26/10/11

Tim Powers - Itinéraires nocturnes


Cédric et moi (surtout moi !) sommes de grands fans de Tim Powers, dont la vision du fantastique est toujours surprenante. Nous avions déjà parlé, sur Hugin & Munin, de Poker d'âmes, des Puissances de l'invisible, et de A deux pas du néant [1]. Bien que les nouvelles ne soient pas mon genre littéraire favori [2], je me préparais donc avec gourmandise à lire ce recueil. 

Je me relis : j'ai écrit plus haut "toujours surprenante" ? Je corrige : "Tim Powers, dont les romans de fantastique sont toujours surprenants". Car ses nouvelles sont autrement plus homogènes. Dans Bifrost n°50, on pouvait lire : "Je ne peux toujours pas imaginer une histoire sans y inclure quelque chose du genre fantôme ou machine temporelle". Les nouvelles fonctionnent donc à partir des mêmes ingrédients : fantôme et/ou voyage dans le temps + mysticisme et/ou religion + Californie.

L'ensemble pourrait sembler monotone si Tim Powers n'était pas passé maître dans l'imprégnation du quotidien par le fantastique. Pas un fantastique spectaculaire à la King, façon clown cannibale ou dôme magique, mais un fantastique banal de supermarché fait de new age californien, de chaos magick, de superstition et de rituels compulsifs. Un fantastique proposant un léger décalage de la réalité, comme celui provoqué par des lunettes mal ajustées. Les fantômes ne sont pas des draps blancs agitant des chaînes ou des zombies suceurs de cerveaux, mais des souvenirs évanescents, un téléphone débranché qui sonne dans une pièce vide... La nostalgie, le regret, les remords, sont leurs motivations : nostalgie du jardin en friche où l'on jouait enfant, regrets des choses jamais dites, remords des fautes et des crimes. C'est d'ailleurs dans la contrition et le pardon que l'on retrouve les racines chrétiennes de l'auteur, très explicitement mises en scène.

Les nouvelles de Powers, écrites seul ou avec son ami Blaylock, sont très proches des romans de la trilogie "Lignes de faille" (ou "Californie occulte") : le lecteur de Poker d'âmes et Date d'expiration y retrouvera des fantômes et des obsessions. Il faudra cependant aller au-delà de l'apparence anecdotique des textes pour en découvrir leur richesse, leur construction savante, et leurs juxtapositions audacieuses. Le lecteur pressé continuera sur la highway sans s'arrêter dans ce motel poussiéreux entouré d'orangers desséchés. Celui sensible aux odeurs portés par les vents du désert s'y attardera volontiers.


[1] On parlera du reste un jour aussi : ce serait dommage de passer à côté de Date d'expiration, du Palais du déviant, des Chevaliers de la brune, de Sur des mers plus ignorées, du Poids de son regard, des Cieux découronnés, ou des Pêcheurs du ciel, non ? Peut-être que cette publicité inciterait une collection (Lunes d'encre, au hasard ?) à sortir Earthquake Weather, seul roman inédit de Powers en français, et dernier tome de la trilogie "Lignes de faille".

[2] Le format court est à la fois difficile à maîtriser et rapide à produire. Résultat, une production pléthorique pour une infime proportion de bons textes. Pour un Ted Chiang ou un Jean-Philippe Jaworski (pour parler des derniers excellents que j'ai lus), combien de tâcherons ?



22/10/11

Le Crépuscule d'une idole


J'ai dû un jour aller consulter un freudien. Il était en tous points conforme à l'image qu'on se fait de ces praticiens : barbu, les doigts nicotineux, peu loquace. Vous connaissez tous le rituel : je m'assoie, je parle et lui prend des notes en hochant la tête. Je venais le voir pour une agoraphobie liée à des troubles intestinaux très humiliant. Je touchais le fond et je cherchais des réponses. Les séances se sont enchaînées, mais il n'abordait absolument pas mes peurs viscérales. Tout ce qui l'intéressait, c'était mon historique familial. Après un gros mois de rencontres bihebdomadaires, il a enfin fait une phrase de plus de 10 mots : mon trouble était lié au divorce de mes parents car ce traumatisme avait eu lieu pendant la phase anale de mon développement enfantin. J'avais donc fait une fixation. Mais la bonne nouvelle était que si je prenais conscience de ce phénomène, mes symptômes allaient disparaître. Arriva ce qui devait arriver : mes bouffées d'angoisse continuèrent.

