez besoin d'idées-cadeau si vous connaissez un Cédric.

J'avais la télévision câblée. Plus de 50 chaînes autant canadiennes qu'américaines. Du choix à gogo. Une overdose de chaînes spécialisées. Mais malgré la puissance du débit de ce robinet à images, il arrivait très fréquemment que je finisse par me dire "Il n'y a rien de bien à la télé". Vous savez ce que c'est : on s'abonne à une chaîne appelée Historia, et au final on se rend compte qu'elle diffuse plus souvent des émissions avec des recettes de cuisine ou des spécialistes de la rénovation que de vraies émissions historiques. Et puis s'asseoir tous les mercredis soirs à 19h00 pour regarder mon émission favorite, trop peu pour moi.

J'ai donc appelé mon câblo-distributeur pour réduire mon abonnement au strict minimum. C'est la croix et la bannière pour obtenir gain de cause, mais si vous insistez vraiment en menaçant plusieurs fois de partir chez la concurrence ou bien d'appeler une association de défense des consommateurs, votre câblo-distributeur finit quand même par vous donner ce que vous désirez (dans mon cas, c'est d'avoir le service de base, à savoir la poignée de chaînes nationales et TV5 Monde pour rire un peu en regardant le journal de France 2 quand ils montrent Paris paralysé par deux flocons de neige). Et ensuite, j'ai branché ma Boxee Box. Ta daam.

Qu'est-ce ? C'est un média-center. Reliée à mon écran de télévision et branchée sur mon réseau wifi, la Boxee Box me permet de lire sur ma télévision les fichiers vidéos et audios qui stagnent mollement sur le disque-dur de mon ordinateur. Oui, j'ai des divx. Même pas honte. C'est le seul moyen que j'ai de suivre des séries de la BBC, d'obtenir des versions sous-titrées de certaines séries américaines ou de simplement regarder la sex-tape de Mimi Mathy. Mais en plus, la Boxee Box permet de surfer sur le web. Je peux aller sur Youtube pour regarder le clip de Ricci e Poveri. Je peux également aller sur www.tout.tv et regarder légalement un paquet d'émissions québécoises. La Boxee Box dispose de petits raccourcis qui me permettent en quelques clics d'aller directement sur les émissions du Daily Show de Jon Stewart. Accessoirement, je peux aussi écouter mes MP3 de la Compagnie Créole et regarder les photos scannées de mes vacances à la Bourboule en 92, mais ça c'est gadget.

Alors oui, ce n'est qu'un média-center, les linuxo-marxistes ou les possesseurs de xBox vous diront qu'ils pouvaient déjà faire tout ça sur leur télé depuis des lustres. Sans doute. Mais moi je n'ai pas de xBox et je ne veux pas fabriquer moi-même mon média-center en récupérant une carte-mère dans une brocante. La boite est design, mais surtout il y a une télécommande pratique qui dispose d'un clavier. Je peux rapidement entrer une URL sans bouger mon gros cul du canapé. Si j'étais à la mode et que je disposais d'un iPhone, je pourrais même utiliser mon téléphone à la place de la télécommande.


Des défauts ? Oui madame. Des fois, quand je mets un film sur pause et que l'économiseur d'écran s'active, la bécane plante. J'ai appris à enlever l'option de l'économiseur d'écran pour remédier à ça. Mais surtout, malgré les promesses des petits gars de Boxee Box, l'application Netflix n'est toujours pas disponible sur la machine. Netflix, c'est un service qui propose pour 8$ par mois de regarder en ligne autant de films et de séries que l'on souhaite. C'est con, mais je suis prêt à payer cette menue monnaie mensuelle et diminuer mes téléchargements illégaux. Mais pour le moment, Netflix n'est pas disponible au Canada via la Boxee Box.

Évidemment, un truc comme ça, ça consomme niveau bande-passante et download. Mais c'est diablement pratique. Depuis qu'elle est apparue dans notre salon, la Boxee Box nous a permis de diminuer la consommation passive de télé. On n'attend plus qu'ils daignent diffuser quelque chose d'intéressant dans la lucarne, on le cherche et le trouve.