Non seulement cet homme était empêtré dans des concepts viennois qui puaient la naphtaline, mais pendant ce mois perdu, mes peurs avaient eu tout le temps de s'ancrer dans ma psyché. Pris tôt en main par un béhavioriste, mon problème aurait pu être traité rapidement. Mais la "science" freudienne n'a fait qu'aggraver les choses. Au lieu de me faire comprendre le mécanisme mental de la peur d'avoir peur afin de le désarmer et de m'inciter à aller voir un gastro-entérologue pour régler médicalement le problème, je me suis retrouvé avec des explications fumeuses sur un trauma familial purement freudien.

Et justement, Michel Onfray, qui m'avait déjà bien équipé pour comprendre mon athéisme matérialiste, se propose de déboulonner l'affabulation freudienne. Car il y a beaucoup à dire sur Sigmund et ses dogmatiques. Onfray est nietzschéen. Ce n'est pas sale. Ça ne veut pas dire que c'est un nazi nihiliste (on sait bien que les textes qui donnaient l'impression que Nietzsche était un penseur proche des théories d'Hitler sont des faux), mais plutôt qu'il part du principe que toute philosophie est une confession autobiographique de son auteur. Si un philosophe crée un système de pensées, c'est en s'appuyant sur son expérience personnelle, qu'il imagine universelle. Or s'il y bien une maxime qui colle bien à Freud, c'est "Prendre son cas pour une généralité". Onfray passe plus de 600 pages à montrer que la psychanalyse freudienne a des fondements aussi scientifiques que la thèse de sociologie d'Elizabeth Tessier et que l’auto-analyse est un joli mot pour auto-justification.

Freud a détruit une grande partie de ses correspondances pour ne pas montrer l'origine de ses idées. Ainsi, il a largement puisé dans les concepts des autres (on pratiquait déjà l'introspection du temps de Platon) mais s'en est toujours défendu. Car Freud ne voulait surtout pas être considéré comme un philosophe, même si c'était là son fond de commerce. Non, il voulait apparaître comme un scientifique afin de gagner un prix Nobel. Pourtant, ses travaux n'ont aucune assise scientifique : il tire des conclusions avec une seule patiente, ne prend jamais la peine de vérifier si ses théories sont confirmées ou infirmées chez d'autres malades, prétend qu'il a guéri des gens alors que ces personnes ont eu des vies de souffrance après être sorties de son cabinet (il tua même un patient en lui conseillant la cocaïne pour se débarrasser de sa dépendance à la morphine)…  Et quand Onfray met en parrallèle les concepts psychanalytiques et la vie privée de Freud, la pantalonade est grotesque. Freud désire sa mère ? Tous les hommes sont donc victimes du complexe d'Œdipe, sans exception. Freud vit une sexualité déprimante qui le frustre et qu'il cherche à oublier par le travail ? Tous les penseurs, les artistes et les grands scientifiques subliment donc leur sexualité dans leur œuvre. Vous ne vous reconnaissez pas dans les théories du maître ? C'est donc que vous êtes un refoulé.

À mesure qu'Onfray défait la pelotte freudienne, se dessine le portrait d'un Freud qui croit en l'occultisme, s'engueule avec tous ses collègues à qui il est redevable intellectuellement ou matériellement, culbute sa belle-sœur en s'inventant de bonnes raisons, vit une intense relation épistolaire avec un confrère pour finir par l'accuser d'être un homosexuel refoulé, ment et tord le réel quand il ne correspond pas à ses délires… Et à chaque fois, c'est en se prenant comme référence unique que Freud pond ses théories. L'analyse des rêves culmine alors dans le saugrenu et l'absurde, Freud interprêtant ses rêveries et celles des autres avec une belle inventivité mais un total manque d'objectivité et de méthode. Freud obsédé par sa mère, sa belle-sœur et sa fille, tout devient symboliquement sexuel. Et au final la psychanalyse en dit plus sur le psychanalyste que sur le psychanalysé.

Mais plus que Freud, c'est le mythe freudien qu'Onfray dézingue. Passe encore que Freud était un cocaïnomane obsédé et vaniteux en quête de gloire et de pognon. Certes, il affirme qu'il ne faut surtout pas analyser un proche puis s'empresse d'allonger sur son divan sa fille, la maîtresse de sa fille, les enfants de la maîtresse de sa fille, mais Freud est toujours au-dessus de ses règles qu'ils édictent. Ainsi, quand il dort pendant les séances, il invente le concept génial d'attention flottante, superbe pirouette... Là où la comédie devient tragédie, c'est quand on voit avec quelle aisance les affabulations freudiennes sont devenues paroles d'évangile dans notre société. Les élécubrations de Sigmund sont devenues vérités à force d'être rabachées par ses disciples. La psychanalyse est encore considérée comme une science aussi solide que la physique ou l'astronomie. Freud a affabulé, mais personne ne remet en question ces théories qui sont devenues sacrées par une subtile mise en scène. Freud s'est inventé un vocabulaire à la dimension de son mensonge. Il a repris les idées d'un autre ? Ce n'est pas du plagiat, c'est de la cryptomnésie ! Il fait de ses petits travers ceux de l'humanité entière car ainsi, ses pathologies personnelles deviennent moins lourdes à porter. Si tous les petits garçons rêvent de tuer le père pour séduire la mère, alors les propres fantaisies de Freud deviennent socialement acceptables. Si tout le monde devient coupables, alors il n'y a plus de crime.

Évidemment, les lecteurs allergiques à Onfray vont retrouver là toutes les raisons de grimper au rideau tant le philosophe fait feu de tout bois contre Freud. Sa charge est frontale et s'organise autour d'une lecture exhaustive des écrits de Sigmund dans lequel il liste les imbécillités, les sophismes et les mensonges. Mais il n'en veut pas tant à Freud qu'à l'héritage freudien, à ce culte qui perdure sans raison. Il montre les contradictions internes de Freud, mais non pas pour le juger (après tout, peu nous importe qu'il trompait sa femme avec sa sœur ou qu'il traite sa fiancée de laide en lui expliquant qu'il aimerait quand même bien épouser la fille de Charcot) mais pour démontrer que les divaguations psychanalytiques prennent racines dans une vie déjà très fortement construite sur le mensonge. L'idée centrale du livre (la philosophie en tant qu'objet autobiographique) montre que le psychanalyse n'a de sens que pour le cas particulier de Freud. C'est un outil génial pour comprendre Sigmund Freud, c'est véritablement une grille de décodage très performante, mais elle cesse d'être crédible dès qu'on essaye de l'appliquer à un autre. Au final, la psychanalyse est à la psychologie ce que l'alchimie est la chimie.



16/10/11

Replay




Jeff Winston décède en 1988 à 43 ans d'une crise cardiaque. Son mariage et sa carrière étaient de toutes façons un naufrage. Sauf que... Jeff se réveille en 1963. Il a à nouveau 18 ans, mais la conscience de ses 43 ans. Il peut tout reprendre presque à zéro car il sait ce qui va se passer. Jackie Kennedy va devoir faire nettoyer la plage arrière de sa décapotable par des spécialistes. Nixon va tomber pour des barbouzeries. En misant très tôt de l'argent sur ce jeune hippie qui construit des ordinateurs dans son garage, Jeff peut devenir riche. Mais est-ce le but de cette renaissance ? Doit-il essayer de vivre une vie meilleure ou bien corriger ses erreurs passées ? Et s'il essayait autre chose, comme modifier discrètement l'Histoire ?