15/12/10

eMagie

Dans un précédent billet, je faisais un parallèle entre la magie en fantasy et les religions du Livre. Grimoire/bible. Langue magique/langue pré-babylonienne. Magie/Verbe. Or, je pense qu'il est possible de dépasser cette vision biblique de la magie qui traine ses clichés dans la fantasy depuis des lustres. Je ne sais pas, prenons un autre référentiel plus moderne. Au hasard, l'informatique.

La magie perçue comme une sorte de cheatcode de jeu vidéo, ce n'est pas nouveau. Les sortilèges sont des lignes de code qu'il faut exécuter. Les rituels sont des logiciels. Mais si on regarde l'évolution de l'informatique sur quelques dizaines d'années, que remarquons-nous ? Qu'il existe des dizaines et des dizaines de languges différents. Alors, comment expliquer que la magie de la fantasy, qui existe souvent depuis des siècles, s'exprime toujours en une seule langue ? Il devrait logiquement avoir un large éventail d'approches magiques, non ? L'équivalent du Basic pour que les enfants doués puissent balbutier de la magie ludique. Des langages spécialisés pour des domaines magiques plus complexes. On ne peut pas pratiquer la nécromancie avec le même langage que l'illusion.

On connait les écrits de Sun Tzu sur l'Art de la guerre, mais aussi les commentaires additifs que ses élèves et successeurs ont laissé sur l'oeuvre. Chacun analysait, critiquait, précisait la pensée du maître. C'était des ouvrages qui évoluaient avec des notes de bas de page. Les bons programmeurs font de même avec leur code : ils commentent. Ils expliquent leurs choix pour que si quelqu'un d'autre vient trifouiller le code, il soit en mesure de comprendre à quoi sert telle routine ou telle variable. Un grimoire de magie ne devrait donc pas être un manuel d'instruction parfait mais au contraire un livre couvert de remarques écrites dans la marge. Des raccourcis trouvés par un élève doué ("Ça marche encore mieux si on remplace le sang de vierge par le sang d'un chat albinos"), des critiques acerbes de confrères jaloux, des interrogations signés par des gens qui ne comprennent pas comment ça fonctionne. Oui, des sortes de commentaires de blog, mais écrit à même le grimoire. Recopier les sortilèges du grimoire de son magister sans recopier les commentaires utiles, c'est faire un travail de saguoin et obtenir un grimoire incomplet.

D'ailleurs, vous y croyez, vous, au grimoire lisible par le premier venu ? Ça doit être codé, ces trucs-là. Comme un fichier, oui. Les magiciens écrivaient à l'envers, permutaient des lettres ou bien avait un alphabet à eux. C'est un milieu concurrentiel, la magie. Tu ne travailles pas des années sur un rituel complexe pour permettre à un confrère de copier ton processus. Tu protèges ton travail. À moins que tu sois le genre à penser que la magie, ça doit circuler librement. Que tu échanges équitablement tes sortilèges avec tes collègues. Mais à mon avis, ce n'est pas dans l'intérêt de ta corporation. La magie, c'est un monopole. Tu brevettes tes découvertes et tu t'empresses de leur donner ton nom. C'est pas un sort de lévitation, c'est la Haute Ascension de Léogald (tm et C).

Les parchemins prêt-à-invoquer, ces sont des auto-extractables, non ?

Dans Donjons & Dragons, ce n'est pas pour rien que les prêtres n'ont pas de grimoire et qu'ils se contentent de prier pour avoir accès à la magie. C'est de la dématérialisation. Du wi-gri (without grimoire). De la magie in the cloud.

Sujet de la prochaine causerie : Julian Assange, premier vrai héros du cyberpunk ?

13/12/10

Okko


Okko est une série de BD qui se déroule dans un monde appelé Pajan. Pajan n'est pas Rokugan. Rokugan n'est pas le Japon. Alors qu'est Pajan ? C'est une terre japonisante où des clans de samouraïs guerroient. Okko est lui un ronin qui dirige une équipe d'aventuriers composé d'un immense guerrier dont le visage est en permanence couvert d'un masque de samouraï représentant un démon, d'un moine alcoolique faisant penser à un équivalent asiatique de frère Tuck et d'un gamin qui va apprendre à la dure la vie de grand chemin. Ensemble, ils mènent des enquêtes qui nécessitent souvent de dégainer son katana ou d'invoquer la magie des kamis. Le combat final implique toujours un démon.