Replay de Ken Grimwood a été publié en 1987. Il a gagné un World Fantasy Award, a été nominé pour le prix Arthur C. Clark. C'est indubitablement l'ancêtre du Jour sans fin. Le roman parle d'accomplissement, de déterminisme, de réussite... À chaque fois que Jeff revient à la case départ avec le sentiment d'avoir raté encore une fois sa vie (puisqu'il n'a pas su briser ce cercle de réincarnation) il en apprend plus sur lui-même. L'excès de pognon ne le rend pas heureux. Pas plus que l'excès de sexe. Avoir des enfants rend sa mort inéluctable encore plus triste...

Sauf que tout le long de ma lecture, j'ai eu l'impression de lire le scénario d'un film mettant en scène Sandra Bullock et Keanu Reeves. Une sorte de film de SF guimauve façon Entre deux rives où deux personnes qui ne se connaissent pas et qui vivent à des époques différentes s'écrivent des lettres d'amour. Ou bien Hors du temps, avec Eric Bana, où une histoire d'amour est rendue ardue par le fait que le beau ténébreux voyage contre sa volonté dans le temps. C'est exactement le mélange entre romance et SF que je déteste, un mariage forcé pour plaire à la fois à Monsieur et à Madame. Parce que de l'amour tragique et des scènes avec les violons, il y en a dans Replay. C'est par moment aussi mièvre qu'une pub familiale pour le café avec le couple qui pensait divorcer mais qui va se rabibocher autour d'une tasse.

Et comme par hasard, en faisant des recherches pour écrire ce billet, je suis tombé sur des articles expliquant que Brad Pitt et Julia Roberts ont longtemps été pressentis pour une adaptation ciné, mais que finalement, c'est Ben Affleck qui tournera sous la direction de Robert Zemeckis. Ça va chouiner dans les chaumières. Mais mes larmes couleront pour la SF, qui une fois de plus aura été piétinée.




14/10/11

Jeeves & Wooster



Bertram Wooster, dit Bertie, est un jeune aristocrate qui n'a pas inventé le fil à couper le beurre. Maladroit avec les femmes, capable de chanter les pires chansons de marins, il passe le plus clair de son temps dans son club pour gentlemen où lui et ses semblables s'étourdissent de bêtise pour échapper au peu de responsabilités que leur statut impose. Ils chantent, boivent et font des paris stupides sans trop se soucier du lendemain. La fortune familiale est là, à la fois rassurante et écrasante, le but du jeu est de retarder au maximum les affres d'un mariage arrangé qui viendra mettre fin à cette vie de bamboche. Et Bertie est de ceux-là : couard, benêt et sans un sou de jugeotte. Mais adorable dans sa niaiserie.

La grande chance de Wooster, c'est son majordome : Jeeves. Finement éduqué, véritable incarnation du flegme britanique, il a réponse à tout et dirige subtilement la destinée de son maître. Engoncé dans sa tenue amidonée, Jeeves sait. Le nom de cette jeune fille ? Il l'a appris en discutant avec la dame de chambre de la demoiselle. Qui est l'héritier de telle maison ? Il a justement travaillé pour ce lord il y a quelques années. Comment faire partir une tâche de tomate sur une tenue de golf ? Il concocte une mixture dont il a le secret qui fera des miracles… Jeeves est impassible. Sans jamais dire non, il n'en fait qu'à sa tête et manipule un Bertie trop heureux de laisser un autre prendre les décisions. Ce n'est pas pour rien si la série se nomme Jeeves & Wooster et non Wooster & Jeeves.

Chaque épisode raconte une aventure oscillant entre le pittoresque et le pathétique où Bertie :
- essaye d'échapper aux manœuvres matrimoniales de sa vieille tante qui veut absolument le caser avec une fille de bonne famille
- profite d'une kermesse de province servant de levée de fonds pour rénover l'église du coin pour organiser des paris clandestins
- aide un bon copain amoureux à faie une cour hasardeuse à la fille d'un châtelain
Les plans de Bertie tomberont invariablement à l'eau, et Jeeves, d'une remarque à double sens et d'une astucieuse stratégie, démontrera que la classe et la distinction ne viennent pas nécessairement avec un titre de noblesse.