Bref, raconté comme ça, Okko ressemble sacrément à des aventures de jeu de rôles mises en cases. Ce qui n'est pas un défaut en soi. C'est un agréable plongeon dans mes souvenirs de partie du Livre des 5 Anneaux, car ce que raconte Hub dans sa BD est une synthèse de ce qui faisait le sel de nos scénarios. Un peu de diplomatie, un brin d'enquête et des combats à coup de tetsubo. Et il faut avouer que le dessin est magnifique et très évocateur de ces paysages lointains. C'est un régal pour les yeux. Bon, Hub n'est pas manchot, il a été designer pour le cinéma (sur Le 5e élément notamment). Cliquez pour agrandir.


Là où ça pêche un peu, c'est au niveau du scénario. Normal, c'est des intrigues de jeu de rôles. C'est rigolo à jouer mais pas nécessairement intéressant à raconter à l'écrit. Dans le premier cycle (celui de l'eau), c'est la recherche d'une prostituée kidnappée par des pirates qui débouche sur la rencontre avec un clan inquiétant. Ça fonctionne pas mal. Mais le second cycle (la terre) est un interminable voyage sur une montagne sacrée, et j'ai perdu le regard sympathique que j'avais eu sur le premier opus. Ça tourne en rond, littéralement. Mais surtout, pour bien montrer qu'il ne copie pas Rokugan, l'univers de jeu de rôles, Hub se sent obligé de donner des détails sur son propre univers, de raconter l'historique de Pajan. Et là ce n'est pas intéressant du tout quand il essaye de se justifier. D'autant qu'il utilise par moment des espèces de marionnettes/robots qui déteignent fortement avec le reste de l'ambiance.

Je lirai volontiers le cycle suivant (l'air) quand il sortira en version américaine (qui regroupe les deux volumes d'un cycle en un) mais je ne trépigne pas non plus d'impatience.

10/12/10

La Soupe


C'est une courte nouvelle. Mais elle n'en est pas moins vraie.

La couverture est de Patrice Larcenet, comme d'hab'.

05/12/10

Les Lames du Cardinal


Cédric de 14 ans : Franchement, c'est génial. C'est l'histoire d'une bande de mousquetaires qui travaillent pour le cardinal de Richelieu. Il y a des complots, des duels et des répliques qui tuent. Mais surtout, il y a des dragons !

Cédric de 34 ans : Ah oui, des dragons ?

Cédric de 14 ans : Exactement. Il y a des dragons noirs qui veulent la chute de la France, des dracs qui servent d'hommes de mains pour les combats des méchants, des dragonnets qui font des familiers de première, une maladie qui s'appelle la rance et qui frappent les hommes qui vivent trop longtemps au contact des dragons, de la draconite qui permet d'annuler les pouvoirs des dragons...

Cédric de 34 ans : Waow, ce n'est donc pas juste une resucée de DragonLance, ça puise aussi dans Superman...

Cédric de 14 ans : Et les héros, c'est des durs de durs. Ils forment les Lames du Cardinal, un groupe secret qui reçoit des missions. Il y a un maître d'armes espagnol, un Gascon dragueur et joueur, une jeune noble qui couche facilement même si c'est une ancienne nonne, mais surtout, surtout, il y a un sang-mêlé dragon/humain qui cartonne tout ce qui bouge. Une vraie brutasse de combat...

Cédric de 34 ans : Attends, c'est quoi le truc de la nonne ?

Cédric de 14 ans : Ah ouais, ça aussi, c'est cool. Avant, elle appartenait à un ordre religieux avec des bonnes soeurs qui luttent contre les dragons. Les louves, qu'elles s'appellent. Leur QG c'est le mont St-Michel.

Cédric de 34 ans : Ah ouais, donc c'est un peu comme les soeurs de Sigmar dans Warhammer, non ?

Cédric de 14 ans : Peut-être, mais ça dépote. Je t'ai dit qu'il y avait de la magie, aussi ? Des rituels où les méchants invoquent des dragons, mais heureusement, les Lames du Cardinal arrivent toujours à la dernière minute pour tout péter. Sauf que des fois, ben y'a une Lame qui doit se sacrifier pour le reste de l'équipe.

Cédric de 34 ans : Et le style de l'auteur, tu trouves ça comment ?

Cédric de 14 ans : Ben, il écrit vieux mais moderne. Tu vois, au lieu de dire "Aujourd'hui", il dit "Ce jourd'hui". Et les héros, ils "portent beau" au lieu d'être bien sapés. C'est comme du Dumas, mais que je comprends.

Cédric de 34 ans : Et tu as aimé sa description de Paris ?

Cédric de 14 ans : J'ai A-DO-RÉ. Il a toujours une anecdote sur le nom d'une porte ou pourquoi telle rue s'appelle machin-chose. On s'y croirait.


Cédric de 34 ans : Mais ça ne t'as pas gêné que la magie n'ait pas d'impact sur l'univers ? Si l'Espagne est le refuge de dragons capables de foutre Paris à feu et à sang, pourquoi est-ce qu'elle n'a pas envahi son voisin une bonne fois pour toute ? Tu ne crois pas que si la magie existait pour de vrai et qu'il y avait des dragons en Europe, l'Histoire serait chamboulée un peu plus que ça ? L'uchronie, ce n'est pas juste mélanger des trucs cools comme des mousquetaires avec des dragons.

Cédric de 14 ans : Uchro quoi ?

Cédric de 34 ans : Pareil, tu trouves ça logique que les lettres secrètes soient encore transportées à cheval, que ça prenne des jours pour qu'elles voyagent, alors que par ailleurs il y a des wyvernes qui peuvent voler beaucoup plus rapidement sans se faire chopper par la première embuscade venue ?

Cédric de 14 ans : Ben moi, ça m'a pas frappé.

Cédric de 34 ans : Et les personnages, tu as remarqué comme c'était des coquilles vides ? Ils ont une ou deux caractéristiques marquantes, mais ils n'existent pas vraiment. Tu ne sais rien d'eux à part ce dont l'auteur a besoin pour faire avancer son intrigue.

Cédric de 14 ans : Mais on s'en fout, ce qui compte c'est comment ils réussissent leur mission.

Cédric de 34 ans : Ben moi, je ne m'en fous pas. Tu verras, avec le temps, les dragons c'est comme le fluo : ça te passera. Quand tu les croiseras dans des bouquins, ça sera aussi intéressant que quand tu entends la rime "amour/toujours" dans une chanson.

Cédric de 14 ans : Quoi ? Amour ?

Cédric de 34 ans : Laisse tomber...

Cédric de 14 ans : Moi, ce que je comprends pas, c'est que si ces trois bouquins sont si nuls que tu le prétends, pourquoi est-ce que tu les as lus d'une traite en une semaine ?

Cédric de 34 ans : Ah, ça, heu... C'est pour toi que je les ai lus. Pour te faire plaisir... Mais ne va pas croire que j'y ai pris mon pied.

Cédric de 14 ans : Vous avez l'air un peu coincés du cul, les gars de 34 ans.

Cédric de 34 ans : Oh, si j'étais toi, j'éviterai d'aller sur ce terrain glissant. Parce que toi, tu devrais un peu moins lire et t'intéresser un peu plus aux filles, si tu vois ce que je veux dire. Et au fait, écouter la BO du Grand Bleu en boucle, c'est naze.

04/12/10

Little Big Soldier


Ce court billet pour braquer le projecteur sur Little Big Soldier, un film avec des Chinois qui se tapent dessus et sautent de partout. Jackie Chan y incarne un soldat poltron qui fait semblant de mourir pendant un combat. Mais à son réveil, il est le seul survivant, en plus du général adverse. Il décide donc de le capturer car la récompense est de 5 acres de terre et surtout, une exemption permanente de faire la guerre. Évidemment, ramener le général ennemi vivant est bien plus facile à dire qu'à faire.

Pourquoi ce coup de chapeau ? Jackie Chan joue un paysan débrouillard dont les techniques de combat sont plus axées sur l'esquive et le subterfuge que sur l'art subtil de tataner son prochain. C'est un personnage profondément humain et bien évidemment rigolo. C'est assez rare de voir dans la production cinématographique chinoise des héros qui ne soient pas des apologies vivantes de la guerre. Sous des dehors bellicistes, le film se moque de la conquête féroce provoquée par la réunification dirigée par le Qin sur les autres royaumes. On est loin de la réécriture historique qui caresse Pékin dans le sens du poil.

Accessoirement, c'est le 99e film de Jackie Chan. Et le bonhomme bondit encore comme un cabri atteint de la danse de St-Guy.