Wooster le looser est incarné par un Hugh Laurie superbe de maladresse tandis que Stephen Fry fait un splendide Jeeves d'une remarquable efficacité. Ce duo-là est irresistible de contradiction (la cohabitation des opposés étant la base de la comédie), s'amusant à singer cette époque qui pétait plus haut que son cul. Les décors sont viellots, les voitures sentent la naphtaline, les tenues de golf dégueulent de beige et de marron… On est vraiment dans l'ambiance des séries historiques diffusées sur France 3. Et Hugh Laurie en profite parfois pour jouer du piano tout en chantant une odieuse chanson populaire alors que Jeeves fait briller les souliers de son maître d'un coup de torchon précis.

Les épisodes de 55 minutes sont parfois un peu longuets (ils ont été tournés au début des années 90, le rythme n'était pas le même), mais il y a dans cette série un charme fou. La série est adaptée de 35 nouvelles et 11 romans signés par P.G. Wodehouse.

Laurie et Fry sont décidément des gens bourrés de talent...

12/10/11

59 seconds: think a little, change a lot


Je sais ce que vous vous pensez en regardant la couverture de 59 seconds: think a little, change a lot : vous vous dites que je suis assez gourdasson pour croire le premier livre de psycho-pop venu. Vous m'imaginez lisant le Secret ou n'importe quel livre de motivation m'expliquant comment maigrir sans effort ou gagner mon premier million de $ en moins de 100 jours. Il faut avouer que ce livre est très mal mis en marché : il ressemble à un livre de conseils bidons parus dans Biba alors que c'est tout le contraire.

Richard Wiseman est prestidigitateur de métier. Mais c'est surtout un psychologue de formation et un sceptique engagé. Il s'y connait en bullshit et en fla-fla  de bonimenteur : on ne la lui fait pas. Et justement, il profite de ce livre pour passer en revue tout un tas d'idées préconçues en matière de psychologie. Il évoque des études et des expériences qui démontent bon nombre de mythes erronés. Non, défouler sa colère en brisant de la vaisselle ou en cognant sur un sac de sable avec des gants de boxe ne dimimue pas notre stress, ça ne fait que renforcer nos comportements violents. Tiens, les gens ont individuellement plus d'idées originales que si on les réunie dans un groupe de réflexion. Ah, nous prenons de meilleures décisions si nous occupons notre cerveau avec des rébus. Glisser une photo de bébé dans notre portefeuille augmente les chances qu'il nous soit retourné par un bon samaritain qui l'aura trouvé dans la rue… Le livre est bourré de petites pépites tirées d'expériences comportementales très variées :
- que dire lors d'un speed-dating pour qu'on se souvienne de vous
- quel animal adopter après une greffe cardiaque pour augmenter ses chances de survie
- pourquoi une unique remarque désobligeante à votre conjoint(e) annule les effets bénéfiques de 5 compliments
- comment saouler quelqu'un sans lui faire boire une seule goutte d'alcool
- comment amener un collègue distant et froid à vous avoir à la bonne
- pourquoi surévaluons-nous l'impact des erreurs que nous faisons
- quelle stratégie adopter lors d'une entrevue d'embauche pour parler d'un gros point faible dans votre CV

Chaque chapitre référence plusieurs expériences documentées qui sont parfois contre-intuitives. Comme la projection : s'imaginer plus maigre ou plus riche fait du bien le temps de l'exercice, mais ça n'accroie pas vos chances de réussite. Au contraire, les gens qui imaginent leur succès futur ont tendance à faire moins d'efforts car ils ont tendance à croire que ça va leur tomber tout cuit dans le bec. L'auteur parle également du consumérisme : un gadget, c'est bien, mais l'obsolésance va très vite effacer votre plaisir d'achat. Tandis qu'acheter une expérience pour la même somme (un bon restau, une fin de semaine à deux, une séance de saut à l'élastique…) va vous marquer durablement et son souvenir ne fera que s'idéaliser tandis que le temps passe. Wiseman parle également de la technique du pied-dans-la-porte (le fait de demander un truc anodin à quelqu'un afin d'augmenter les chances qu'il vous dise oui lors de votre seconde demande, pourtant bien plus exigeante), ce qui m'a rappelé l'excellent livre Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, un autre ouvrage très intéressant quand on s'intéresse aux rouages de la persuasion.

Bref, ce n'est pas du tout un livre qui va changer votre vie du jour au lendemain. Richard Wiseman ne prétend pas vous transformer, il donne juste au lecteur des outils pour comprendre son fonctionnement interne et ses relations humaines. Ce sont des petits coups de pouce pour augmenter sa créativité, des astuces pour mieux huiler certaines interactions sociales, des combines pour comprendre comment un vendeur s'y prend pour vous faire acheter des trucs inutiles. Les 59 secondes du titre font en fait référence à une amie de l'auteur qui n'avait pas le temps d'écouter Wiseman expliquer toutes ces théories et qui lui a demandé de résumer ses idées en moins d'une minutes. Chaque section du livre se termine donc par un condensé.

Richard Wiseman est également un habitué de l'émission anglaise The Real Hustle de la BBC (un épisode, pour vous faire une idée) qui met en scène de vraies arnaques dans la rue afin de dévoiler les techniques des escrocs. C'est très instructif et ça permet de renforcer son muscle à scepticisme. Il a écrit d'autres livres sur des sujets connexes (le paranormal, la chance, la recherche de la blague la plus drôle du monde entier…) que je risque bien de lire tellement c'est un excellent vulgarisateur. Il faut aussi fréquenter son blog qui est bourré d'illusions optiques, d'énigmes et de liens vers des articles qui rendent moins con.

Un grand merci à Laurine pour cette intéressante découverte et à Michaël Croitoriu pour m'avoir initié à The Real Hustle.




02/10/11

L'énigme du cadran solaire



Ah, les 4èmes de couverture. Celui-ci convoquait rien de moins qu'Umberto Eco et Arturo Pérez-Reverte, j'étais déjà au taquet dès la première page. Rochefort, âme damnée de Sully, est impliqué de force dans le meurtre d'Henri IV. Alors qu'il s'enfuit avec sa Némésis vers Londres, ils croisent la route d'un samouraï dont le bateau vient de couler. Et à peine débarqué à Londres, on force à nouveau Rochefort à participer à un régicide. La poisse, quoi.

L'énigme du cadran solaire fait 1 100 pages. Ça ne serait pas un défaut si l'écriture de Mary Gentle ne traînait pas constamment en longueur. C'est interminable. Il y a les jérémiades de Rochefort, qui passe son temps à geindre sur le fait que Dariole, son meilleur ennemi du monde (oui, je cite du Pascal Obispo), le surclasse en duel. Il y a les soliloques de Rochefort qui ne comprend pas son attirance sexuelle pour Dariole. Il y a les lamentations de Rochefort qui ne comprend pas les complots dont il est le pion. Il y a les gémissements de Rochefort qui bande encore une fois en perdant à nouveau un combat contre Dariole... Le héros est une vraie tête à claque que Mary Gentle décrit comme un des plus fins bretteur de Paris mais qui passe en vérité son temps à perdre ses combats.

Au bout de 400 pages avec ce Caliméro escrimeur, j'ai craqué. Ce ne sont pas les scènes de sodomie qui ont raison de ma patience, ce sont plutôt les interminables pleurnicheries de Rochefort et les scènes de duel qui s'étirent à n'en plus finir. Si on ajoute à tout ce gâchis une intrigue fantastique mollassonne (un astrologue avec de vrais pouvoirs de divination), ça donne un roman étouffe-chrétien qui m'est littéralement tombé des mains à plusieurs reprises. 

Si un lecteur plus têtu que moi pouvait me dire ce que j'ai raté dans les 700 pages suivantes, ça serait gentil de sa part.