Allez hop, bande-annonce. Vous y verrez comment on peut transformer un boeuf d'eau en machine de combat.

01/12/10

J'étais garde du corps d'Hitler


Ce n'est pas un livre que j'ai acheté, c'est un livre laissé chez moi par un visiteur de passage. Il n'avait pas sa place dans la PàL, il traînait à part, condamné par avance. Le titre racoleur, la couverture qui tapine dans les plus bas instincts historiques. Il est pourtant arrivé à se faire lire.

Rochus Misch est un jeune orphelin devenu apprenti peintre quand la guerre éclate. Il sert sous les drapeaux comme il se doit et prend rapidement une balle dans la poitrine. À la sortie de sa convalescence, on le transfert à la chancellerie dans un commando chargé de protéger Hitler. Jusqu'à la fin du régime, Misch va donc être le témoin direct de la vie de la garde rapprochée d'Hitler.

J'étais garde du corps d'Hitler. Avec un titre pareil, on s'attend à une vie incroyable. Des complots stoppés à la dernière minute. Des tentatives d'empoisonnement avortées. Pas du tout. Misch est en vérité plus un facteur/téléphoniste qu'un vrai garde du corps. Son emploi est surtout administratif. Quand une bombe explose dans le bunker d'Hitler, Misch n'est même pas là. C'est au contraire de ce que laisse penser la couverture une petite vie de fonctionnaire. Misch liste les petits tâches de la chancellerie. Porter un cadeau de Noël à telle actrice. Apporter des messages à Hitler. Assurer les liaisons téléphoniques quand tout ce petit monde part dans un autre QG. C'est finalement un travail aussi passionnant que celui de commis adjoint au sous-secrétaire de la cour des comptes.

Ce sont les derniers jours d'Hitler et de son entourage qui sont les plus intéressants. Une sorte de redite du film La Chute (que Misch qualifie de drame d'opérette tant le film exagère sur l'ambiance régnant dans le bunker). Mais pour le reste, ce sont des souvenirs évasifs d'un vieux monsieur qui a la mémoire courte. Car à l'entendre, il ne savait rien. Oh non. Lui ne lisait pas les messages qu'il transmettait, il se contentait de les porter à Hitler. D'ailleurs il insiste bien : il n'a jamais lu Mein Kampf, n'a jamais été membre du parti nazi et a été même marié toute sa vie à une militante de la social-démocratie. Il ne savait rien des camps de concentration, évidemment. Il n'était qu'un simple soldat un peu con-con qui voulait faire son travail le plus correctement possible et avoir la reconnaissance de son patron. D'ailleurs, Misch n'a aucun regret et ne connait pas la culpabilité. C'est vrai, quoi, il faisait son devoir. Il estime avoir payé son ardoise quand il est passé dans les mains des bourreaux de la Lubyanka (c'est vrai que ça solde pas mal les comptes).

Je sais, c'est facile d'avoir le cul posé dans son année 2010 bien moelleuse et de fustiger la moralité d'un soldat peut être naïf. Sans doute était-il vraiment dépassé par ce qui l’entourait. Et c'est vrai qu'au final, il n'est coupable de rien. Il n'a fait déporter personne. Il n'a même jamais tiré un coup de feu de toute la guerre. Il était juste un rouage inconscient de cette saloperie de système. D'accord. Tiens, voilà mon pardon, pour ce qu'il vaut. Mais alors pourquoi éditer ces mémoires ? Elles n'apportent rien historiquement (je suis loin d'être un spécialiste de la période, mais je n'ai pourtant rien appris de neuf), elles sont floues, parfois erronées. Il n'a aucun recul sur ce qu'il a vu, il n'analyse rien. Il annone les détails sans importance. Il se caractérise même par une totale absence de conscience politique, il ne comprend par ce qui l’entoure. Son témoignage prend de la valeur parce qu'il est le dernier témoin vivant de tout ce merdier, mais en toute franchise, ses souvenirs ne sont pas significatifs. Ce n'est qu'un coup éditorial. Une petite crapulerie qui fait vendre du papier en obligeant Clio à faire le trottoir. Car je doute que Mish ait souhaité de lui-même témoigner. On sent qu'un journaliste (celui qui préface le bouquin) est allé lui soutirer des entretiens histoire d'en tirer un jus qui tache.